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Titre
Daniel Foliard (Paris Nanterre, CREA), « Combattre, Punir, Photographier. Empires coloniaux, 1890-1914 » — Université d’Avignon
Date
Vendredi 11 juin 2021, 14 h-16 h
Descriptif

Autour de son livre Combattre, Punir, Photographier. Empires coloniaux, 1890-1914 (Paris, La Découverte, 2020)


Titre
« Actualités de la pensée anarchiste en géographie » — Université d’Avignon
Date
Mardi 15 juin 2021
Descriptif

En 2014, le Réseau des géographes libertaires (RGL) proposait une définition, non arrêtée, d’une perspective anarchiste en géographie : « Une perspective anarchiste en géographie analyse, et dénonce, les formes spatiales du pouvoir, que celles-ci soient particulièrement coercitives et visibles, ou faiblement. Elle interroge les espaces où se déroulent actuellement les résistances à ce pouvoir. Elle réfléchit sur les modes géographiques d’organisation qui permettent de substituer au pouvoir (autoritaire) une puissance — ou une capacité — libertaire. Dans le prolongement des réflexions menées par le RGL, l’objectif de ce numéro est de tendre collectivement à la définition et au recensement des pratiques, toujours en construction, d’une géographie libertaire ou anarchiste, qui rende compte de sa richesse et de sa diversité comme garantie d’évitement du dogmatisme théorique.

Texte Appel

Le Réseau des Géographes Libertaires (RGL) est fondé en 2010 pour faire le lien entre monde académique et mouvement social en privilégiant une entrée analytique spatiale, territoriale et environnementale. Ce réseau entend relier la science géographique et les approches anarchiste et libertaire, ces dernières n’étant pas vues de façon dogmatique mais considérées comme des postures critiques et des pensées libres.

Le RGL s’attache ainsi à prolonger les liens historiques entre anarchie et géographie, qui remonte aux origines de la discipline, dans la lignée des écrits de Reclus, Kropotkine ou Metchnikoff ; et à promouvoir une géographie qui s’affranchit des frontières disciplinaires (entre sciences sociales, et au-delà) et qui ne se réduit pas à un courant désigné et délimité par un épithète, qu’il soit celui de « sociale », « physique », « culturelle », « radicale » ou « politique ».

En 2014, le RGL proposait une définition, non arrêtée, d’une perspective anarchiste en géographie : « Une perspective anarchiste en géographie analyse, et dénonce, les formes spatiales du pouvoir, que celles-ci soient particulièrement coercitives et visibles, ou faiblement. Elle interroge les espaces où se déroulent actuellement les résistances à ce pouvoir. Elle réfléchit sur les modes géographiques d’organisation qui permettent de substituer au pouvoir (autoritaire) une puissance — ou une capacité — libertaire.

Une perspective anarchiste de la géographie peut libérer celle-ci d’un carcan verticaliste et lui substituer une lecture horizontale du monde, démontant les systèmes hiérarchiques et valorisant les tentatives horizontales d’émancipation humaine dans l’espace.

Elle n’a pas une vision statique et fétichiste de la nature. Elle s’interroge sur les limites supposées de la biosphère et de la terre, elle questionne le retour du malthusianisme en science comme en politique. Elle réfléchit sur une mésologie qui soit sociale.

Elle n’est pas l’esclave de la technique, mais elle ne tombe pas non plus dans une critique aveugle ou tronquée de la technologie. Elle se met au service non des dominants, en leur fournissant des outils d’analyse et de contrôle, des discours et des lectures du monde, mais au service de la société, du peuple. Elle le fait non pas de l’extérieur ou d’en haut, mais en son sein, en franchissant et en dépassant la barrière académique ».

Dans le prolongement des réflexions menées par le RGL, l’objectif de ce numéro est de tendre collectivement à la définition et au recensement des pratiques, toujours en construction, d’une géographie libertaire ou anarchiste, qui rende compte de sa richesse et de sa diversité comme garantie d’évitement du dogmatisme théorique. Par ailleurs, si ce numéro est proposé et coordonné par le RGL, il n’est en aucun cas envisagé d’en faire un numéro rassemblant uniquement des textes de membres du RGL. Ainsi, toute personne se reconnaissant dans l’appel qui suit est invitée à proposer sa contribution.
Le regain de la pensée anarchiste, un mouvement de fond dans les sciences sociales, en géographie et dans la société.

