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0 | 15 | 30

Titre
« Race, démocratie, république (XVIIIe-XXIe siècles) : France – États-Unis » — En visio
Date
17-18 juin 2021
Descriptif

Colloque organisé par le Laboratoire de recherche sur les cultures anglophones (Université de Paris)

Ce colloque entend analyser les questions de « race » et de « république » à travers l’histoire croisée de la France et les États-Unis, où les débats sur ces concepts sont très vifs. Chercheurs, historiens et anthropologues croiseront leur regard pour examiner comment ces deux états ont intégré ces problématiques au fil du temps, à l’aune des évolutions historiographiques récentes.

Inscription et programme


Titre
Margot Lyautey, Léna Humbert, Christophe Bonneuil, Histoire des modernisations agricoles au xxe siècle, PUR, 2021 (Histoire) — En visio
Date
Vendredi 18 juin 2021
Descriptif

« Ces dernières années, de nouvelles demandes environnementales, sanitaires et sociales sont venues questionner le modèle de modernisation agricole qui a dominé le XXe siècle. Dans le même temps, de nouvelles perspectives ont redynamisé l’histoire de l’agriculture et des mondes ruraux, réinterrogeant justement les formes, les récits et les effets de la « modernisation agricole », avec notamment les apports de l’histoire environnementale, de l’analyse des formes territoriales de construction de la qualité ou de l’histoire et les études des sciences et des techniques. Il devient alors possible de revisiter les modernisations agricoles du XXe siècle non plus comme un impensé ou un triomphe nécessaire de la modernité mais comme un ensemble de dynamiques sociotechniques complexes et d’intérêts propres à des groupes d’acteurs et d’institutions spécifiques, différenciés d’un territoire à l’autre. Les contributions de cet ouvrage ouvrent des perspectives transnationales et comparatives, revisitent le rôle d’acteurs divers (agriculteurs, scientifiques, conseillers, fonctionnaires modernisateurs, industriels, médecins...) dans les dynamiques de modernisation, rendent visibles des jeux de négociation, des marges d’adaptation, des quêtes d’alternatives voire des formes de résistance. »


Titre
« L’Afrique et l’Organisation Internationale du Travail » — En visio
Date
Lundi 21 juin 2021, 17 h-20 h
Descriptif

Daniel Roger Maul (Université d’Olso) et Dr. Nick Bernards (University of Warwick) : The ILO and the enduring dilemmas of labour internationalism in sub-Saharan Africa


Titre
« Circulation des modèles de l’Afrique vers l’Europe : de l’histoire vers le contemporain » — Vitry-sur-Seine, France
Date
Mardi 22 juin 2021
Descriptif

Ce séminaire a pour ambition d’interroger la circulation des modèles architecturaux qui s’opère à travers le voyage de nombreux architectes entre l’Europe et l’Afrique. Cet évènement se focalise sur des architectes européens qui voyagent sur le continent africain et reviennent en Europe pour exercer en employant un certain nombre de concepts ou de principes issus de leurs voyages.

Programme


- Mercedes Volait (historienne de l’architecture et du patrimoine, directeur de recherche au CNRS, laboratoire InVisu) : "Ambroise Baudry (1838-1906) ou la double circulation du remploi architectural entre l’Egypte et la France"
- Marilena Kourniati (architecte et historienne, MCF à l’ENSAPVS, laboratoire EVCAU) : "Aldo van Eyck, les Dogons et la discipline configurative"
- Philippe Potié (architecte, professeur à l’ENSAV, laboratoire LéaV) : "Le voyage de l’architecte, de Le Corbusier à André Ravéreau. Une relecture de l’histoire de la modernité architecturale à travers le déplacement"
- Emmanuel Doutriaux (architecte, MCF à l’ENSAPVS, laboratoire EVCAU) : "Où l’ordinaire fait modèle d’un paradoxe de l’époque. Libres propos sur une trajectoire singulièrement normale"

- Cadre : Ce séminaire s’inscrit dans le cadre de l’exposition LA CONSTRUCTION DU CHAMP / Volet #1 – « Le chantier », à la Galerie municipale Jean-Collet / Centre d’art contemporain de Vitry-Sur-Seine, sous la direction artistique de Daniel Purroy.

- Modalités d’accès : Visioconférence + Galerie municipale Jean-Collet, 59 Avenue Guy Moquet, 94400 Vitry-sur-Seine

Pour accéder au séminaire sur place, ou à distance, merci de formuler votre demande à galerie.municipale chez mairie-vitry94.fr

Le séminaire aura lieu à la Galerie municipale Jean-Collet de Vitry-sur-Seine, avec une jauge de public très limité. Il sera également filmé et diffusé en direct en visioconférence via un lien. Nous recevrons également des questions du public sous forme de textes via internet.

- Durée : 3h = (20 minutes d’oral + 10 minutes de questions) x 4 + Conversation (1h)

- Organisation : Vincent Laureau (Architecte, MCF à l’ENSAPVS, CRH-LAVUE)


Titre
« Regard critique sur les souverainetés (Afrique, Amériques, Asie, Europe) Moyen Âge – XXIe siècle » — Université de Paris
Date
23-24 juin 2021
Descriptif


Titre
« Eau et agriculture dans le monde arabe »
Date
Jeudi 24 juin 2021
Descriptif

La sécurité alimentaire a toujours constitué une préoccupation majeure des gouvernements arabes. Historiquement, la région a connu différents paradigmes alimentaires et agricoles allant des intérêts impériaux et coloniaux dans la monoculture industrielle, aux objectifs d’autosuffisance sous le nationalisme arabe, jusqu’au néolibéralisme contemporain (Riachi & Martiniello, 2019 ; Woertz, 2013). La diversité des modèles étatiques que revêt la région, de l’État rentier à l’État en déliquescence, explique en partie les évolutions divergentes d’un pays à l’autre.

Bien que la question de la sécurité alimentaire soit étroitement liée à l’économie politique de la région, la plupart des études et rapports sur le sujet, ont constamment pointé la croissance démographique et la rareté des ressources naturelles, telles que l’eau et la terre, comme étant les principaux moteurs de celle-ci (Banque Mondiale, 2007). Or, cette lecture qui revêt des résonances ouvertement malthusiennes, ne tient pas compte de la nouvelle orientation vers un extractivisme agricole au Moyen-Orient et ce, sous la pression d’un environnement mondial qui a poussé les pays arabes à aligner leur modèle de développement sur celui des pays occidentaux (Banque Mondiale, 2008).

