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Titre
« 2021-1821-1521. La fabrique du Mexique : conflits, altérités, communautés »
Date
Vendredi 25 septembre 2020
Descriptif

Appel, en trois langues accessible : https://drive.google.com/file/d/1gs...

Conscients de la fonction civique attachée à leur discipline et soucieux d’intervenir de manière critique dans l’espace public, historiennes et historiens prennent régulièrement part aux commémorations des événements les plus emblématiques des constructions nationales. Loin d’obéir aux multiples et contradictoires injonctions politiques, les praticiens des sciences sociales utilisent sciemment ces moments singuliers pour défendre une interprétation scientifique de l’histoire. Le passé n’étant la propriété éminente d’aucune nation ni d’aucun groupe social, il est également d’usage que les chercheurs dialoguent, par-delà les frontières, afin d’en expliciter les enjeux.
2021 ne saurait déroger à la règle. Les cinq cents ans de la chute de l’Empire aztèque viendront cohabiter, dans l’esprit des contemporains, avec le bicentenaire de la « consommation » de l’Indépendance mexicaine, à la suite d’un processus conflictuel amorcé en 1810 et clôt en 1821. Autorités politiques et « porteurs de mémoire » invoqueront, au même moment, deux événements centraux pour la construction nationale et la fabrique du Mexique : le début sanglant de la domination espagnole et la fin sans gloire de cette dernière. Toute histoire étant contemporaine, conquête, colonisation et indépendance continuent d’agir comme des champs de bataille discursifs. Depuis le début du XIXe siècle, l’interprétation de ce passé obsédant a en effet façonné les différentes cultures politiques du pays : l’hostilité des libéraux aux « gachupines » s’est en partie transmise aux gauches mexicaines des XXe et XXIe siècles, alors que l’hispanophilie demeure un indéniable marqueur conservateur. Comme lors des festivités du centenaire de « l’indépendance consommée » en 1921, l’année 2021 sera probablement l’occasion d’un retour réflexif sur la vie d’une « jeune » nation, née des cendres d’un processus d’indépendance extrêmement conflictuel et qui peut être encore largement appréhendée comme une société « postcoloniale », en écho à la critique anthropologique des années 1970. Les usages publics du passé par un gouvernement promouvant une « quatrième transformation » du pays et cherchant à favoriser un tournant à gauche, à rebours d’un mouvement continental vers la droite, viendront s’affronter aux interprétations conservatrices de l’établissement de l’empire espagnol et du retrait de l’ancienne puissance impériale. Enfin, il est fort probable que l’indicible crise humanitaire que connaît le Mexique depuis le milieu des années 2000 jette une lumière crue sur cette exploration des siècles passés et sur la commémoration de ces deux dates charnières.
Les mémoires antagoniques de 1521 et 1821 ne sauraient toutefois cacher les multiples renouveaux historiographiques concernant à la fois la conquête, la période coloniale, les processus d’indépendance ainsi que la construction de l’État-nation mexicain à l’époque contemporaine. Si ces nouveaux apports sont le fruit d’une communauté historienne particulièrement organisée et active au Mexique, ils résultent aussi largement de la vigueur des Mexican Studies aux États-Unis et à l’étranger. Dans cette configuration, la recherche en langue française joue un rôle crucial qu’il est désormais impérieux de structurer de manière formelle et pérenne. Le colloque international « 2021-1821-1521. La fabrique du Mexique : conflits, altérités, communautés » répond ainsi à une double ambition : offrir un espace scientifique pour tous les mexicanistes francophones, en relation étroite avec les chercheurs mexicains et étrangers ; penser l’objet Mexique dans le temps long en faisant dialoguer toutes les disciplines des sciences humaines et sociales. Trois axes orienteront plus précisément ce colloque, en lien avec le renouveau de la recherche francophone :
Sur le plan méthodologique, les communications présentées devront notamment intégrer une réflexion sur les différentes échelles spatiales, afin de décentrer le regard et de repenser l’objet « Mexique » en dehors du cadre national. Les travaux portant sur les frontières, l’inscription des analyses dans des logiques globales ou les études centrées sur un espace précis – correspondant par exemple à un village, une contrée, une intendance, un diocèse ou un État fédéré – seront particulièrement favorisés. Le lien avec les Amériques, la nord-américanisation de la société mexicaine, les migrations, les perspectives transnationales et les logiques circulatoires pourront être ainsi abordés explicitement. La relation, imaginaire ou pratique, entre le Mexique et le lointain, l’Asie et l’Afrique en particulier, devra permettre d’élargir les focales habituelles, allant des rapports commerciaux entre Acapulco et Manille à l’époque moderne, aux réceptions contradictoires de la guerre d’Algérie par un pays du Tiers Monde. La question du cadre national et de la formation d’une identité territoriale, de la vice-royauté de Nouvelle-Espagne à la république, sera partie prenante de ce jeu d’échelles.
Concernant les thématiques, le colloque mettra en valeur les travaux portant sur trois objets spécifiques : les conflits, les formes de l’altérité et la notion de communauté. Conflits, affrontements, guérillas, guerres – qu’elles fussent civiles ou étrangères, régulières ou irrégulières –, apparaissent en effet comme des moments nodaux pour comprendre la formation du Mexique dans le temps long. Par ailleurs, la question de l’altérité a fait l’objet de nombreux travaux récents, aussi bien en histoire qu’en anthropologie et sociologie, dont il convient de faire la synthèse. De la « république des Indiens » aux perspectives multiculturelles ou multinationales, en passant par les moments d’invisibilisation ou de revendication de l’autochtonie, la question de l’altérité indienne semble être une des épines dorsales de la fabrique du Mexique. Évoquer l’altérité, interne ou externe, conduit par ailleurs à poser la question du rapport aux Mexicains afrodescendants, largement exclus du récit national, comme aux étrangers. Enfin, la communauté, qu’il s’agisse de la nation comme « communauté politique imaginée » décrite par Benedict Anderson ou de la diversité des appartenances locales, allant du pueblo au régionalisme, a également été le centre de multiples analyses récentes et stimulantes. Dans quelle mesure faire Mexique est-il faire nation ? Cette problématique, objet du nationalisme racial du premier XXe siècle, pose plus largement la question de l’inscription du Mexique dans le temps long et de la permanence, ou non, des logiques liées à la colonisation espagnole.
Dans ce cadre, les temporalités formeront logiquement le troisième axe de notre réflexion collective. Sans revenir formellement à la « longue durée » des civilisations chère à Fernand Braudel, il s’agit néanmoins de prendre en compte les différentes échelles temporelles, en accord avec les objets étudiés. Poser cette question revient en premier lieu à repenser les périodisations et les ruptures, à l’instar des bornes sans cesses discutées de la Révolution mexicaine. Elle appelle également à se pencher sur une reformulation différente de la longue durée, préconisée par l’historiographie anglo-saxonne, aussi bien pour l’histoire économique que pour l’histoire conceptuelle. Au-delà du temps comme catégorie analytique des historiennes et historiens, il convient aussi et surtout de s’interroger sur les historicités socialement situées et sur ce que Christophe Charle a appelé les « discordances des temps », c’est-à-dire les contradictions au sein d’une société entre les expériences collectives du temps.
Le colloque international « 2021-1821-1521. La fabrique du Mexique : conflits, altérités, communautés » fera la part belle aux travaux récents s’inscrivant dans ces différents axes et intégrant une perspective pluridisciplinaire. Il s’adresse aux chercheuses et chercheurs mexicanistes ou dont l’un des terrains centraux est le Mexique, venus des différentes disciplines des sciences humaines et sociales.