On assiste depuis plusieurs années à un net regain des pensées et des pratiques anarchistes au sein des mouvements sociaux ; au succès des thèses issues de l’écologie sociale, du communalisme et du municipalisme libertaire (Bookchin, 1982 ; 1995 ; 2020) ; à une intensification des luttes impliquant des occupations et des appropriations de l’espace ; et à des expériences d’autogestion menées à différentes échelles territoriales, du Rojava au Chiapas en passant par les piqueteros argentins.

Le monde académique s’est également réemparé de la pensée anarchiste, si bien qu’un « anarchist turn » des sciences sociales a pu être évoqué (Blumenfeld, Bottici, Critchley, 2013). C’est notamment dans les disciplines géographiques et anthropologiques que cette résurgence a pu être repérée récemment, après un premier retour dans les années 1970 au sein de la géographie radicale[1]. Cette résurgence se manifeste dans des ouvrages (Graeber, 2004 ; Pelletier, 2013 ; Scott, 2014 ; Springer, 2016 ; Macdonald, 2018), des numéros de revue (ACME, 2012 ; Antipode, 2012 ; Journal des anthropologues, 2018 ; Mouvements, 2020), des colloques et des conférences (« Anarchisme et sciences sociales », 2018 ; « Commun.e.s. Actualité du municipalisme libertaire », 2018 ; « 2ème Conférence Internationale des Géographes et Géographies Anarchistes et Libertaires », 2019).

Cette actualité sociale et académique invite à répondre collectivement aux questions suivantes : Existe-t-il une géographie spécifiquement anarchiste, des géographes anarchistes ou des pratiques et approches anarchistes de la géographie ? Quelles seraient alors les spécificités d’une géographie libertaire, tant dans les postures théoriques, les angles d’analyses et les méthodes empiriques ? Les réponses apportées à ces questions font débat au sein même du RGL. Certain.es d’entre nous estiment qu’il est urgent de structurer ces cadres théoriques et méthodologiques particuliers, souvent dispersés et implicites ; d’autres contestent l’idée d’une spécificité théorique et méthodologique, considérant qu’il s’agit surtout de postures et d’objets privilégiés par des « géographes » anarchistes (Pelletier, 2019).

Axes thématiques

Les contributions proposées pourront se référer particulièrement à l’un des axes suivants, ou en croiser plusieurs à travers des réflexions théoriques, des analyses réflexives et des études de cas.

- 1) Les fondements théoriques d’une géographie anarchiste
- 2) Matérialisation et spatialisation des idées libertaires
- 3) Apports méthodologiques et pédagogiques de l’approche anarchiste pour la science géographique

Formats et modalités pratiques

Au-delà du format classique de l’article scientifique, des propositions prenant la forme d’entretiens avec des collectifs militants, de podcasts, de reportages photographiques sur des mouvements sociaux, de journaux de terrain ethnographiques, de prises de positions militantes, etc., sont également attendues ; qu’elles émanent de chercheur.es titulaires ou précaires, d’étudiant.es, de professionnel.les, d’activistes, etc. Ces propositions pourront être rédigées en différentes langues. Enfin, les coordinateurs.trices du numéro laisseront la possibilité aux auteur.es qui le souhaitent de publier un texte féminisé.

Toutes les propositions de contributions seront à envoyer pour le 15/06/2021 à numerorgl chez riseup.net

Les auteur.es peuvent contacter les coordinateurs.trices pour faire part de leur intention de proposer un article et poser toutes questions qui leur semblent nécessaires.

Par ailleurs, si ce numéro est proposé et coordonné par le RGL, il n’est en aucun cas envisagé d’en faire un numéro rassemblant uniquement des textes de membres du RGL. Ainsi, toute personne se reconnaissant dans l’appel qui suit est invitée à proposer sa contribution.

Évaluation

Elles seront relues par deux évaluateurs.trices extérieur.es à la revue, membres du RGL ou non.


Titre
Santé(s), soin(s) et médecine(s) sur la longue durée dans le sud-ouest de l’océan Indien et ses espaces frontaliers, Tsingy, 2022 — Université d’Avignon
Date
Mardi 15 juin 2021
Descriptif

Coordinateurs du numéro
- Raphaël Gallien gallien chez gmail.com, historien, Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques (UMR 245), Université de Paris.
- Didier Nativel Nativel chez univ-paris-diderot.fr, historien, Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques (UMR 245), Université de Paris.