Ce modèle est basé sur une agriculture capitaliste accompagnée de politiques agricoles nationales qui visent à réorienter l’agriculture traditionnelle vers des cultures de rente ou d’exportation pour les inscrire dans un marché mondialisé. Ces cultures de rente nécessitent souvent une réallocation des ressources hydriques vers une agriculture irriguée. Cette dernière requiert bien souvent des grandes parcelles de terre, une réalité qui n’est pas sans avoir des conséquences pour la tenure foncière et l’organisation sociale des sociétés (Trottier, 2020 ; Perrier, 2021).

On voit ainsi apparaître un lien intrinsèque entre les politiques agricoles et une pénurie d’eau construite, elle aussi politiquement, pénurie générée par une utilisation intensive de cette ressource dans l’agriculture capitaliste. Il est toutefois intéressant de voir comment cette agriculture a été justifiée au nom de sa plus grande efficience et rentabilité économique (Molle, 2007), alors même qu’elle a signifié la destruction de pratiques agricoles traditionnelles plus durables et plus soucieuses d’une gestion équilibrée des ressources en eau.

Le développement agricole des pays arabes est donc intrinsèquement lié aux problématiques de la gouvernance de l’eau, car l’agriculture présente à elle seule environ 85 % des prélèvements totaux en eau au Moyen-Orient. Compte tenu de cette situation, et prenant en considération que la région du Moyen-Orient est présentée comme l’une des plus pauvres en eau d’ici 2050 (World Resource Institute, 2019), il devient urgent de repenser le modèle agricole qui se trouve à l’origine de ce déséquilibre. Un modèle agricole moins tourné vers l’export et davantage axé sur les spécificités géographiques et hydriques de chaque pays, permettrait-il de lutter efficacement contre la « pénurie d’eau » dans la région ?

Enfin, poser la question de l’eau, nous invite également de considérer le ou les cadres juridiques qui gouvernent cette ressource.

Objectif de cette Journée d’étude

Compte tenu de la situation décrite, la journée d’étude « Eau & Agriculture au Moyen Orient » vise à proposer une analyse comparative sur les enjeux agricoles et hydriques dans la région. La journée d’étude espère apporter des réponses aux questionnements suivants :
- Quel rôle incombe aux agribusiness, aux gouvernements, aux dispositifs de gestion locale ou encore aux agriculteurs ?
- Quelles différences peut-on faire dans les usages de l’eau selon les types d’agriculture rencontrés dans les pays du monde arabe ?
- Quelles relations entre logiques environnementales et agricoles, les solutions techniques liées aux eaux non-conventionnelles (réutilisation des eaux usées, dessalement, etc.). Quels usages de l’eau favorisent-elles ?
- Quels sont les enjeux en matière d’accès à l’eau des politiques agricoles ?
- Quel modèle agricole pour une meilleure gestion des ressources hydriques dans la région MENA ?

Programme de la journée

09h30 Mot de bienvenue

09h30-10h00 Keynote par Roland RIACHI, Université américaine de Beyrouth : Eau et agriculture dans le monde arabe à l’heure des régimes alimentaires mondiaux

10h00-12h30 Panel 1 : Accaparement des terres, accaparement des ressources en eau : le rôle des agribusiness & de l’agriculture capitaliste

Modération : Sara FERNANDEZ, INRAE – UMR GESTE

- Delphine ACLOQUE, CEDEJ / Université de Tours – UMR Citeres :S’affranchir de la dépendance au Nil ? Les trajectoires du capitalisme agricole égyptien contemporain
- Julie TROTTIER, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, UMR PRODIG/CNRS : L’eau et les frontières agricoles en Palestine
- Ahmed HAJ ASAAD, Institut des hautes études internationales du développement & Géo Expertises :Évolution des politiques agricoles en Syrie : un désastre agro-hydrologique
- Habib AYEB, Université Paris 8 & Observatoire de la Souveraineté Alimentaire et de l’environnement – OSAE : Compétitions inégales sur les ressources agricoles en Tunisie : Dépossession et exclusion des paysan.ne.s au profit de l’agribusiness

14h00-16h30 Panel 2 : Agricultures paysannes et droits de l’eau

Modération : Julie TROTTIER, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, UMR PRODIG /CNRS

- Thierry RUF, IRD-CIRAD-Université Paul Valery Montpellier, UMR SENS:Une approche historique des agricultures paysannes face aux entrepreneurs agricoles en Égypte et au Maroc
- Khaled AMRANI, Université Grenoble-Alpes, CNRS Laboratoire PACTE :Gestion de l’eau d’irrigation dans le bas-Sahara algérien : Le paradoxe hydrique de la palmeraie d’Ouargla
- Alain CARIOU, Sorbonne Université, Laboratoire Médiations:Les oasis aux Emirats arabes unis et en Oman : déclin, résistance et renouveau
- Raya STEPHAN, consultante :Le droit de l’eau au Moyen-Orient : un aperçu général

16h30-17h30 Débat autour du documentaire « Couscous : Graines de la dignité » réalisé par Habib AYEB

Pour visualiser le documentaire : =>Voir le documentaire

Modération : Isabel Ruck (CAREP Paris)

17h30-18h00 Conclusion

Modalités pratiques de participation

La journée d’étude est organisée en visioconférence.

Les inscriptions se font via le site : https://www.carep-paris.org/eveneme...


Titre
« 4e congrès des études sur le Moyen-Orient et les mondes musulmans »
Date
Du 28 juin, 09 h 05 au 2 juillet 2021 18 h 30
Descriptif

Selon la formule déjà éprouvée en 2015, 2017, et 2019, mais en s’adaptant aux circonstances sanitaires, ces cinq journées offriront, à travers près de 80 ateliers et de nombreuses autres propositions (tables rondes, fil rouge jeunes chercheurs, prix de thèse, films, exposition, théâtre, concert), un panorama riche et foisonnant des questionnements actuels, des travaux de recherche personnels et collectifs, achevés ou en cours, portant sur le Moyen - Orient, le Maghreb, ainsi que sur l’islam et les musulmans dans le monde.

L’accès à toutes les manifestations en ligne se fait sur inscription.


Titre
« Des usages des compilations et recueils géographiques : lectures, traductions, réemplois (XVIe-XVIIIe siècle) »
Date
Mercredi 30 juin 2021
Descriptif

À l’époque moderne, bien des récits de voyages et discours géographiques se présentaient sous la forme de compilations imprimées ou de recueils composites. Pendant longtemps l’ensemble n’a été considéré comme unifié que par les bibliophiles et collectionneurs à la recherche du recueil « complet », à l’instar de Boucher de La Richarderie (1808) qui en livra une bibliographie faisant encore autorité. On a souvent consulté ces recueils pour y trouver le texte de tel voyageur ou de tel chroniqueur indépendamment de l’objet-livre dans lequel ces derniers étaient réunis. On a aussi vu dans ces recueils des témoignages d’une culture de la mobilité européenne qui documentaient à la fois la diversité des lieux fréquentés par les voyageurs et l’intensité de cette fréquentation. Cette journée d’études vise à réinterroger ces objets à la lumière des projets éditoriaux affichés par les compilateurs d’une part et d’autre part des formes d’appropriations de ces recueils par d’autres acteurs. Il s’agit aussi en cela de contribuer à la réflexion actuelle sur les usages contextualisés de l’imprimé et de l’écrit.