Modalités de soumission
Les propositions de communication sont à envoyer à fabmex2021 chez gmail.fr avant le 12 juin 2020.

Les propositions doivent inclure :
– les nom, prénom, adresse électronique, statut, discipline et affiliation du chercheur ou de la chercheuse ;
– le titre de la communication ;
– un résumé d’une page de la proposition, spécifiant le contenu de la communication et identifiant précisément la question de recherche, la méthode employée et les données mobilisées ;

Les langues de travail du colloque seront le français, l’espagnol et l’anglais.

Comité d’organisation :
Emmanuelle Perez Tisserant, Guillaume Gaudin, Marion Gautreau, Modesta Suarez, Romain Robinet

Conseil scientifique :
Anath Ariel de Vidas, Annick Lempérière, Anthony Stanton, Arnaud Exbalin, Clément Thibaud, David Recondo, Elisabeth Cunin, Felipe Castro, François Godicheau, Françoise Martinez, Guillemette Martin, Hélène Combes, José Antonio Serrano Ortega, José Contel, Michel Bertrand, Miguel Rodríguez, Odile Hoffmann, Paula López Caballero, Paulina Machuca, Sonia Rose


Titre
« Les paysages ruraux : un objet d’étude et une source pour les sciences de l’homme et de la société. État de l’art »
Date
Dimanche 27 septembre 2020
Descriptif

Dans le cadre de son programme de recherche et de formation pluriannuel « Des cailloux sous la langue. Sources matérielles et discours », la structure fédérative de recherche « Approches littéraires, linguistiques et historiques des sources » (ALLHiS) organise un état des connaissances, des problématiques et de la théorisation sur l’étude des paysages ruraux en sciences de l’homme et de la société. Cet état de l’art sera développé au cours de trois doubles journées d’étude, dont les travaux pourront donner lieu à trois publications successives ou à une unique publication finale.

Texte Appel

Dans les domaines des sciences de l’homme et de la société – selon leur définition étendue, entre autres, aux lettres et aux arts, au droit et à l’économie, qui sert de référence au MESRI depuis 2010 – le paysage répond à deux ordres de définitions qui découlent de la même notion polysémique de « forme ». D’une part, le mot indique les formes qui structurent et matérialisent la surface terrestre, donc sa physionomie et sa morphologie. Cette tradition, d’Alexander von Humboldt et Élisée Reclus aux historiens des Annales et à l’archéologie du paysage jusqu’à l’archéogéographie, décrit et interprète les formes paysagères qu’elle considère comme le résultat tridimensionnel, tangible et visible de la transformation perpetuelle de l’espace terrestre produite par l’interaction entre l’homme et l’environnement. D’autre part, c’est dans la sphère de la représentation esthétique et artistique que le mot est apparu dans les langues européennes. Il y indique depuis plusieurs siècles la vue d’une portion de l’espace qui s’offre à un observateur disposant d’un point de vue (physique ou culturel) privilégié et opérant un choix sélectif des objets visibles qui s’en trouveront par là même mises en discours et formalisées voire « artialisées ». Par ailleurs, bien avant l’émergence de la notion générale de « paysage », les hommes, partout et à toute époque, ont nommé certains objets et aspects du paysage, en même temps qu’ils les modifiaient et s’y adaptaient. Or, le seul fait de désigner ces objets marque l’émergence d’un discours et d’une mise en forme de la réalité.

Le paysage se présente donc comme un paradigme fondateur, un outil heuristique et un objet d’étude central pour une étude totale de l’homme en société, à tel point sa construction matérielle et culturelle se situe au carrefour des transformations et de la mise en scène du monde de la part des sociétés humaines au fil de leur histoire. D’autre part, les formes des paysages actuels, celles qui ont été observées, sélectionnées, mises en image ou en discours à un moment quelconque ou encore celles que révèle une enquête archéologique, sont le résultat de la transmission et de la transformation de formes plus anciennes dont elles portent l’empreinte. À ce titre, les formes paysagères et leurs représentations peuvent être érigées en source dans le cadre de toute autre enquête diachronique portant sur les objets et les problèmes les plus divers, y compris en sciences de la nature.

Après le « tournant spatial » des années 1990, les SHS semblent être en mesure de mener de front une étude transdisciplinaire du paysage, en construisant un discours commun. Celle-ci doit être tout à la fois matérielle et sociale et traduire tout autant l’organisation géométrique et relationnelle de l’espace que la construction du paysage bâti et planté ainsi que la production d’une conscience spatiale des sociétés. Ce constat constitue le point de départ de la réflexion que nous proposons à nos intervenants et à nos étudiants : en effet, si l’arsenal théorique est impressionnant, la collaboration pluri-, inter- voire transdisciplinaire reste, sur le terrain, souvent assez limitée. C’est pourquoi la première exigence de ce cycle de rencontres sera la dimension théorique et épistémologique : chaque chercheur sera invité à définir sa propre notion de paysage, son vocabulaire, ses enjeux heuristiques, ses sources, les corpus qu’il est en mesure de construire.

Deuxièmement, nous proposons de limiter le champ de réflexion aux paysages ruraux. Ce choix est dicté par un souci d’efficacité et d’homogénéité. En effet, l’étude des paysages ruraux embrasse, dans toutes nos disciplines, une masse de problèmes et d’approches, en constante évolution, assez large pour ne pas y mêler les problèmes liés aux paysages urbains ou maritimes ou encore industriels.

Le troisième attendu porte sur la nécessité d’offrir des exemples concrets d’enquêtes pour lesquelles le paysage – dans l’une ou plusieurs de ses définitions – constitue un paradigme de médiation, un objet d’étude ou encore un gisement d’information essentiel à éclairer d’autres objets d’étude. La confrontation entre chercheurs venant de différents champs disciplinaires sera la règle, des historiens aux archéologues, des géographes aux architectes, urbanistes et designers, des historiens de l’art et de la littérature aux anthropologues et aux linguistes, des sociologues aux juristes et aux économistes (la liste n’est pas exhaustive). Chaque rencontre sera conçue comme une action de formation et de recherche, c’est pourquoi tant les cas d’étude que les bilans historiographiques et les réflexions théoriques seront les bienvenus. La volonté affichée de marier recherche et formation se traduira à chaque rencontre par l’organisation de conférences, d’ateliers et d’une table ronde.