Texte Appel

À l’heure où s’impose progressivement l’idée d’une « One Health » et alors que la notion de « santé globale » motive depuis plusieurs années désormais les politiques d’investissement de santé dans les « Suds » (Giles-Vernick & Webb, 2013 ; Baxerres & Eboko, 2019 ; Eboko, 2020), ce dossier souhaite interroger sur la longue durée ces développements dans le sud-ouest de l’océan Indien. L’objectif de ce numéro consiste ainsi à la fois à revenir sur les réalités contemporaines des politiques de santé dans ces régions et à comprendre comment ces politiques se sont constituées et ont été appréhendées par les populations, à différentes échelles, entre local et global, sur la longue durée. L’enjeu consistera ainsi à interroger l’empreinte quotidienne de l’enchevêtrement des historicités et des cultures médicales qui se rencontrent souvent, s’opposent parfois mais se superposent rarement.

Domaine réservé dans un premier temps à des médecins soucieux de valoriser leurs pratiques (M’Bokolo, 1984), les historiens vont revenir à partir des années 1980 sur l’enjeu qu’a constitué la médecine coloniale et souligner la place des politiques de santé dans le développement des politiques impériales et coloniales. Au-delà de strictes considérations médicales, la maladie est alors le moyen d’interroger le rôle du savoir médical dans la construction du pouvoir colonial (Patterson, 1974 ; Dawson, 1987 ; Marks & Andersson, 1987 ; Packard et al., 1989 ; Packard, 1989). En 1991, dans un ouvrage aujourd’hui classique, Megan Vaughan démontrait ainsi comment l’élaboration d’un discours médical aux Afriques participe à la construction de la figure de « l’Africain » perçu comme pathologique dans son essence, objet de connaissance bien plus que sujet (Meghan, 1991). Les constatations des médecins rejoignent alors un savoir ethnographique sur lequel s’appuie les entreprises coloniales (Sibeud & Piriou, 1997 ; Sibeud, 2002). Progressivement, les historiens mettent à jour la complexité de ces développements qui ne sont jamais synonyme d’une polarisation abstraite entre colonisateurs et colonisés, mais des enchevêtrements toujours complexes en fonction des territoires, des temporalités et des acteurs (Hunt, 1999). L’image d’une Afrique simple récipiendaire d’expériences issues d’un préalable européen se brouille et oblige à repenser les développements de la médecine comme une dialectique de façonnement mutuel (Anderson, 1998). Dès lors, les recherches sont de plus en plus attentives aux différents registres de soin, et notamment à la place des mondes de l’invisible dans les itinéraires thérapeutiques (Rosny, 1992 ; Geschiere, 1995, 2013 ; Bernault & Tonda, 2000 ; Tonda, 2002). Au même moment, les anthropologues se donnent eux aussi pour tâche d’étudier « l’arène » (Olivier de Sardan, 1995) que constitue la santé, entendue comme fait social total (Mauss, 1923-1924), afin de révéler les rapports de pouvoir qui jalonnent sa construction et sa gestion, en prenant en compte les diverses imbrications politiques, économiques, religieuses qui donnent corpsà la personne malade et à l’institutionnalisation de ses troubles (Augé & Herzlich, 1984 ; Augé, 1986 ; Laplantine, 1989 ; Fassin, 2000 ; Hours, 2001).