L’attention renouvelée pour les ouvrages composites (“reference books”, miscellanées, anthologies et recueils) et les acteurs qui en sont à l’origine a permis d’éclairer les projets intellectuels des principales compilations de l’époque moderne. Qu’il s’agisse de rassembler des matériaux hétérogènes (Trevisan 1504, Thévenot 1663-1696), de regrouper différents textes traitant d’un espace donné (Manuzio 1543, De Bry 1590-1602 et 1597), de recueillir une variété de sources aptes à livrer une image mise à jour du monde (Ramusio 1550-1559), d’opérer une sélection fondée sur une perspective de célébration nationale (Hakluyt 1588-1589 et 1598-1600, Purchas 1625-1626) ou encore de traduire et amplifier l’oeuvre d’un autre (abbé Prévost 1735-1749), le choix de cette forme peut s’expliquer par le rapport renouvelé au monde où l’expérience de la Terre par les voyages nécessite un discours à la fois unitaire et multiple. En effet après la Renaissance toute tentative de description de l’oikoumène ne peut plus être que polyphonique. Si le travail éditorial des compilateurs est désormais au cœur des préoccupations – sélection, traduction, agencement, paratextes – la question des usages du livre à la fois par ces derniers et par les différents acteurs qui les entouraient reste, elle, pendante. Comment les compilateurs accédaient-ils aux manuscrits anciens ou modernes ? Quelles étaient les interactions entre les compilateurs et les voyageurs ? Ces derniers avaient-ils leur mot à dire sur le projet d’ensemble ?

L’existence des recueils et compilations comme imprimés ne peut pas s’élucider en se contentant d’un tête-à-tête entre le géographe de terrain et le géographe de cabinet. Imprimeurs, graveurs, cartographes et informateurs participaient aussi, à des degrés divers, à l’élaboration du produit fini. Certains recueils étaient coûteux à produire et nécessitaient, vraisemblablement, la protection de mécènes ou le recours à des souscriptions. Autorités politiques et religieuses approuvaient, encourageaient ou toléraient, par les institutions censoriales, ces publications. Réseaux de correspondants lettrés et périodiques savants assuraient enfin la renommée de ces ouvrages en même temps qu’ils en guidaient la lecture. Comment les projets de compilations résistaient-ils ou s’adaptaient-ils à l’ensemble des investissements sociaux de ces livres ? Comment, dans le temps long de l’élaboration de certains recueils, l’ambition initiale pouvait-elle évoluer ? Que sait-on, au juste, de cette voix qui s’autorisait à commenter les voyages des autres ? De même, l’étude des recueils factices (conçus et reliés par des collectionneurs) ou les compilations manuscrites pourrait permettre d’apporter dans ce cadre un contrepoint aux compilations imprimées. Quel était le lien entre les pratiques bibliophiles et les pratiques de publication ?

Face à ce qui pouvait être conçu comme une bibliothèque géographique idéale par des compilateurs, les pratiques de lecture pouvaient faire échec à ce projet. Théoriquement, le lecteur pouvait feuilleter le recueil à la recherche des images, consulter de manière ciblée telle ou telle partie ou le lire in-extenso. En cela, les compilations géographiques étaient manipulées par des acteurs impliqués dans la constitution des savoirs : cartographes, dessinateurs et érudits pouvaient y trouver la matière pour leur production. Ces recueils apparaissaient de plus comme des ouvrages de références dans des domaines qui excédaient largement les savoirs géographiques puisqu’ils ont pu servir de sources à l’histoire naturelle ainsi qu’aux théories politiques et juridiques, voire philosophiques. Difficile à documenter, cette histoire de la lecture est cependant possible parce que les compilateurs étaient eux-mêmes en quelque sorte des braconniers. On s’intéressera particulièrement aux réemplois de textes déjà parus, aux traductions et au fait que l’intégration de textes par des compilateurs sont non seulement des choix éditoriaux, mais portent aussi les traces de leurs lectures antérieures. Lorsque les recueils aspiraient à rendre compte du monde dans son intégralité, quelle image du monde pouvait résulter du remaniement des textes ou de leur réélaboration par d’autres ? Ces circulations de textes peuvent être saisies à l’échelle transnationale au point que certains compilateurs, en traduisant des extraits, entendaient se mettre dans la filiation d’une compilation étrangère. Dans le contexte des premiers empires coloniaux, faut-il voir dans ces appropriations le témoignage des rivalités européennes pour la domination des territoires ultra-marins et la participation des compilateurs à l’extension sur le papier des conflits ? Ou bien s’agissait-il d’une activité érudite polarisée par la curiosité pour le monde et soucieuse de mettre à la disposition des informations sur des horizons lointains aux amateurs d’exotisme ?

Les axes envisagés sont les suivants :

Lire/fabriquer une compilation géographique : acteurs et pratiques
- Quels lecteurs de compilations sont les compilateurs ? Comment fait-on référence à une compilation ? Lit-on les textes singuliers, les paratextes, ou bien la compilation en tant qu’œuvre ? Quelles sont les filiations entre différentes compilations des XVIe et XVIIe siècles ? Faut-il parler de filiation, de modèles ou d’appropriations ?
- Existe-t-il des traces matérielles de lecture des compilations et recueils géographiques ? Comment les compilations sont-elles commercialisées, vendues, conservées ? Qui possède, de quelle manière, sous quelle forme, ces recueils ? Quelles sont les pratiques bibliophiliques historiquement situées qui leur sont attachées ?
- Quels sont les différents acteurs qui participent à l’élaboration et à la circulation d’une compilation imprimée ?

Réemplois et rééditions
- Pourquoi réemployer des textes, des illustrations ou des cartes ? D’où viennent ces matériaux ? Comment les compilateurs y ont-ils eu accès ? Servent-ils le projet intellectuel du recueil ?
- Ces réemplois proposent-ils de simples rééditions de documents devenus inaccessibles ? Sont-ils partiels, totaux ou encore augmentés ? Dans le cas des compilations rééditées, existe-t-il des mises à jour en fonction de l’élaboration des savoirs dans le domaine ?