Un tel état de l’art sera déployé sur trois ans et trois rencontres, de la durée de deux journées chacune. À l’occasion de la première rencontre, à l’automne 2020, nous nous concentrerons sur les composantes matérielles des paysages ruraux : géomorphologie et pédologie, hydrographie, végétation, infrastructures et bâti, etc. Il sera donc question des témoins, des témoignages et des représentations portant sur l’utilisation du sol (ressources, production, peuplement), dans une approche synchronique ou diachronique, matérielle et culturelle : écosystèmes et ressources du sol, du sous-sol et des littoraux (chasse, pêche et cueillette, sources d’énergie, pierre, argile, sel, minerais, etc.) ; peuplement végétal (marges et végétation spontanée, espaces sylvicoles, espaces agro-pastoraux, cultures) ; habitat et peuplement. Les implications contemporaines sont évidentes : la pression anthropique sur les écosystèmes, l’agriculture du futur, le débat sur l’Anthropocène, etc. Si la dimension matérielle apparaît prépondérante, ces formes du paysage rural traduisent et construisent également un espace social, un « monde rural », aux fortes implications culturelles et symboliques. Que l’on pense, par exemple, à la possibilité d’étudier les paysages agraires antiques à la fois par les fouilles et la photographie aérienne, les textes gromatiques ou agronomiques, les codes juridiques, les récits de voyage et la poésie bucolique. Il s’agira donc, ici comme au cours des deux rencontres qui suivront, de faire émerger de nouvelles synergies en SHS pour une étude transdisciplinaire du discours et du support matériel, du discours sur le support matériel, du discours que le support matériel traduit ou sous-entend voire encore du discours dont le support matériel est le produit.

La deuxième rencontre se déroulera à l’automne 2021 et sera consacrée aux structures et aux relations spatiales que les formes des paysages ruraux révèlent, traduisent et portent. À travers leurs formes actives ou fossilisées émergent, en effet, les modalités, présentes et passées, de l’organisation et de l’appropriation de l’espace, entre realia et représentations : appropriation du sol (frontières, délimitations linéaires et bornages, clôtures, aménagements à caractère défensif et pour le contrôle du territoire, grandes structures funéraires et cultuelles, etc.) ; occupation du sol (réseaux d’habitats, parcellaires agraires, rapport entre terroirs et incultum) ; connexions, flux et réseaux (voirie, stockage, marchés et foires…). La dimension matérielle entretient ici une relation féconde avec la dimension juridique et institutionnelle des paysages ruraux (statut de la terre, droits de propriété et usage, rapports de production, projection dans l’espace des intentions, des intérêts et des conflits entre les acteurs en présence…) et donc avec la sphère politique et sociologique.

Enfin, la troisième rencontre portera sur la dimension cognitive, symbolique et culturelle des paysages ruraux, jusqu’à toucher les questions patrimoniales et même les relations « entre ciel et terre », pour citer Joseph Morsel. On y étudiera les modes de représentation de la forêt, de la campagne, de la montagne propres à chaque société et à chaque époque (absence de représentation, répulsion ou attraction, vision esthétisante, idyllique, arcadisante…). On pourra préciser les processus qui font de la campagne, autrefois le lieu de vie de l’écrasante majorité de l’humanité, un Éden idéalisé, un patrimoine et un héritage. Les paysages ruraux sont ainsi un produit mais aussi un acteur des identités individuelles et des idéologies communautaires, à toutes les échelles, de que l’on appelle « identités spatiales » ou formes spatiales des identités. Là aussi, des défis actuels pourront être relevés : la questions des biens communs (des terres communes médiévales au partage de ressources qui est en plein essor aujourd’hui), les politiques agricoles et environnementales, la patrimonialisation accrue de nos sociétés et ses limites, l’artificialisation de la biosphère et de la vie humaine, la relativisation des distances. Encore une fois, le croisement des approches matérialistes et culturelles sera de mise, avec sans doute une plus grande disponibilité d’exemples pour les secondes.

Modalités et calendrier de proposition

Nous nous inscrivons d’emblée dans une perspective triennale, c’est pourquoi l’argumentaire ci-dessus porte sur la totalité du projet. Cependant, ce premier appel à communication ne porte que sur la première édition. Un nouvel appel à communication sera diffusé en vue de la préparation de la deuxième et de la troisième rencontre.

Pour la première édition, les propositions de communication, avec titre et résumé, sont à envoyer à giovanni.stranieri chez univ-st-etienne.fr avant le 27 septembre 2020

La notification d’acceptation sera envoyée le vendredi 2 octobre 2020.

Organisation
- Sarah Réault, maître de conférences en Géographie
- Giovanni Stranieri, chargé d’enseignement en Histoire et en Archéologie médiévales


Titre
« Circulations, transferts et trajectoires aux Amériques, XVIe-XXIe siècles »
Date
Lundi 28 septembre 2020
Descriptif

Journées d’études des doctorant.e.s de l’UMR 8168 Mondes Américains, 7 et 8 décembre 2020, EHESS

Les journées d’études organisées par les doctorant·e·s de l’UMR 8168 Mondes Américains proposent une réflexion pluridisciplinaire autour des circulations, transferts et trajectoires aux Amériques, du XVIe siècle à aujourd’hui. Tout au long de cette période, les savoirs et les pratiques politiques, économiques, socio-culturels ou religieux s’élaborent, se réinterprètent et se transforment à travers des processus d’échanges. Si les circulations sont avant tout un phénomène spatial, elles s’observent à de multiples échelles, locale ou transnationale, liant les Amériques au reste du monde, ou entre différentes parties du continent. Elles varient également selon la chronologie : dès avant le début de la période, les premiers contacts s’élaborent entre l’Europe, les Amériques mais aussi l’Afrique via la traite atlantique. Du XVIe au XIXe siècle, le continent américain est marqué par le développement du colonialisme des impérialismes européens, avant que ne s’enclenche le cycle des indépendances et la constitution des Etats-nations. À la période contemporaine, dans un contexte de mondialisation des échanges, d’accélération des migrations et d’accroissement des inégalités, les transferts au sein même des Amériques s’accentuent également. Réfléchir à l’échelle continentale, en incluant l’Amérique du Nord, l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud, permettra de nourrir une approche comparative entre des régions traversées par des influences diverses.