Face à ces questions, les régions du sud-ouest de l’océan Indien occupent une place importante et concentrent nombre d’observations et de théorisations. Madagascar, notamment, occupe une place de choix. Très tôt les autorités missionnaires puis coloniales y développent une politique de santé inédite. En 1896, l’île est ainsi le premier territoire où est mise en place l’Assistance Médicale Indigène (Randrianasolo, 1975 ; Merlin et al., 2003). La même année une école de médecine à destination des malgaches est ouverte par le colonisateur dans la capitale (Mestre, 1999). Il s’agit avant tout de discréditer le savoir local en matière de santé au profit de la rationalité biomédicale européenne (Burguet, 2017). Avec l’ouverture de l’Institut Pasteur en 1901, la lutte contre les épidémies – et en premier lieu la variole – connait des progrès considérables (Merlin et al., 2003). En 1912, le premier asile d’aliénés répondant de la législation de juin 1838 dans les colonies françaises est ouvert à quelques kilomètres de la capitale (Gallien, 2019). Ces installations, certes novatrices, succèdent à une présence missionnaire déjà ancienne, notamment portée par la London Missionary Societydès la première moitié du XIXesiècle et surtout à partir des années 1860 (Anderson, 2017). Les élites malgaches n’ont par ailleurs pas attendue l’arrivée européenne pour lutter contre les maladies. Dès le XVIIIesiècle au moins, la lutte contre les épidémies, notamment varioliques et paludiques, est inscrite dans les codes de loi, tandis que les premières tentatives de vaccination contre la variole sont mises en place par la monarchie Merina dès 1804 (Jourde, 1991). Loin d’être résolus par l’arrivée française, ces enjeux épidémiologiques se cristallisent avec la colonisation, notamment autour de la peste qui devient un enjeu tout autant politique que sanitaire (Esoavelomandroso, 1981). Les autres territoires de la région ne sont pas en reste pour autant. En 1991, l’historien John Iliffe soulignait l’importance des développements biomédicaux à partir des années 1870 en Afrique de l’Est dans la construction des identités (Iliffe, 1991). Des territoires comme les Mascareignes ont eux-aussi concentré les approches d’anthropologues soucieux de comprendre l’effectivité d’un pluralisme thérapeutique et la complexité des itinéraires de soins (Benoist, 1993, 1996 ; Gerbeau, 2000 ; Salle-Essoo, 2011 ; Gaüzère & Aubry, 2012 ; Pourchez, 2014). Pour l’ensemble de ces espaces, qu’il s’agisse des épidémies (Fuma & Chan Low, 2008), d’affections aigues ou chroniques (Andoche, 1988 ; Mestre 1999, 2001 ; Rakotomala et al., 2003 ; Blanchy et al., 2006 ; Burguet, 2014 ; Legrip-Randriambelo, 2014 ; Didier, 2015), de la maternité (Pourchez, 2002, 2020 ; Pourette et al., 2018), de la sexualité (Rakotomalala, 2012), de la dégénérescence (Enjolras, 2005) ou encore de la souffrance mentale (Sharp, 1993 ; Gallien, 2020), tous les auteurs insistent sur les « transactions » (Bernault, 2019) à l’œuvre entre les différents modèles de soin, dans la gestion des personnes malades comme dans les représentations de la maladie.