Traduire : d’une compilation à une autre, d’une langue à une autre
- Pour quelles raisons des compilateurs traduisent-ils des textes déjà parus dans des langues étrangères ? S’agit-il là d’un processus de classicisation d’un récit de voyage particulier devenu incontournable en raison de ses qualités intrinsèques ? Ou bien la traduction de tel texte n’était-elle effectuée que pour servir le projet d’ensemble du recueil ?
- Quels sont les enjeux politiques liés à la traduction de documents étrangers ? Comment ces textes sont-ils traduits, commentés, augmentés, qualifiés ?
- Les traductions de compilation interviennent-elles aussi sur la structure et l’organisation des matériaux d’un ouvrage composite ?

La compilation mise au service de la constitution des savoirs
- Quels usages sont faits des compilations géographiques en cartographie ? Mais aussi dans l’élaboration des savoirs d’autres domaines ? (histoire naturelle, politique, droit, philosophie, etc.)
- L’usage d’une compilation comme source de savoirs favorise-t-il l’adoption d’une perspective comparative ?
- Compilations et collections : les compilations servent-elles à élaborer, compléter ou encore redoubler des collections d’objets et d’échantillons ?

Modalités de contribution : Les intervenants seront invités à présenter des cas susceptibles de nourrir les thématiques envisagées. Un résumé en français ou en anglais de 300 mots au maximum de la communication est à envoyer à compilations.geographiques chez gmail.com avant le 30 juin 2021

Comité d’organisation
- Oury Goldman (EHESS, Centre Koyré)
- Fiona Lejosne (Université Sorbonne Nouvelle - Paris III, Triangle UMR5206)
- Maxime Martignon (Université Paris Nanterre, Mémo)

Comité scientifique

Louise Bénat-Tachot (Sorbonne Université)
Jean-Marc Besse (EHESS)
Catherine Hofmann (BnF)
Frank Lestringant (Sorbonne Université)
Ladan Niayesh (Université de Paris)
Nicolas Schapira (Université Paris Nanterre)
Michiel van Groesen (Universiteit Leiden)

Suggestions de lecture

* Carey, Daniel et Jowitt, Claire (éds.), Richard Hakluyt and Travel Writing in Early Modern Europe, Farnham-Burlington, Ashgate, 2012.

* Chartier, Roger, « Textes sans frontières », in La main de l’auteur et l’esprit de l’imprimeur  : XVIe-XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, 2015.

* Dew, Nicholas, « Reading Travels in the Culture of Curiosity Thévenot’s Collection of Voyages », Journal of Early Modern History, vol. 10, no 1-2, 2006, p. 39-59.

* Groesen, Michiel van, The Representations of the overseas world in the De Bry Collection of voyages (1590-1634), Leiden Boston, Brill, 2008.

* Holtz, Grégoire, « Les récits de voyage du XVIe lus au XVIIIe siècle : Vente, collection et recomposition des imprimés géographiques », Revue française d’histoire du livre, 2016, n. 137, p. 135-151.

* Lestringant, Frank, L’Atelier du cosmographe ou l’image du monde à la Renaissance, Paris, Albin Michel, 1991.

* Mancall, Peter C. (ed.), Bringing the world to early modern Europe : travel accounts and their audiences, Leyden, Brill, 2007.

* Morinet, Mathilde, « « Publier les curieuses découvertes » : l’entreprise éditoriale de Melchisédech Thévenot dans ses Relations de divers voyages curieux (1663-1672) », Pratiques et formes littéraires [En ligne], 17 | 2020, 17 décembre 2020, URL : https://publications-prairial.fr/pratiques-et-formes-litteraires/index.php?id=223

* Pirillo, Diego « Voyagers and Translators in Elizabethan England : Richard Hakluyt, John Florio, and Renaissance Travel Collections », in Alison Yarrington, Stefano Villani, Julia Kelly (eds), Travels and Translations : Anglo-Italian Cultural Transactions, Amsterdam-New York, Rodopi, 2013, p. 27-43.

* Roche, Daniel, Humeurs vagabondes  : de la circulation des hommes et de l’utilité des voyages, Paris, Fayard, 2003.

* Schmidt, Benjamin, Inventing exoticism  : geography, globalism, and Europe’s early modern world, Philadelphia, Univ. of Pennsylvania Press, 2015.

* Sherman, William H. « Bringing the World to England : the Politics of Translation in the Age of Hakluyt » Transactions of the Royal Historical Society, 2004, XIV, p. 199-208.

* Voigt, Lisa et Brancaforte, Elio, « The Travelling Illustrations of Sixteenth-Century Travel Narratives », Publications of the Modern Language Association of America, vol. 129, n. 3, 2014, p. 365-398.


Titre
« La F/francophonie dans l’aire indiaocéanique : singularités, héritages et pratiques », Revue Internationale des Francophonies, 2022
Date
Mercredi 30 juin 2021
Descriptif

Appel à contribution pour un numéro spécial de la Revue Internationale des Francophonies, sous la direction de Pierre-Éric FAGEOL (Historien, Maître de conférences, Université de La Réunion) et de Thierry GAILLAT (Sociolinguiste et didacticien des langues, Maître de conférences, Université de La Réunion)

« S’interroger sur la spécificité d’une aire géographique implique une réflexion sur ses caractères communs et sur leur singularité dans un ensemble plus vaste. La F/francophonie dans l’aire indiaocéanique[1] interroge ainsi les caractéristiques principalement iliennes (Comores, Mayotte, Madagascar, Maurice, La Réunion, Rodrigues, Seychelles) et plus globalement maritimes (Djibouti, Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon, Chandernagor) qui la composent. Elle sonde également les héritages à mettre en lien avec une colonisation s’étirant du XVIIème siècle au XXème siècle qui s’inscrit dans une lutte d’influence avec la Grande-Bretagne. Elle met surtout en évidence des singularités sociales et culturelles qui portent en elles des enjeux linguistiques complexes.

La francophonie indiaocéanique est ainsi fille de la colonisation et de la mission civilisatrice, des cessions et rétrocessions coloniales, des migrations et du métissage, de l’hybridation culturelle et des processus de créolisation. Si on doit le terme de francophonie au géographe Onésime Reclus qui l’emploie pour la première fois en 1883 dans un ouvrage consacré à une étude sur la France et ses colonies, son sens dépasse alors le seul cadre de la langue pour réifier également les « races européenne et francophone » qui se lancent dans l’aventure coloniale. Fortement ancrée en cette fin du XIXème siècle dans un contexte d’expression patriotique exacerbée, la volonté de franciser dans une certaine mesure les peuples colonisés semble d’autant plus probante que le prisme de la langue reflète, selon une conception coloniale déterministe, des valeurs morales et influence certaines capacités cognitives. Loin d’aboutir à une « guerre des langues » comme le suggère Jean-Louis Calvet (1997) pour les idiomes régionaux de la France métropolitaine, la politique linguistique envers les langues vernaculaires des peuples indiaocéaniques n’aboutit pas à une logique « glottophage » mais à une hiérarchisation des pratiques langagières selon les contextes.