Trois aspects en particulier méritent d’être approfondis. Tout d’abord, les circulations matérielles, notamment commerciales, qui lient les Amériques au reste du monde dès le début de la période étudiée. Ensuite, la circulation des savoirs - idées, pratiques, courants de pensée, symboles et images. Enfin - et elle leur est intrinsèquement liée - la circulation contrainte ou volontaire des personnes, qui transmettent des discours et des pratiques à l’échelle locale, nationale, régionale et transnationale. L’étude de ces connexions et des différents acteurs qui y participent conduira à interroger les processus d’échanges, la reconfiguration des espaces et les transformations socio-culturelles, politiques, économiques et environnementales. Ces journées ont ainsi pour ambition d’établir un dialogue croisé entre toutes les disciplines des sciences humaines et sociales (histoire, sociologie, anthropologie, géographie, etc.), afin de construire une réflexion sur les dynamiques, les enjeux et les limites des circulations et des transferts aux Amériques.

Ces journées d’études sont ouvertes à tou·te·s les doctorant·e·s, APD et masterant·e·s quelle que soit leur affiliation universitaire. Les communications pourront se faire en français ou en anglais (ou éventuellement en espagnol) et dureront vingt minutes.

Les propositions sont à envoyer pour le 28 septembre 2020 à mondesamericainscolloque chez gmail.com

Elles exposeront le projet de communication (1000 signes environ) ainsi qu’une courte bibliographie. Elles seront examinées et une réponse sera donnée fin octobre.

Sauf exception, les frais de transport ne pourront être pris en charge par les institutions organisatrices. Les journées d’études auront lieu dans les locaux de l’EHESS, au 54 boulevard Raspail, à Paris, les 7 et 8 décembre 2020.

Comité d’organisation des journées d’études : Christian Casas (CERMA-EHESS), Domitille de Gavriloff (CENA-EHESS), Victoria Gonzalez Maltes (CENA-EHESS), Anaximandro Pérez (CERMA-EHESS), Fabián Plazas (CRALMI-Paris 1), Antoine Rousseau (CRALMI-Paris 1), Camila Salgado (ESNA-Paris Nanterre)


Titre
« Temps de la nature, temps de la société, temps scientifique à l’heure du changement global/Time of nature, time of society, time of sciences in the age of global change. Pour une approche interdisciplinaire de la crise de la temporalité/For a multidisciplinary approach to the crisis of temporality », Natures Sciences Sociétés, 2021
Date
Mercredi 30 septembre 2020
Descriptif

La revue Natures Sciences Sociétés, consacrée depuis sa fondation en 1993 aux recherches et aux débats sur l’interdisciplinarité, a pris l’initiative d’un appel à textes ambitieux sur la crise des temporalités. À l’heure du changement global, les temps des processus biophysiques, des mondes de l’action et de la recherche apparaissent singulièrement désaccordés, appelant une réflexion épistémologique de fond, à la fois interdisciplinaire et ouverte aux enjeux de l’implication des sciences dans la « grande transition ». Proposé en français et en anglais, l’appel à textes de NSS s’adresse à tous les chercheurs qui font l’expérience de cette crise et qui sont désireux de participer à une réflexion transversale sur les voies de son dépassement.

Coordination scientifique : Jacques Theys, politologue, président de l’association Serge Antoine, Paris, France et Pierre Cornu, historien des sciences, Université Lyon 3, Lyon, France, membres du comité de rédaction de NSS

Argumentaire

Embarqués dans le changement global aussi bien par sa puissance intrinsèque que par leur ethos propre, les mondes scientifiques qui travaillent sur la jonction entre faits de nature et faits sociaux expérimentent depuis quelques décennies une crise inédite de la temporalité comme dimension fondamentale de leurs pratiques tout autant que de leur rapport à l’action. Pourtant, rares sont les chercheurs qui s’interrogent directement sur cette crise de nature réellement matricielle et qui les oblige à un réexamen majeur de leurs façons de se positionner face aux temporalités à l’œuvre. Dans le champ des sciences de l’environnement pourtant, que celles-ci se situent plutôt sur le versant physique et biologique ou sur celui des humanités, on a assisté, depuis les années 1960 au moins, à une éclosion exceptionnelle de manières de dire le temps et ses métamorphoses. Brassant et requalifiant des héritages plus anciens ou produisant néologismes et associations conceptuelles inédites, les différentes communautés épistémiques ont rivalisé d’inventivité sémantique : cycles, évolution, paliers ; homéostasie, inertie, effets cumulatifs ; croissance, stabilisation, décroissance ; crise, transition, mutation, catastrophe, effondrement, extinction ; accélération, urgence, compte à rebours, irréversibilité ; nouvelle ère, anthropocène, capitalocène et autres rudolocènes ; prévention, durabilité, justice intergénérationnelle, résilience ; patrimonialisation, préservation, conservation, protection, transmission… La liste est loin d’être close, et chacun de ces termes appellerait une bibliographie ou une archéologie spécifique. Pour autant, on ne saurait se satisfaire de cette abondance lexicale qui, si elle traduit bien le caractère transversal de l’enjeu de la temporalité, cache mal la fragilité de son intégration aux régimes de scientificité et une difficulté persistante à articuler efficacement les temps de la nature, de la société et de l’action publique et privée, que ce soit à l’échelle locale, à l’échelle globale ou à l’un quelconque des niveaux intermédiaires pertinents.

Certes, il n’est pas nouveau que les temps de la nature et ceux des sociétés ne s’accordent pas, et que les mondes scientifiques soient appelés à en arbitrer les légitimités divergentes. Depuis les débats du XIXe siècle sur la confrontation du temps biblique et du temps géologique, les disciplines scientifiques se sont construit des cadres chronologiques robustes et adaptés chacune à leur objet, depuis l’étude du climat jusqu’à celle de la vie des insectes. De même, l’essor des formes « ingénieriales » de l’action publique ou privée a produit des référentiels temporels extrêmement élaborés, depuis le temps des matériaux et des ressources jusqu’à celui des systèmes d’information ou du cycle de vie des politiques publiques. Néanmoins, la constante de ces échelles temporelles est de s’inscrire dans un référentiel général isonormé et linéaire – seule la physique, science par excellence de l’exploration de la temporalité de la nature, ayant produit au XXe siècle des révolutions épistémologiques majeures par les développements de la thermodynamique et de l’analyse quantique, mais sans effet d’imitation majeur dans les autres mondes scientifiques. Plus encore, les conceptions dominantes du temps héritées de la science classique se caractérisent par leur caractère ouvert, c’est-à-dire sans limite dans le devenir, quand le fait distinctif de la crise actuelle est, justement, de faire advenir la possibilité d’un temps fermé, d’un « temps compté » où s’impose la notion de délai, d’un temps possiblement « dernier », marqué par de fortes discontinuités, qu’elles soient écologiques, socioéconomiques ou géopolitiques.