Ce dossier souhaite prolonger ces développements en se concentrant sur l’historicité de ces questions afin de questionner ledevenir du passé en fonction des époques et des localités. Faire rencontrer l’histoire et l’anthropologie sur ces questions signifie ainsi déconstruire les chronologies afin d’identifier les « fragments » (Hunt, 1999) précoloniaux, coloniaux, postcoloniaux qui jalonnent les époques et viennent brouiller les chronologies conventionnelles pour ainsi faire de la santé un révélateur des structures d’une société tout en mettant à jour la complexité des instances du social. Ce numéro se veut donc à la fois attentif aux cadres théoriques ou socio-politiques dans lesquels s’inscrivent les personnes malades, qu’à la somme des pratiques et matérialités souvent marginalisées qui façonnent un itinéraire de soin et sur lesquelles ont insisté ces dernières années les études du Care(Gilligan, 1982 ; Abel et al., 1991 ; Tronto, 1993, 2013). Nous souhaitons ici revenir sur ce que signifie « vivre avec le trouble » (Haraway, 2016) au quotidien dans l’océan Indien occidental face aux transformations des systèmes de santé, d’abord à travers la présence missionnaire, puis la colonisation, avant l’instauration des politiques d’ajustement structurel et, plus récemment, de la globalisation des normes de santé. Comment ces héritages se rencontrent, se superposent ou s’opposent et viennent façonner une économie mixte de soin ? Si la santé peut être lue comme une « économie de la promesse » (Sunder-Rajan, 2006), comment cette promesse est-elle sans cesse renouvelée ? Et à partir de quels modèles ? La « modernité évanouie » (Lachenal, 2013) qu’a été la colonisation n’est-elle pas finalement qu’une énième promesse déchue sans cesse rejouée jusqu’à nos jours et avant cela par les ambitions missionnaires ? Comment ces promesses se renouvellent-elles ? Et pour quelles transformations ? Devant la multiplication des acteurs de santé, couplée à un désinvestissement croissant de l’État et à une nostalgie de la médecine coloniale qui continue de structurer en partie modèles et horizons institutionnels (Kamat, 2008 ; Piot, 2010 ; Geissler & Molyneux, 2011 ; Lachenal, 2017), quels réseaux, anciens ou plus modernes, structurent cette économie et comment s’actualisent dans le sud-ouest de l’océan Indien ces héritages ? Une attention particulière sera portée aux institutions biomédicales (hôpitaux, léproseries, dispensaires, maternités, institutions psychiatriques…) initialement marqueurs de l’imposition coloniale, devenus progressivement lieux de cristallisation d’enjeux médicaux, politiques et économiques qui continuent aujourd’hui encore de concentrer investissements et normes en matière de santé (Chabrol & Kehr, 2018). Comment les anciennes institutions coloniales continuent-elles d’être investies ou, à l’inverse, ne sont-elles aujourd’hui plus que les vestiges d’anciens systèmes de santé à bout de souffle ? Quelles rencontres et quels échanges entre ces différentes institutions ? Constituent-elles un archipel du soin ? Si oui, à destination de quelles personnes et pour quelle efficacité ? Quelle place pour les tradipraticiens dans ces modèles alors que ces derniers restent bien souvent le premier recours ? Dans le cas de la santé mentale, que signifie « vivre-fou » alors que se mondialisent les politiques de santé mentale à partir de critères, et donc de normes, présentées comme universelles (White et al., 2017) ? Sur quelles coordonnées historiques et géographiques s’appuient cette universalisation du trouble et pour quels effets dans l’océan Indien ? Des questions similaires peuvent être posées face à certaines maladies chroniques ou aux cancers : ont-ils « l’occasion d’exister » (Livingstone, 2012) en contexte indianocéanique ? La maternité également se révèle être un lieu privilégier pour interroger l’épaisseur du social et la rencontre entre représentations familiales, institutions médicales et politiques de santé : que signifie dès lors « être mère » (Hugon, 2020) en fonction des époques ? Que vient nous dire cet évènement de vie lorsqu’il est interrogé comme un espace variable de rencontre, un toposde la colonisation puis des mondes postcoloniaux jusqu’au plus contemporain ? Dans quelle mesure les concepts de « naissance », de « famille », de « maternité » ont-ils pu évoluer et se transformer en fonction des époques et des géographies, au grès de pathologisations de certains comportements et de valorisations d’autres ?

Autant de questions volontairement larges et transversales pour offrir un bilan épistémologique actualisé de ces questions dans ces espaces afin de faire se rencontrer l’actualité de ces recherches qui restent bien souvent micro-localisées et dialoguent rarement. Sensible à des travaux proposant une lecture comparative, ce dossier se veut transdisciplinaire. Les propositions d’articles pourront donc venir de toutes les disciplines des sciences humaines (histoire, anthropologie, économie, démographie…) à partir d’études multi-situées ou plus strictement localisées dans l’océan Indien occidental (Madagascar, île de la Réunion, île Maurice, Seychelles, Comores, Mayotte, Zanzibar) ou d’espaces frontaliers de ces régions (Afrique du Sud, Mozambique, Tanzanie, Kenya, Sri Lanka notamment). Les travaux d’historiens sur ce sujet, particulièrement restreints en comparaison de ceux des anthropologues, seront particulièrement appréciés. Pour laisser une grande marge de liberté aux auteurs, les articles pourront faire entre 20 000 et 40 000 signes. Les normes d’édition seront transmises après validation des propositions. Sans que cela soit exclusif, les propositions pourront notamment être articulées autour de l’un ou de plusieurs des axes suivants :

- « Vivre avec le trouble » : entre marginalisations sociales et implications médicales

Qu’est-ce que signifie vivre avec le trouble dans le sud-ouest de l’océan Indien en fonction des époques ? Ici, c’est sur le « vivre » que nous souhaitons insister bien plus que sur le « trouble » alors que la plupart des personnes une fois étiquetées « malades » se retrouvent condamnées à la stigmatisation sociale, même une fois rétablies. Quelles transformations de ces stigmatisations en fonction des acteurs de santé (tradipraticiens, missionnaires, médecins coloniaux, experts…) ? Que signifie l’hospitalisation ou l’internement alors qu’initialement le malade restait cantonné au quartier ou au village ? Quelles places pour l’institutionnalisation religieuse du trouble, notamment face au développement des monothéismes anciens ou plus récents ? Que signifie dès lors la maladie au quotidien et comment se l’approprie-t-on ? Comment sont prises en charge les personnes au-delà du diagnostic et des représentations qui sont associés au trouble ? Quel hiatus entre guérison biologique et guérison sociale ? Quelle place pour le sujet, dans toute sa subjectivité et sa singularité, face à l’étiquette du diagnostic et l’objectivation qui en découle ? Comment la personne malade parvient-elle à négocier sa trajectoire de vie face à la pluralité des institutions de santé, qu’elles soient biomédicales ou dites « traditionnelles », ou face à des considérations plus strictement socio-économiques ?