Selon une analyse déterministe coloniale, la langue préfigure une vision du monde. Dans cette optique, l’unité linguistique serait un des facteurs essentiels de l’unité impériale. La « francité » se comprendrait avant tout par le partage d’une langue commune, capable de refléter les caractères spécifiques de l’identité coloniale française. C’est en partie ce qui motive l’action de l’Alliance française de l’île Maurice dès 1884 ou celle de Pierre Deschamps - le fondateur de la Mission laïque - lors de ses missions à La Réunion et à Madagascar à la fin du XIXème siècle. Toujours selon ce principe, la francité entérinerait la qualité de ce qui est français, une communion d’esprit autour de la langue française. Cette notion, pourtant prisée en anthropologie, en sociologie et en littérature notamment chez les spécialistes des études postcoloniales, a été d’une manière globale peu usitée par les historiens français du colonial dans l’océan Indien. Souvent reliées à la notion d’assimilation, celles de francité et de francisation sont parfois critiquées pour leur caractère trop globalisant et dogmatique si l’on considère que l’assimilation de normes culturelles n’aboutit pas à une reconnaissance de ces mêmes normes.

Les processus de décolonisation et les logiques d’intégration régionale ne remettent pas en cause le processus de francisation et la volonté de structurer une Francophonie institutionnelle. Les centres culturels, les alliances françaises et les établissements d’enseignement assurent désormais la mission de promotion de la Francophonie. Ces quelques perspectives historiques permettent de tenir compte de certains héritages et d’inscrire dans le temps des enjeux plus contemporains. Au-delà des considérations purement lexicales (F/francophonie, francisation, francité, etc.), une approche comparative et évolutive suppose de tenir compte de processus historiques qui contribuent à ajuster le sens des mots dans des pratiques sociales complexes par lesquelles transite la production de sens. C’est tout l’intérêt de la portée heuristique de l’histoire en ce qu’elle permet de faire sens des différences et des écarts avec le présent et d’inscrire l’étude de la francophonie dans un processus dynamique et complexe. L’étude de la francophonie permet également de porter la focale sur les modalités d’intégration régionale de populations qui conjuguent fragmentation territoriale, marginalisation économique, quêtes identitaires et instabilité politique (Taglioni, 2003).

Au regard de ces divers éléments de cadrage, s’intéresser à la F/francophonie dans l’océan Indien, c’est identifier d’une part ce qui la rend si singulière, à travers l’ensemble des locuteurs qui la composent dans sa diversité et son unité, et d’autre part identifier la manière dont elle évolue au milieu des langues et cultures qui la nourrissent - ou qu’elle abreuve - consciemment et/ou inconsciemment, pour se développer suivant des formes singulières et des usages tout aussi singuliers, propres à chacun des territoires plurilingues concernés.

C‘est ainsi qu’après avoir servi d’appui au développement des langues créoles, elle évolue aujourd’hui à leur côté dans un mouvement de créolisation toujours renouvelé, lié au contact des langues et des cultures. Elle emprunte aussi aux vernaculaires locaux, qu’ils soient institutionnalisés ou non, tout en les investissant dans la dynamique du développement mondialisé actuel. À ce cheminement en contact, s’ajoutent aussi, et souvent en situation de compétition, d’autres langues instituées et internationales, telles que l’anglais, l’arabe ou l’hindi. Il résulte souvent de ces rencontres, un tourbillon créatif, amenant à des formes « maillées », métissées, interlectales (Prudent, 1981), prenant vie sur des continuums linguistiques variés, notamment au sein des aires créoles, mettant à mal la conscience linguistique des locuteurs, qui revendiquent alors consciemment ou non leur manière d’exprimer leurs F/francophonie et leur(s) identité(s) sous-jacentes.

Ces pratiques « F/francophones » s’inscrivent dans des contextes très divers soumis à la place statutaire donnée au français au sein des différents espaces plurilingues qui les constituent. Le français oscille ainsi dans les lignées historiques de chaque territoire entre langue nationale (La Réunion, Mayotte), langue co-officielle (Comores, Djibouti, Madagascar, Seychelles, Djibouti), langue seconde sans statut reconnu (Maurice, Rodrigues) ou langue étrangère (Comptoirs indiens), et donne aux pratiques langagières francophones en présence diverses possibilités de développement. Cette pluralité des situations statutaires engendre un large panorama de pratiques différentes suivant les territoires, comme au sein même de chaque territoire, selon l’influence que le contexte plurilingue a sur les individus. On peut alors parler d’un « français indiaocéanique » à l’image du « français langue africaine », tel que le définissait Dumont (1990), dont les locuteurs de la zone seraient les « copropriétaires », révélant « un réel mécanisme d’appropriation du français », qui irait au-delà des « usances » qu’ils en font.

Ce mouvement d’appropriation va au-delà d’une simple mise en œuvre par les locuteurs du quotidien, se prolongeant sous des formes écrites au sein d’une littérature abondante. Il s’inscrit dans la dynamique mise en exergue au cœur du manifeste signé par 44 écrivains « Pour une “littérature monde” en français », où « la langue française serait libérée de son pacte exclusif avec la nation »[2]. La F/francophonie s’y déploie alors de manière singulière et vivace, que ce soit à Madagascar, dans les îles des Comores ou dans l’archipel des Mascareignes.

Les diverses réalités sociolinguistiques de cette F/francophonie nous amènent à nous questionner sur la manière dont l’École les prend en compte. On peut ainsi s’interroger sur la place donnée au français dans chaque système d’enseignement, entre langue vecteur des apprentissages et/ou langue objet d’apprentissage. Mais au-delà de cette distinction, se pose aussi la question de la prise en considération - ou non - des contextes plurilingues et pluriculturels et des incidences que cela peut avoir sur la didactique des disciplines et les apprentissages qui y sont liés.

L’éventail des contextes est vaste : le système scolaire en vigueur peut être le même que celui développé en France métropolitaine (Mayotte, La Réunion), ou être très influencé par les modèles mis en place par le système colonial français (Comores, Djibouti, Madagascar). Il peut s’inscrire dans la dominance britannique (Comptoirs indiens) ou se développer suivant des approches plurielles (Maurice, Rodrigues, Seychelles). Le tout forme peut-être un ensemble scolaire à considérer lui aussi comme indiaocéanique.