De fait, le contexte du changement global met en évidence sur un mode particulièrement anxiogène les problèmes d’ajustement entre les temps de sous-systèmes complémentaires, et néanmoins de plus en plus gravement désaccordés : ceux, d’une part, de ce qu’on aurait appelé jadis la nature, mais qu’il est plus pertinent désormais de définir comme la part de nature (biotique et abiotique) des socio-éco-techno-systèmes contemporains, et, d’autre part, ceux des existants et des instances dotées d’intentionnalités – individus, organisations, institutions – qui prétendent piloter ces systèmes et préserver autant que possible leur intégrité fonctionnelle. Temps dégradé des écosystèmes, temps détraqué des sociétés dans leur quotidienneté, temps frénétique de l’économie, temps faussement régulier des machines et des systèmes techniques, temps crépusculaire du politique de notre monde post-Enlightenment : toutes ces temporalités font face à une seule et même crise, qui est celle, possiblement, de leur anéantissement. Comme l’illustre de manière dramatique l’effet de sidération que provoque aujourd’hui l’accélération du changement climatique, l’enjeu majeur en matière d’environnement n’est pas seulement d’agir avec les meilleurs moyens possibles, il est aussi – et peut être surtout – de le faire à temps. L’histoire nous apprend que les sociétés passées ont souvent réagi avec beaucoup de retard aux défis que leur posait la dégradation de leur environnement, notamment sur les questions liées aux ressources en bois, en eau et en fertilité des sols. Or, on constate que malgré des outils scientifiques, techniques et politiques considérablement développés depuis un large demi-siècle, nos capacités à piloter les temporalités restent tout aussi défaillantes, sinon davantage encore, qu’aux époques antérieures au prométhéisme industriel. En conséquence, la gestion de crise, l’après-coup, voire l’inanité pure et simple, demeurent les modalités centrales des politiques de pilotage du temps écologique – non plus toutefois dans un environnement insulaire limité, mais dans une biosphère tout entière en voie de basculement vers une temporalité fermée, où la panique et l’ivresse, tour à tour encouragées par des médias, des « leaders » et des organes politiques victimes de leurs propres programmes d’intoxication, se disputent les opinions publiques.

Le contexte dans lequel se pose à nous la question de la temporalité est ainsi celui d’une époque historique majeure, métamorphique au sens géologique du terme, dans laquelle aucun élément de stabilité – matériel ou immatériel – ne permet de servir de repère à ceux qui bougent, mutent ou entrent en phase de chaos. De fait, la temporalité représente la « dimension » la plus fortement et la plus spectaculairement impactée par ce contexte, sous les espèces de la perte de linéarité, de la remise en cause des logiques causales, de la réinterrogation du déterminisme et de l’affirmation de conceptions plurielles, élastiques ou relatives du temps chez les acteurs et les décideurs de la macropolis planétaire. Que l’on mesure le démenti infligé à l’ambition humaine de maîtrise de son propre devenir : pensé comme chemin de réalisation de la raison depuis le XVIIIe siècle, le temps historique se révèle, depuis le milieu du XXe siècle, la pierre d’achoppement de l’idéal de toute-puissance sur la « nature », par les réponses sans cesse plus violentes, imprévisibles et perturbatrices renvoyées par les systèmes physiques – les sols, l’eau, le climat – à leurs « pilotes » individuels, organisationnels ou institutionnels. Les historiens ont coutume de dire que les processus trouvent leurs acteurs : celui que nous vivons ne les trouve pas, à moins qu’il ne les trouve trop bien, dans la déréalisation mortifère du débat public et de la décision politique générée par la panique d’une partie croissante des élites économiques et politiques face à l’ampleur de la crise du « monde réel ».

Ainsi l’achèvement de l’interconnexion des systèmes dans la globalisation et les effets et rétroactions de l’agir humain sur ces derniers font-ils que les pratiques de pensée, celles des sciences et celles de l’action, ne peuvent plus définir un objet « temporalité » qui leur serait propre ou que l’on pourrait abstraire de ses « incarnations » pour étude. Au contraire, elles se trouvent puissamment incitées à se rencontrer par l’anxiété générée par la perte d’évidence de la continuité indéfinie du temps historique, pour penser dans l’urgence « ce qu’il advient du temps » et ce que la combinaison des représentations, des régimes de l’agir et des processus éco-socio-techno-systémiques, est en train de générer en termes de figures du temps nouvelles ou requalifiées dans le monde de la « grande transition ». De fait, il n’y a plus un temps des politiques publiques, un temps des bioressources et un temps du climat, mais un seul et unique temps « chiffonné » de la grande transition qui, pour la première fois, pose la question de l’interruption radicale de certaines « histoires », impactant des pans entiers de la nature, des sociétés et des systèmes développés sur le socle de la néolithisation du monde, c’est-à-dire de son anthropisation.

À travers la lecture ou la confrontation des différentes manières d’aborder le temps dans les disciplines scientifiques comme dans les systèmes d’action publics, collectifs ou privés, ce sont ainsi toutes les dimensions politiques, praxéologiques et écologiques de nos systèmes qui sont remises en question, mais aussi nos façons de connaître et de décider, en rupture d’intelligence avec les dynamiques d’évolution, les inerties, les ruptures, les effets cumulatifs, émergents ou entropiques, du changement global. Le constat est cruel, mais sans appel : les disciplines scientifiques qui avaient durement conquis dans le dernier tiers du XXe siècle le droit à l’autonomie et à la différenciation épistémologiques, justement sur cette question des temporalités, par le délitement de la « discipline » descendante de la science classique, n’ont pas d’autre solution aujourd’hui que de repenser une convergence, fondée non plus sur une injonction politique, mais sur une impérieuse nécessité biophysique. En un apparent paradoxe, c’est l’incommensurabilité du temps présent qui commande de dépasser l’incommensurabilité des temporalités du biologique, du technique et du social, aussi bien dans l’hier que dans l’aujourd’hui, pour espérer leur donner un avenir.

À la lumière de ces observations, il nous paraît donc que prendre le temps de reconsidérer les temporalités en crise s’impose comme le moyen le plus pertinent de refonder notre intelligence globale des formes d’inscription dans le monde des objets de nature, des sciences et des sociétés, et d’exercer notre responsabilité de chercheurs envers et contre la « crise de la vérité » qui est l’un des symptômes de notre temps malade. Par-delà même le souci de la pertinence épistémique, c’est en effet un impératif éthique qui nous saisit, commandé par les enjeux de la crise climatique, de l’effondrement de la biodiversité et du pourrissement accéléré des institutions nationales et internationales issues de l’ère industrielle, incapables de conjuguer efficacité et légitimité dans le pilotage des transitions nécessaires. Pour le comité de rédaction de Natures Sciences Sociétés, c’est un impératif plus fort encore s’il était possible, par fidélité aux principes fondateurs de la revue et des expériences pionnières dans le champ des sciences de l’environnement qui furent à l’origine de sa création, tout autant que par souci de cohérence avec le parti pris d’engagement dans l’heuristique des systèmes de ses membres actuels.

Le présent appel à propositions d’articles s’inscrit donc à l’interface des enjeux scientifiques, écologiques et politiques, pour faire vivre, dans l’espace-temps d’une communauté ouverte, des hypothèses partagées sur la crise de la temporalité et sur ses voies de résolution possibles. On explorera dans cet appel trois voies principales.