- De l’expiation missionnaire à la Global Health : que signifie « policer » la maladie ?

Cet axe souhaite remettre en question la linéarité des développements en termes de santé dans l’océan Indien. Dans les « Suds », l’enjeu médical se concentre bien souvent avant tout sur la gestion des populations et la transmission d’agent infectieux épidémiques. Les campagnes de vaccination par exemple ou, plus récemment, l’élaboration d’une génétique des populations, appréhendent les individus comme un nouveau corps social plus ou moins homogène construit en fonction des cibles et priorités de l’ingénierie médicale. Quelle place est dès lors attribuée au sujet dans ces politiques de santé ? Comment les personnes sont-elles associées à ces politiques ? Quelle place pour le soin vis-à-vis d’impératifs plus strictement médicaux ? Quelles inégalités hommes-femmes face à ces politiques ? Ces inégalités sont-elles prises en considération ? Ce deuxième point pourra être également l’occasion de réfléchir aux interactions Nord-Sud et à la pertinence d’une telle dichotomie afin de revisiter les dominations à l’œuvre dans le développement des politiques de santé à l’heure où de plus en plus de travaux interrogent les liens « Sud-Sud » et l’importance des échanges inter-régionaux.

- Conduites préventives et inégalités sociales

La pandémie de la Covid-19 a contraint une large partie de la population à des mesures de prophylaxie qui viennent transformer le quotidien. Ce troisième axe propose d’interroger la réalité et les conséquences de telles injections préventives au sein de la population. Pour exemple, à Tamatave, en juin 2020, les annonces du confinement se soldent par des affrontements entre population locale et forces de l’ordre. Ces tensions viennent en réalité dévoiler les conditions de vie de chacun et les inégalités sociales sous-jacentes, les populations les plus défavorisées étant les premières à subir privations et conséquences du confinement. Ces phénomènes ne sont pourtant pas sans précédent : la lutte contre la peste, par exemple, s’est progressivement transformée à Madagascar en une véritable lutte politique. Les politiques de santé sont alors progressivement perçues comme un élément supplémentaire dans la conquête et la domination du pays. Quelles sont alors les stratégies ou innovations déployées par les personnes face à ces obligations et ces interdits du quotidien ? Quelles normativités pour des politiques initialement calquées sur des modèles socio-économiques des pays du nord ? Que peuvent nous apprendre les expériences des « Suds » en termes de prévention ? Quels héritages historiques dans ces conduites préventives ? Quelle archéologie pour ces régimes prophylactiques dans ces régions ? Il s’agira d’explorer comment les propositions sanitaires ou les injonctions prophylactiques sont appréhendées en fonction des statuts socio-économiques, des périodes ou des modes de vie individuels, et comment s’agglomèrent injonctions contemporaines et héritages plus ou moins anciens.

Comité scientifique

Nancy R. Hunt, historienne, University of Florida, (CAS)
Laurence Pourchez, anthropologue, INALCO (CESSMA)
Dolorès Pourette, anthropologue, Université de Paris, (CEPED)
Faranirina Rajaonah, historienne, Université de Paris (CESSMA)
François Taglioni, géographe, Université de La Réunion (PRODIG)

Calendrier de production

Les propositions d’articles, en français ou en anglais, sont à soumettre par mail à raphael.gallien chez gmail.com et Didier.Nativel chez univ-paris-diderot.fr
avant le 15 juin 2021.

Elles seront accompagnées d’une courte présentation de leur(s) auteur(e)(s) précisant notamment les attaches institutionnelles (4 à 5 lignes maximum).

Les auteur(e)(s) présélectionné(e)(s) par les coordinateurs seront prévenu(e)(s) par mail au plus tard la semaine du 28 juin 2021.

Les premières versions des articles seront attendues pour le 15 octobre 2021.

Chaque proposition sera soumise à une double lecture aveugle auprès du comité scientifique.

La publication est prévue pour le premier semestre 2022.