Cet appel à contribution concerne en priorité les axes suivants qui pourront être abordés de manière complémentaire par les auteurs :
- Dimension historique et socio-historique : quels sont les héritages institutionnels, les facteurs socio-culturels, les dynamiques identitaires spécifiques à la francophonie de l’océan Indien ?
- Dimension géographique : quels sont les enjeux stratégiques, les perspectives d’intégration régionale, les spécificités des sociétés indiaocéaniques ?
- Dimension sociolinguistique : quelles sont les incidences sur les pratiques langagières F/francophones des locuteurs indiaocéaniques, des différents statuts donnés aux langues présentes et au français en particulier, des contacts de langues qui en résultent, des développements de créoles, des situations de communication plurilingues caractéristiques de ces territoires ?
- Dimension littéraire : au cœur de quels genres littéraires et avec quelle(s) singularité(s) la F/francophonie se déploie-t-elle ?
- Dimension didactique des langues : quelles sont les prises en compte (ou non) des réalités sociolinguistiques de la zone océan Indien, dans le cadre de l’enseignement / apprentissage des disciplines au sein des dynamiques éducatives mises en œuvre dans les différentes entités concernées, suivant notamment la place qu’occupe le français dans le système scolaire (langue d’enseignement, langue enseignée…) ?

Délais et modalités :

L’évaluation se fera sur la base de l’article complet :
- Date butoir d’envoi de la proposition d’article à rif chez univ-lyon3.fr : 30 juin 2021
- Les propositions d’article de 6 000 caractères maximum (espaces compris), accompagnées d’un CV scientifique, devront faire apparaître la problématique, la méthode, le corpus ou terrain et les éléments centraux de l’argumentation.
- Annonce des propositions sélectionnées : 20 juillet 2021
- Date butoir d’envoi de l’article complet à rif chez univ-lyon3.fr : 15 février 2022.
- Les recommandations aux auteurs sont disponibles sur : http://rifrancophonies.com/index.ph...
- Retour des évaluations : 15 mars 2022
- Réception du texte final : 15 juin 2022
- Publication du numéro spécial de la Revue internationale des francophonies : 15 décembre 2022

[1] L’indiaocéanité renvoie à la seule description géographique des territoires de l’océan Indien. Cette appellation se distingue de l’indianocéanie aujourd’hui prônée par la Commission de l’océan Indien, dans un cadre politique, qui ne concerne que les territoires du Sud-Ouest de l’océan Indien (Comores, Madagascar, Maurice, La Réunion, Seychelles) et s’inscrit dans une communauté d’appartenance d’ordre identitaire (Définir et chanter l’Indianocéanie, note d’information, Mahébourg, Maurice, juin 2013).

[2] Michel Le Bris et al., « Pour une littérature-monde en français », Le Monde, 15 mars 2007.


Titre
« La F/francophonie dans l’aire indiaocéanique. Singularités, héritages et pratiques », Revue Internationale des Francophonies, 2023
Date
Mercredi 30 juin 2021
Descriptif

S’interroger sur la spécificité d’une aire géographique implique une réflexion sur ses caractères communs et sur leur singularité dans un ensemble plus vaste. La F/francophonie dans l’aire indiaocéanique[1] interroge ainsi les caractéristiques principalement iliennes (Comores, Mayotte, Madagascar, Maurice, La Réunion, Rodrigues, Seychelles) et plus globalement maritimes (Djibouti, Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon, Chandernagor) qui la composent. Elle sonde également les héritages à mettre en lien avec une colonisation s’étirant du XVIIème siècle au XXème siècle qui s’inscrit dans une lutte d’influence avec la Grande-Bretagne. Elle met surtout en évidence des singularités sociales et culturelles qui portent en elles des enjeux linguistiques complexes.

La francophonie indiaocéanique est ainsi fille de la colonisation et de la mission civilisatrice, des cessions et rétrocessions coloniales, des migrations et du métissage, de l’hybridation culturelle et des processus de créolisation. Si on doit le terme de francophonie au géographe Onésime Reclus qui l’emploie pour la première fois en 1883 dans un ouvrage consacré à une étude sur la France et ses colonies, son sens dépasse alors le seul cadre de la langue pour réifier également les « races européenne et francophone » qui se lancent dans l’aventure coloniale. Fortement ancrée en cette fin du XIXème siècle dans un contexte d’expression patriotique exacerbée, la volonté de franciser dans une certaine mesure les peuples colonisés semble d’autant plus probante que le prisme de la langue reflète, selon une conception coloniale déterministe, des valeurs morales et influence certaines capacités cognitives. Loin d’aboutir à une « guerre des langues » comme le suggère Jean-Louis Calvet (1997) pour les idiomes régionaux de la France métropolitaine, la politique linguistique envers les langues vernaculaires des peuples indiaocéaniques n’aboutit pas à une logique « glottophage » mais à une hiérarchisation des pratiques langagières selon les contextes.

Selon une analyse déterministe coloniale, la langue préfigure une vision du monde. Dans cette optique, l’unité linguistique serait un des facteurs essentiels de l’unité impériale. La « francité » se comprendrait avant tout par le partage d’une langue commune, capable de refléter les caractères spécifiques de l’identité coloniale française. C’est en partie ce qui motive l’action de l’Alliance française de l’île Maurice dès 1884 ou celle de Pierre Deschamps - le fondateur de la Mission laïque - lors de ses missions à La Réunion et à Madagascar à la fin du XIXème siècle. Toujours selon ce principe, la francité entérinerait la qualité de ce qui est français, une communion d’esprit autour de la langue française. Cette notion, pourtant prisée en anthropologie, en sociologie et en littérature notamment chez les spécialistes des études postcoloniales, a été d’une manière globale peu usitée par les historiens français du colonial dans l’océan Indien. Souvent reliées à la notion d’assimilation, celles de francité et de francisation sont parfois critiquées pour leur caractère trop globalisant et dogmatique si l’on considère que l’assimilation de normes culturelles n’aboutit pas à une reconnaissance de ces mêmes normes.

Les processus de décolonisation et les logiques d’intégration régionale ne remettent pas en cause le processus de francisation et la volonté de structurer une Francophonie institutionnelle. Les centres culturels, les alliances françaises et les établissements d’enseignement assurent désormais la mission de promotion de la Francophonie. Ces quelques perspectives historiques permettent de tenir compte de certains héritages et d’inscrire dans le temps des enjeux plus contemporains. Au-delà des considérations purement lexicales (F/francophonie, francisation, francité, etc.), une approche comparative et évolutive suppose de tenir compte de processus historiques qui contribuent à ajuster le sens des mots dans des pratiques sociales complexes par lesquelles transite la production de sens. C’est tout l’intérêt de la portée heuristique de l’histoire en ce qu’elle permet de faire sens des différences et des écarts avec le présent et d’inscrire l’étude de la francophonie dans un processus dynamique et complexe. L’étude de la francophonie permet également de porter la focale sur les modalités d’intégration régionale de populations qui conjuguent fragmentation territoriale, marginalisation économique, quêtes identitaires et instabilité politique (Taglioni, 2003).