- 1) Les approches du temps dans les différents champs disciplinaires et la question de leur intégration dans les recherches interdisciplinaires. De l’archéologie à l’aggiornamento des temporalités

Notre première proposition concerne la remise en cause des disciplines et des champs disciplinaires, la manière dont sont prises en compte ces questions de temporalités – temps des phénomènes comme temps de l’action – et surtout les difficultés que peuvent poser, dans les travaux pluridisciplinaires et interdisciplinaires, leurs modes de saisie. Il s’agira également, dans une perspective d’analyse génétique, d’observer les conditions dans lesquelles les différentes disciplines ont été amenées à créer de nouveaux concepts liés aux temporalités de l’environnement, pour en restituer la généalogie, en suivre les controverses, et en comprendre les effets de performativité, y compris dans les jeux de transfert et de traduction (maîtrisés ou non) d’un champ à l’autre. Des travaux comparatifs (portant sur plusieurs disciplines) ou historiques seraient particulièrement appréciés ainsi que des études de cas illustrant les difficultés rencontrées dans les recherches interdisciplinaires pour articuler des temporalités et approches du temps différentes, et les moyens qui ont été trouvés pour les surmonter.

- 2) Les dispositifs de cadrage temporel de l’action collective : outils, dispositifs et efficacité des modes d’intégration du temps dans l’action et le pilotage des enjeux environnementaux – entre prévision, prévention des crises, soutenabilité et transition écologique

La deuxième voie d’exploration que nous proposons concerne les conditions dans lesquelles la dimension du temps est ou n’est pas intégrée efficacement dans l’action et les systèmes d’acteurs associés au pilotage des enjeux environnementaux. Cela concerne, naturellement, un champ immense allant de l’analyse du « cycle de vie » des politiques publiques jusqu’aux différentes conceptions de la notion de « transition », en passant par l’utilisation « stratégique » du temps dans la prise de décision ou sa mise en œuvre, la portée ou les insuffisances des différents outils ou dispositifs instrumentaux matériels et/ou immatériels construits pour maîtriser le temps (développement durable, taux d’actualisation, droit des générations futures…), ou l’utilisation dans l’action des modèles de prévisions et de la prospective. Sans vouloir restreindre les propositions portant sur ce thème, quatre catégories de questions nous semblent devoir recevoir une attention prioritaire :

• d’abord, celle de l’usage dans la décision des outils de prévision et de prospective et l’articulation de ces outils avec les approches scientifiques ;

• ensuite, celle du choix des « horizons », de la détermination des seuils critiques pour l’action, et de la prise en compte tant par les scientifiques que par les acteurs des « délais restant pour agir » ;

• en troisième lieu, celle des concepts d’« adaptation » et de « transition écologique », leurs implications, la diversité de leurs acceptions, leurs mobilisations sociopolitiques dominantes ou contestataires, leurs représentations dans différents pays, leurs rapports avec d’autres façons de « cadrer » dans le temps l’action collective (développement durable, planification écologique, etc.) ;

• et enfin, celle de l’évaluation et de l’analyse historique des échecs ou succès rencontrés dans les tentatives passées de cadrage temporel de l’action collective. On pourra notamment s’interroger sur les raisons qui, dans une période récente, n’ont pas permis au « développement durable » de concrétiser l’ambition initiale d’une justice intergénérationnelle ou, plus spécifiquement, sur les limites d’outils d’aide à la décision, comme la hiérarchisation des irréversibilités majeures ou le taux d’actualisation.

- 3) Sciences et sociétés face à la crise du temps : quelles pistes de recherche ? Quel rôle, notamment, pour les disciplines qui ont pour objet central la question du temps : histoire, philosophie et prospective ?

Notre troisième piste de réflexion part de l’idée que ce ne sont pas seulement les outils disciplinaires ou de pilotage de l’action collective qui sont en jeu, mais qu’il s’agit de faire face à une crise majeure des représentations du temps, qui impose à la fois un effort de reconceptualisation des temporalités, et de nouvelles conceptions des rapports à la société, à la nature et à la politique.

Dans une situation qui, comme le dit Francis Chateauraynaud, nous place désormais « aux bords de l’irréversible », il s’agit d’abord de faire état de toutes les pistes de recherche qui permettent aujourd’hui de mieux prendre en compte le passage d’un temps ouvert et continu à un temps fermé et discontinu – potentiellement annonciateur de bouleversements majeurs aussi bien dans les systèmes écologiques que dans les systèmes sociaux.

Il s’agit ensuite de s’interroger sur le rôle que peuvent jouer dans cette reconceptualisation des cadres de réflexion sur le temps les disciplines ayant la temporalité pour dimension principale ou secondaire et sur les difficultés de leur mise en dialogue. Parmi les disciplines concernées par la crise écologique globale, trois ont en effet une particularité importante au regard de notre appel à textes, celle d’avoir comme objet de recherche ou de questionnement le temps, ses modes et ses « qualités ». Il s’agit de l’histoire, de la philosophie et de la prospective – même si cette dernière n’est pas à proprement parler une discipline. Cela justifie qu’une attention spécifique leur soit portée. Le défi posé au monde de la grande transition est en effet d’inscrire dans un même processus de social learning global, guidé par les principes de réflexivité critique et de responsabilité projective, trois conceptions de la temporalité jusqu’alors disjointes : celle du philosophe et de l’épistémologue, pour lesquels la temporalité est un questionnement fondamental, mais qui doivent apprendre à en saisir la factualité inédite ; celle de l’historien, pour lequel la temporalité documentable par l’archive est un objet d’étude inscrit dans un passé « joué », mais qui doit apprendre à reconsidérer son objet à la lumière de l’indécision du présent ; et celle du prospectiviste, pour lequel la temporalité est un espace de pensée, de création et de projection, mais qui doit accepter d’intégrer l’hypothèse d’un no future partiel ou total, ou d’un effondrement proche ou lointain, à son exercice. Tout cela non comme spéculation gratuite, mais comme injonction à entrer dans une arène déjà saturée de postures plus ou moins agressives sur les opportunités et les menaces réelles et fantasmées de la nouvelle temporalité « anthropocène ».

Dans cet esprit, des propositions sont en premier lieu attendues sur l’histoire, l’histoire des sciences de la nature, l’histoire environnementale, la philosophie de l’histoire et les évolutions actuelles de la prospective de l’environnement ou des systèmes socioécologiques au sens large, leurs fondements épistémologiques, leurs approches méthodologiques, leurs rapports avec la prévision ou avec l’action. Il s’agira, notamment, de décrire et d’évaluer, non seulement dans leur performativité mais dans leur congruence intrinsèque, les procédés par lesquels sont prises en compte les temporalités passées, présentes et à venir, et les modalités selon lesquelles sont élaborés les scénarios et les visions du futur – notamment dans les travaux internationaux sur le climat ou la biodiversité, mais également sur les transitions sociétales et politiques induites. Les propositions pourront également porter sur les conséquences de la crise des temporalités que l’on vient d’évoquer sur les évolutions de ces différentes disciplines ou communautés épistémiques.