Titre
Un siècle d’« ethno-machins ». 1921-2021 - De la « Revue de Botanique Appliquée » à la « Revue d’Ethnoécologie » — Université d’Avignon
Date
Mardi 15 juin 2021
Descriptif

Coordination :
- Serge Bahuchet, directeur de la publication de la Revue d’Ethnoécologie, professeur, Muséum national d’Histoire naturelle,
- Françoise Aubaile (Attachée du Muséum National d’Histoire Naturelle)Vincent Battesti (Chargé de recherche, CNRS)
- Rebecca Hardin (Associate Professor, Universy of Michigan)

Le 15 mai 1921, Auguste Chevalier lançait le 1er numéro du 1er volume de la Revue de botanique appliquée et d’agriculture coloniale. Il concluait sa déclaration Au lecteur par ces lignes : « Cette revue nous paraît répondre à un besoin : dans le domaine de la génétique et de la sélection, des cultures coloniales, et même dans celui de la botanique appliquée aux cultures tempérées, il n’existe pas encore dans la littérature française de périodique spécialisé. Aussi nous chercherons à grouper autour de la Revue de Botanique appliquée les travailleurs français épars qui par leurs travaux ou leurs explorations, s’efforcent de dégager des méthodes scientifiques pour les appliquer à la culture ou à l’exploitation des plantes utiles. »

La RBA a été publiée durant 32 années sous la direction d’Auguste Chevalier, jusqu’en 1953. Roland Portères a repris sa publication en 1954 sous le nom de Journal d’agriculture tropicale et de botanique appliquée, après le décès de Chevalier. Avec ce titre peu à peu légèrement modifié, le JATBA paraît pendant 42 ans, jusqu’en 2000[1]. Pour saluer le changement de siècle, nous avons pu poursuivre cette entreprise en 2012, en lançant l’actuelle Revue d’ethnoécologie, qui veut s’inscrire dans cette longue lignée scientifique replacée dans le mouvement international des sciences humaines. Plus que des choix éditoriaux, les modifications successives du titre[2] reflètent le glissement des champs de recherche : botanique appliquée (dite Economic botany dans le monde anglophone), agronomie coloniale, agronomie tropicale, agriculture traditionnelle, ethnobotanique et ethnozoologie, ethnobiologie, ethnoécologie. Nous avons là un siècle d’une pensée singulière d’études renouvelées des relations au vivant qui, d’un point de vue éditorial, a su s’épanouir au Muséum national d’histoire naturelle.

Nous souhaitons saluer dignement le centenaire de la RBA par un numéro spécial auquel nous vous proposons de participer.

Le but est de commenter et analyser les évolutions et transformations des champs de recherche que la RBA, le JATBA et la Revue d’ethnoécologie ont reflété depuis un siècle : que sont devenues la botanique appliquée, l’agriculture traditionnelle, l’ethnobotanique, l’ethnobiologie, l’ethnoécologie ? Comment ont-elles évolué ? Quelles écoles ? A-t-on des différences nationales, entre académies ? Ces termes ont-ils encore un usage, une actualité, une signification, des programmes ? Y a-t-il une transmission entre les générations, réappropriation de ces champs (enseignement, thèses, pratique professionnelle de jeunes chercheurs/enseignants-chercheurs) ? Quelles recherches sont aujourd’hui menées, dans quelles directions ? Les cercles non-académiques s’en sont-ils emparés ? Et les communautés locales ou bien celles faisant l’objet des recherches ? Quel est le futur de ces domaines intellectuels ?

Les contributions attendues peuvent être brèves ; elles peuvent refléter votre opinion, votre parcours, votre expérience personnelle. Elles peuvent prendre la forme d’un entretien avec un « grand témoin ». Elles peuvent se baser sur des bilans bibliographiques. Elles peuvent aussi être des évocations biographiques ou personnelles de grands acteurs disparus de l’ethnobiologie (Jacques Barrau, Lucien Bernot, Ralph Bulmer, Hal Conklin, Claudine Friedberg, A.-G. Haudricourt, François Sigaut…).

Vous avez compris que ce ne sont pas forcément des résultats de recherche spécifiques que nous attendons de vous, mais il en résultera un ensemble de contributions qui formeront un panorama d’un siècle d’histoire de l’étude des relations entre les sociétés et leur environnement.

Modalités de contribution

Nous souhaitons recevoir les propositions (titre, bref résumé) avant le 15 juin 2021, et les textes définitifs le 30 septembre 2021.