Au regard de ces divers éléments de cadrage, s’intéresser à la F/francophonie dans l’océan Indien, c’est identifier d’une part ce qui la rend si singulière, à travers l’ensemble des locuteurs qui la composent dans sa diversité et son unité, et d’autre part identifier la manière dont elle évolue au milieu des langues et cultures qui la nourrissent - ou qu’elle abreuve - consciemment et/ou inconsciemment, pour se développer suivant des formes singulières et des usages tout aussi singuliers, propres à chacun des territoires plurilingues concernés.

C‘est ainsi qu’après avoir servi d’appui au développement des langues créoles, elle évolue aujourd’hui à leur côté dans un mouvement de créolisation toujours renouvelé, lié au contact des langues et des cultures. Elle emprunte aussi aux vernaculaires locaux, qu’ils soient institutionnalisés ou non, tout en les investissant dans la dynamique du développement mondialisé actuel. À ce cheminement en contact, s’ajoutent aussi, et souvent en situation de compétition, d’autres langues instituées et internationales, telles que l’anglais, l’arabe ou l’hindi. Il résulte souvent de ces rencontres, un tourbillon créatif, amenant à des formes « maillées », métissées, interlectales (Prudent, 1981), prenant vie sur des continuums linguistiques variés, notamment au sein des aires créoles, mettant à mal la conscience linguistique des locuteurs, qui revendiquent alors consciemment ou non leur manière d’exprimer leurs F/francophonie et leur(s) identité(s) sous-jacentes.

Ces pratiques « F/francophones » s’inscrivent dans des contextes très divers soumis à la place statutaire donnée au français au sein des différents espaces plurilingues qui les constituent. Le français oscille ainsi dans les lignées historiques de chaque territoire entre langue nationale (La Réunion, Mayotte), langue co-officielle (Comores, Djibouti, Madagascar, Seychelles, Djibouti), langue seconde sans statut reconnu (Maurice, Rodrigues) ou langue étrangère (Comptoirs indiens), et donne aux pratiques langagières francophones en présence diverses possibilités de développement. Cette pluralité des situations statutaires engendre un large panorama de pratiques différentes suivant les territoires, comme au sein même de chaque territoire, selon l’influence que le contexte plurilingue a sur les individus. On peut alors parler d’un « français indiaocéanique » à l’image du « français langue africaine », tel que le définissait Dumont (1990), dont les locuteurs de la zone seraient les « copropriétaires », révélant « un réel mécanisme d’appropriation du français », qui irait au-delà des « usances » qu’ils en font.

Ce mouvement d’appropriation va au-delà d’une simple mise en œuvre par les locuteurs du quotidien, se prolongeant sous des formes écrites au sein d’une littérature abondante. Il s’inscrit dans la dynamique mise en exergue au cœur du manifeste signé par 44 écrivains « Pour une “littérature monde” en français », où « la langue française serait libérée de son pacte exclusif avec la nation »[2]. La F/francophonie s’y déploie alors de manière singulière et vivace, que ce soit à Madagascar, dans les îles des Comores ou dans l’archipel des Mascareignes.

Les diverses réalités sociolinguistiques de cette F/francophonie nous amènent à nous questionner sur la manière dont l’École les prend en compte. On peut ainsi s’interroger sur la place donnée au français dans chaque système d’enseignement, entre langue vecteur des apprentissages et/ou langue objet d’apprentissage. Mais au-delà de cette distinction, se pose aussi la question de la prise en considération - ou non - des contextes plurilingues et pluriculturels et des incidences que cela peut avoir sur la didactique des disciplines et les apprentissages qui y sont liés.

L’éventail des contextes est vaste : le système scolaire en vigueur peut être le même que celui développé en France métropolitaine (Mayotte, La Réunion), ou être très influencé par les modèles mis en place par le système colonial français (Comores, Djibouti, Madagascar). Il peut s’inscrire dans la dominance britannique (Comptoirs indiens) ou se développer suivant des approches plurielles (Maurice, Rodrigues, Seychelles). Le tout forme peut-être un ensemble scolaire à considérer lui aussi comme indiaocéanique.

Axes thématiques

Cet appel à contribution concerne en priorité les axes suivants qui pourront être abordés de manière complémentaire par les auteurs :

- Dimension historique et socio-historique : quels sont les héritages institutionnels, les facteurs socio-culturels, les dynamiques identitaires spécifiques à la francophonie de l’océan Indien ?
- Dimension géographique : quels sont les enjeux stratégiques, les perspectives d’intégration régionale, les spécificités des sociétés indiaocéaniques ?
- Dimension sociolinguistique : quelles sont les incidences sur les pratiques langagières F/francophones des locuteurs indiaocéaniques, des différents statuts donnés aux langues présentes et au français en particulier, des contacts de langues qui en résultent, des développements de créoles, des situations de communication plurilingues caractéristiques de ces territoires ?
- Dimension littéraire : au cœur de quels genres littéraires et avec quelle(s) singularité(s) la F/francophonie se déploie-t-elle ?
- Dimension didactique des langues : quelles sont les prises en compte (ou non) des réalités sociolinguistiques de la zone océan Indien, dans le cadre de l’enseignement / apprentissage des disciplines au sein des dynamiques éducatives mises en œuvre dans les différentes entités concernées, suivant notamment la place qu’occupe le français dans le système scolaire (langue d’enseignement, langue enseignée…) ?