Plus largement, on le sait, ce sont toutes les disciplines et les formes d’action collective informée qui sont ou seront concernées par cette crise des temporalités. La revue prendra donc également en compte toutes formes de propositions portant sur les nouveaux concepts, les formes d’organisation sociale ou les cadres institutionnels à développer ou à mettre en place face à la crise écologique actuelle et au constat d’une inadaptation majeure de nos approches classiques du temps.

S’ils ne veulent pas perdre à la fois leur légitimité, leur intégrité et la maîtrise de leurs pratiques, et si, par-delà la crise de la rationalité générale, ils demeurent convaincus de la validité d’un agir informé de la manière la plus rigoureuse, la plus méthodique et la plus impliquée possible, les praticiens des domaines de la connaissance et de l’action les plus directement en prise avec la crise de la temporalité doivent, nous en sommes convaincus, unir leurs efforts pour concevoir un nouveau paradigme du temps de l’intelligence des systèmes et de l’agir, susceptible de réinventer les conditions de possibilité du devenir et ce que l’on peut désigner aujourd’hui comme le pari d’un futur autre que celui des scénarios collapsologiques. C’est à cette ambition que nous appelons, dans et hors la communauté NSS, dans une ouverture résolue aux transversalités les plus innovantes et aux voies d’interrogation les plus hybrides de réflexivité, d’observation, de conception et d’action.
Processus de sélection

La sélection des propositions de contribution se fait en deux temps :

- 1) un résumé long (5 000 caractères, espaces compris) présentera les objectifs, l’argumentation et l’originalité de la proposition ainsi que quelques références bibliographiques ;

- 2) les résumés retenus donneront lieu à un article complet (45 000 à 50 000 signes, espaces, notes de bas de page et bibliographie compris) qui à son tour sera évalué en simple aveugle par le comité éditorial en charge du numéro thématique et par des lecteurs-arbitres extérieurs.

Les instructions aux auteurs sont disponibles sur le site de la revue

Les résumés longs et les articles définitifs peuvent être soumis en français ou en anglais.

L’envoi des résumés et des articles au format Word (.docx) ou OpenDocument (.odt) se fera à sylvie.zasser chez inrae.fr et pierre.cornu chez inrae.fr

Calendrier
- 30 septembre 2020 : date limite de soumission des résumés longs
- 30 octobre 2020 : Notification aux auteurs de l’accepta-tion ou du refus de leur proposition suite à la sélection par le comité éditorial
- 25 janvier 2021 : remise des articles (v1) pour évaluation par le comité éditorial et par les pairs Parution : courant 2022


Titre
« Mémoires transatlantiques »
Date
Mercredi 30 septembre 2020
Titre
Érick Noël, Le goût des Îles sur les tables des Lumières, La Geste-Presses universitaires de Nouvelle-Aquitaine, 2020
Date
Mercredi 30 septembre 2020
Descriptif

Présentation éditeur :

« Des Antilles à Tahiti, les « Îles » portent une image de rêve, cartes postales idylliques auxquelles sont associées des saveurs suaves et sucrées, jusque sur des tables où boissons et mets s’offrent, chargés d’un exotisme invitant à la volupté. Ce phénomène a une histoire, liée à la colonisation, qui de l’aube des Lumières à la Révolution se construit pour faire naître, de Saint-Domingue érigée en « perle des îles à sucre » à Bourbon dont le café prend le nom, une palette de douceurs inconnues en Europe.
Les goûts des Français s’en trouvent bouleversés, en métropole même où des plats bouillis par trop épicés, la tendance devient sous Louis XIV celle d’assiettes à la fois plus complexes et plus raffinées, enrichies d’entremets et des desserts les plus variés. Du puits d’amour au baba et au millefeuille, bientôt relevé d’une pointe de vanille, c’est une kyrielle de fantaisies aux noms toujours plus évocateurs qui titille le palais des élites, le café du lever touchant même la paysannerie. Plus que jamais, au crépuscule des Lumières, la cuisine française pose ses marques, s’imposant sous l’Empire aux cours européennes avant de trouver dans Brillat-Savarin son porte-voix. « Dis-moi ce que tu manges, je te dirai ce que tu es » : la phrase écrite au moment même où la France reconnaît la perte de son fleuron, devenu Haïti, la gastronomie française et avec elle son art de la table acquièrent une renommée internationale. »

Érick Noël, professeur des universités, enseigne l’histoire moderne à l’Université des Antilles, pôle Martinique


Titre
« Les civilisations du canal de Mozambique »
Date
Mercredi 30 septembre 2020
Descriptif

L’édition 2020 de cette conférence s’intéresse en particulier aux articles traitant des relations historiques, linguistiques et sociologiques qui existent entre le Kenya, la Tanzanie, le Mozambique, les îles du canal de Mozambique et Mayotte. Les espaces intérieurs, côtiers, insulaires et maritimes partant de la Somalie à l’Afrique du Sud dans leurs relations avec la civilisation swahilie constituent le champ territorial prioritaire. À partir d’une approche inter-disciplinaire et comparatiste, les similitudes et différences entre les territorialités de la région seront le point de focalisation de la conférence. Les contributions dans les domaines de l’histoire, de l’archéologie, de la littérature, de la linguistique, du droit, de la sociologie, de l’anthropologie, de l’ethnologie, de l’ethnomusicologie, de l’architecture, de l’économie, des études culturelles et des études postcoloniales sont vivement souhaitées.

Cette deuxième édition reconduit le partenariat académique international. Ainsi, la conférence sera organisée en collaboration avec l’Université Pédagogique de Maputo, l’Université de Nairobi, l’Université de Dar-es-Salaam ainsi que le Cufr de Mayotte. Le Département de Mayotte compte ainsi poursuivre les efforts de soutien à la recherche et à la diffusion de la connaissance scientifique pour une meilleure promotion de sa région.

Le Canal de Mozambique est ce vaste espace côtier, insulaire et maritime qui part de la partie orientale de l’Afrique pour s’étendre jusqu’aux îles occidentales de l’Océan indien. De nombreux documents attestent de la connaissance des îles par les historiens égyptiens. Il apparait également comme l’un des trafics maritimes les plus anciens en tant que carrefour de la flotte asiatique, Austronésienne et Arabe dont une cartographie importante renseigne sur le commerce depuis les temps préchrétien.

Dans cette région, la navigation a favorisé la mobilité des populations, les croisements des cultures à partir desquels s’est constitué progressivement l’écosystème social swahili caractérisé par ses différentes territorialités, voire ses identités plurielles et son hybridité.