Les articles doivent être soumis à ethnoecologie chez revues.org

Ils seront en français, ou en anglais ou en espagnol.

Évaluation

Tous les articles, à l’exception des contenus dits éditoriaux, sont soumis à une évaluation par des pairs. Les rapports d’évaluation sont reçus par le rédacteur en chef. Sa décision est sans appel : publication de l’article, publication avec corrections mineures, publication avec corrections majeures, refus. Un courriel est envoyé à l’auteur afin de lui signifier cette décision.

Les auteurs ont deux semaines pour procéder aux corrections.

La nouvelle version est alors transmise au rédacteur en charge de l’article, qui évalue une seconde fois le texte. Les auteurs peuvent alors être invités à procéder à de nouvelles corrections. Si les corrections ne sont pas apportées, le comité de rédaction se donne le droit de ne pas publier le texte concerné.
Critères de sélection

Concernant le fond : leur valeur scientifique, c’est-à-dire la présence d’un cadre théorique pertinent, la qualité méthodologique lorsqu’il s’agit d’une contribution fondée sur des résultats de recherche, l’adéquation avec les thèmes de la revue ;

Concernant la forme : la qualité de l’illustration, la qualité de la bibliographie (toutes les références du texte sont citées en bibliographie et inversement toutes les données bibliographiques sont appelées dans le corps de l’article) dans un souci de clarté ; la correction de la langue.
Originalité des contenus

Les auteurs sont seuls responsables de l’originalité de l’article.

Pour tout matériel pour lesquels les auteurs ne sont pas les détenteurs des droits, les auteurs doivent obtenir la permission explicite des détenteurs des droits du matériel repris, et en citer la source dans l’article.

Notes

[1] - L’ensemble des numéros des revues (RBA et JATBA) de 1921 à 2000 est accessible en ligne sur Persée : https://www.persee.fr/collection/jatba

[2] - Voir Hoare (2012 https://doi.org/10.4000/ethnoecologie.673) pour l’évolution de la RBA et ses titres successifs.


Titre
« Histoire des sciences et de la médecine coloniales : états des lieux : L’archivistique coloniale en question » — Université d’Avignon
Date
Jeudi 17 juin 2021, 09 h-11 h
Descriptif

Que sont les archives coloniales ? Pouvoir, bureaucratie et papiers en Indochine et en AOF au début du XXe siècle
- Fabienne Chamelot (University of Portsmouth)
- Amelie Hurel (ANOM)


Titre
« L’Afrique et l’Organisation Internationale du Travail » — Université d’Avignon
Date
Lundi 21 juin 2021, 17 h-20 h
Descriptif

Daniel Roger Maul (Université d’Olso) et Dr. Nick Bernards (University of Warwick) : The ILO and the enduring dilemmas of labour internationalism in sub-Saharan Africa


Titre
« Before the Anthropocene : Medieval concepts of interdependent human-nature-relations » — Leeds, Grande-Bretagne
Date
Du 5 au 8 juillet 2021
Titre
« Uneasy Neighbours : Conflict and Control in the Colonial City, c. 1870-1930 » — University of Bremen (Germany)
Date
15-16 juillet 2021
Titre
« Ressources » : XIXe Congrès international d’histoire économique — Paris
Date
Du 25 au 30 juillet 2021
Titre
« 1956-1958 : une époque de révolutions qui changèrent l’Afrique (et le monde) » — Universidade Federal de Pernambuco, Brésil
Date
Du 14 au 16 septembre 2021
Titre
« Avant l’État. Droit international et pluralisme politico-juridique en Europe, XIIe-XVIIe siècle » — Rome
Date
Lundi 20 septembre 2021
Titre
« Africa in the 21st century : traditions, revolutions and alternatives » : II international congress of young researchers on Africa — Université de Valladolid
Date
Du 30 septembre au 1er octobre 2021
Titre
« Savoirs et conflits (XVIe-XIXe siècle) » — Paris
Date
22-23 octobre 2021
Titre
« Espagne-Maghreb : migrations croisées, du Moyen-Âge à nos jours » — Université Grenoble Alpes
Date
4-5 novembre 2021
Titre
« La guerre du Rif (1921-1926) : nouvelles approches (France, Espagne, Maroc) » — Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme (MMSH) et de Sciences-Po Aix
Date
Du 17 au 19 novembre 2021

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