Délais et modalités

L’évaluation se fera sur la base de l’article complet :
Date butoir d’envoi de la proposition d’article à rif chez univ-lyon3.fr : 30 juin 2021

Les propositions d’article de 6 000 caractères maximum (espaces compris), accompagnées d’un CV scientifique, devront faire apparaître la problématique, la méthode, le corpus ou terrain et les éléments centraux de l’argumentation.
- Annonce des propositions sélectionnées : 20 juillet 2021
- Date butoir d’envoi de l’article complet à rif chez univ-lyon3.fr : 15 février 2022

- Les recommandations aux auteurs sont disponibles sur http://rifrancophonies.com/index.ph...
- Retour des évaluations : 15 mars 2022
- Réception du texte final : 15 juin 2022
- Publication du numéro spécial de la Revue internationale des francophonies : 15 décembre 2022

Direction scientifique du numéro
- Pierre-Éric FAGEOL, Historien, Maître de conférences, Université de La Réunion
- Thierry GAILLAT, Sociolinguiste et didacticien des langues, Maître de conférences, Université de La Réunion


Titre
« Before the Anthropocene : Medieval concepts of interdependent human-nature-relations » — Leeds, Grande-Bretagne
Date
Du 5 au 8 juillet 2021
Titre
« Uneasy Neighbours : Conflict and Control in the Colonial City, c. 1870-1930 » — University of Bremen (Germany)
Date
15-16 juillet 2021
Titre
« Re-examining Empires from the Margins : Towards a New Imperial History of Europe » — University of Bremen (Germany)
Date
Jeudi 15 juillet 2021
Descriptif

The workshop is jointly organized by Dr Mikko Toivanen (Munich Centre for Global History) and Dr Bernhard Schär (ETH Zürich) in collaboration with the ‘Nordic Colonialism and the Global’ project and will take place at the Munich Centre for Global History (Ludwig-Maximilians-Universität) on 22–23 October 2021
From toppled monuments to debates about history curricula and restitution claims for looted artefacts, the present moment finds the continuing legacies of empire and colonialism firmly at the forefront of public engagement with history. In historiography, this surge in interest has been accompanied by challenges to commonly accepted notions of what can or cannot be understood as ‘imperial’ or ‘colonial’, including a renewed focus on the colonial histories of countries or regions that have not conventionally been thought of as major imperial powers.

The last decade or so has seen the emergence of a body of literature examining the imperial entanglements of such ‘marginal’ or ‘minor’ countries as, for example, Norway (Kjerland & Bertelsen, 2015) or Switzerland (Purtschert & Fischer-Tiné, 2015). In addition to English-language works, this has also included a number of publications in smaller languages, including dedicated special issues on Finland (Lahti & Kullaa, 2020) and Sweden (Für & Hennessey, 2020). Simultaneously, the latest historiography on major empires (e.g. Schär, 2019) has also tended to emphasise their nature as transnational entities shaping global flows of people, goods and ideas, rather than merely national enterprises, opening up space for a ‘view from the margins’.

Our workshop will bring together scholars working at the forefront of this new research in a range of European contexts. The purpose of the gathering is to provide an opportunity to take stock and learn from each other, but also to identify gaps in the emerging literature and push the field into fruitful new directions. Three issues in particular will guide the discussion :
Much of the existing work on ‘marginal’ imperial histories has been designed to address internal – often national – audiences, making the case that “we were also involved” or “we also have a colonial history”. While these interventions have been valuable in their specific contexts, more could be done to bring these varied national histories together and to analyse them as a unified phenomenon. In short : how can a view ‘from the margins’ improve our global understanding of the transnational workings of empire ?
Similarly, this emerging literature has tended to focus on unique – and potentially unrepresentative – case studies, such as the stories of particularly mobile individuals or specific settler communities. As a consequence, there remains a need for a more analytically rigorous understanding of the broader structures at play. What were the concrete – economic, cultural, religious etc. – flows and networks involved in tying various ‘marginal’ European locales into the global web of empire, and how evenly or unevenly were they spread across the continent ?
Finally, how does this recent ‘imperial history from the margins’ relate to other contemporary trends and challenges in global and colonial history ? Is there a potential danger of re-centring Europe and Europeans in analyses of imperialism, especially if the literature produced emerges primarily from a dialogue between the mainstream Anglophone and individual national historiographies ? And given that also in the European ‘margins’ most historical archives privilege literate male experiences, how can we use these archives to produce more balanced, intersectional analyses of empire ?

We welcome submissions that address one or more of these questions with reference to any parts of Europe not conventionally associated with major overseas empires. Work relating to the area of the Nordic countries and to Central and Eastern Europe is especially welcome, but all well-argued cases will be considered. Proposals can also deal with the earlier histories of countries that later became major colonisers, such as the activities of Germans or Belgians in the nineteenth-century Dutch East Indies. Apart from historical case studies, speakers may also choose to discuss specific public history projects relating to colonial histories or contemporary debates around colonial historiography in specific national or regional contexts.

We hope that circumstances by the autumn will allow participants to attend a small workshop of ca. 15 participants in person. However, we will naturally follow the situation closely and update plans as necessary. We also expect to provide the opportunity to participate via Zoom to participants not wishing to travel.

Please submit an abstract (max. 250 words) and a short biography (max. 150 words) in English by 15 July 2021 to the organisers at mikko.toivanen chez lmu.de and schaerb chez ethz.ch. Decisions of acceptance will be announced by 15 August. Confirmed participants are expected to submit a short paper of ca. 3,000 words in early October. We will consider options for a collective publication on the basis of the submissions.

Literature
Alsaker Kjerland, Kirsten and Bjørn Enge Bertelsen (eds), Navigating Colonial Orders : Norwegian Entrepreneurship in Africa and Oceania (Berghahn, 2015).
Für, Gunlög and John L. Hennessey (eds), ‘Svensk kolonialism’, special issue of Historisk Tidskrift, 140:3 (2020).
Lahti, Janne and Rinna Kullaa (eds), ‘Kolonialismi ja Suomi’, special issue of Historiallinen Aikakauskirja, 118:4 (2020).
Purtschert, Patricia and Harald Fischer-Tiné (eds), Colonial Switzerland : Rethinking Colonialism from the Margins (Palgrave, 2015).
Schär, Bernhard (ed.), ‘Empire of Demands and Opportunities’, special issue of BMGN – Low Countries Historical Rewiew, 134:3 (2019).


Titre
« Ressources » : XIXe Congrès international d’histoire économique — Paris
Date
Du 25 au 30 juillet 2021
Titre
« Histoire mondiale des animaux : L’animal montré »
Date
Du 30 juillet 2021 au 31 juillet 2031
Descriptif

« Histoire mondiale des animaux : L’animal montré »

Programme provisoire

Journée d’étude sous la direction de Véronique Le Ru, Malik Mellah et Pierre Serna

Les collections, les ménageries, les zoos, les foires, les spectacles animaliers … sont autant de lieux ou de moments où peuvent s’éprouver parallèlement, d’une part, un attachement aux savoirs scientifiques ou aux techniques et, d’autre part, l’expression de rapports très contrastés et parfois contradictoires aux animaux. Le séminaire Histoire mondiale des animaux continue de s’interroger sur l’hétérogénéité assumée des modes de relations aux animaux en mettant au cœur de cette journée toutes les formes d’exposition, d’exhibition ou à l’inverse de dissimulation et de camouflage.


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