Son émergence, initiée dans le territoire situé le long des côtes entre le Kenya et la Tanzanie. A partir de ce premier noyau, cette réalité du métissage bien localisée a étendu sa territorialité et s’est implantée dans les différentes sociétés de façon permanente. Le Canal de Mozambique est l’une des civilisations les plus importantes de l’histoire de l’humanité pourtant, cette région est peu promue.

Cette conférence propose de considérer le canal de Mozambique comme un ensemble de territorialités constituant un champ de recherche. Le canal de Mozambique s’est construit sur la base de l’inter et du multiculturalisme, de l’inter et du multilinguisme. Ce postulat motive la proposition des études comparatistes et globalement interdisciplinaires et encourage la recherche des études initiées sur et dans la région d’une part et d’autre part, à partir de la conception des approches faites de croisements d’initiatives contextualisées.

Il s’agit de mettre en exergue les relations qui se sont établies dans l’histoire du peuplement de la côte est-africaine et des îles du canal de Mozambique à travers l’étude des populations, des langues régionales, des aspects sociologiques, des aspects politiques anciens et contemporains.

L’édition 2020 accorde davantage d’intérêt aux articles traitant des relations historiques, linguistiques et sociologiques qui existent entre le Kenya, la Tanzanie, le Mozambique, les îles du Canal de Mozambique et Mayotte.

Les espaces intérieurs, côtiers, insulaires et maritimes partant de la Somalie à l’Afrique du Sud dans leurs relations avec la civilisation swahilie constituent le champ territorial prioritaire.

A partir d’une approche inter-disciplinaire et comparatiste, les similitudes et différences entre les territorialités de la région seront le point de focalisation de la conférence. Les contributions dans les domaines de l’histoire, de l’archéologie, de la littérature, de la linguistique, du droit, de la sociologie, de l’anthropologie, de l’ethnologie, de l’ethnomusicologie, de l’architecture, de l’économie, des études culturelles et des études postcoloniales sont vivement souhaitées.

Les contributions qui traitent de toute la région swahilie et des territoires macua, de l’insularité, des aspects de l’histoire de la navigation et de la côte de l’Afrique de l’Est quelle que soit l’époque (les périodes ancienne, précoloniale, coloniale, post-coloniale) et surtout lorsqu’elles proposent un lien avec Mayotte sont fortement sollicitées.

Axes thématiques prioritaires
- Mouvements des populations dans le Canal de Mozambique : connexions sociales et constructions identitaires dans les territoires swahilis et bantou de de l’intérieur, de la côte est-africaine et des îles du Canal de Mozambique ;
- Héritage de l’esclavage arabe ;
- Traite négrière occidentale et colonisation ;
- Patrimoine matériel et immatériel bantou et swahili de la côte et des îles ;
- Langues régionales de la côte et des îles ;
- Identités politiques, frontières et communautés ethnique, nationale et transnationale ;
- Configuration géopolitique du Canal de Mozambique (passé et présent) ;
- Histoire politique des territoires du canal de Mozambique ;
- Histoire économique des territoires et des espaces maritimes du Canal de Mozambique ;
- Histoire de la navigation dans le Canal de Mozambique ;
- Croyances Religions et sociétés dans le canal de Mozambique ;
- Territorialités, espaces maritimes et géographie contemporaine ;
- Connaissance de la biodiversité marine et terrestre

Le comité scientifique est composé de docteurs et chercheurs de Mayotte, Tanzanie, Mozambique, Kenya, Madagascar, Comores

Les résumés des communications, contenant la perspective de l’étude doivent faire dix à quinze lignes (maximum) avec jusqu’à 5 mots-clés, écrits en un seul espace, Times Roman 12, en français, anglais et portugais. Elles doivent être envoyés à marpmatos chez gmail.com jusqu’au 30/09/2020.

Des lettres d’acceptation seront adressées aux proposants des communications vers le 1er/10/2020.

Conditions de participation

Le Département de Mayotte prendra en charge les frais de transports aériens, les frais de déplacement de l’hôtel au lieu de la conférence, le perdiem, les frais de séjour et un cachet de 290 euros par participant.


Titre
« Coopérations, circulations et trajectoires trans-impériales en Afrique (fin du XIXe siècle-années 1960) », Revue d’Histoire contemporaine de l’Afrique, 3, 2021
Date
Jeudi 1er octobre 2020
Descriptif

Numéro coordonné par Damiano Matasci (Université de Genève) et Miguel Bandeira Jerónimo (Université de Coimbra). Les propositions d’article sont attendues pour le 1er octobre 2020 pour une publication finale fin 2021.

Ce numéro de la Revue d’Histoire Contemporaine de l’Afrique se focalise sur l’histoire des circulations, des échanges et des collaborations qui se sont tissées en Afrique entre la fin du XIXe siècle et les années 1960. Il discute, tout en le prolongeant, le récent renouvellement de l’histoire coloniale et impériale stimulé par le « tournant » transnational et global des sciences sociales. Au cours de ces dernières années, en effet, une intense réflexion s’est engagée sur le rôle de la « globalisation impériale » dans la formation des dispositifs idéologiques, institutionnels et technologiques au cœur de la mondialisation contemporaine ainsi que sur les acteurs qui, agissant dans les interstices des espaces coloniaux, ont alimenté les processus d’interconnexion entre les pays et les régions du monde (Magee, Thompson, 2010).

Ces analyses ont stimulé un riche débat méthodologique, en particulier dans le monde académique britannique, et ont accompagné l’émergence de nouveaux « labels » historiographiques. Martin Thomas et Andrew Thompson invitent à relire l’histoire des empires coloniaux – depuis la phase du « haut impérialisme » de la fin du XIXe siècle jusqu’aux décolonisations – à la lumière de ses « effets globalisants » (2014 : 142). Ceux-ci incluent l’émergence de nouveaux mécanismes régulant les flux de personnes, de capitaux et de marchandises à travers le monde, tout comme la structuration de formes de violence et de conflictualité qui accompagnent et survivent à la fin des empires. D’autres historiens proposent de repenser l’histoire coloniale et impériale à l’aune des apports de l’histoire transnationale et globale (Fichter, 2019 ; Grant Levine, Trentmann, 2007 ; Akita, 2002). Simon J. Potter et Jonathan Saha soulignent l’intérêt d’adopter une « approche connectée » et de se pencher sur les manières dont « people in the past themselves understood (and sought to influence) patterns of long-distance interaction » (2015 : 4). Gareth Curless, Stacey Hynd, Temilola Alanamu etKatherine Roscoe proposent quant à eux une « approche décentrée », accordant une attention particulière aux « multiple networks of capital, goods, information, and people that existed within and between empires » (2015 : 713). Enfin, dans un article programmatique paru en 2018 dans le Journal of Modern European History, Daniel Hedinger et Nadine Heé ont défini les contours d’une « histoire trans-impériale » dont l’objectif est de placer dans un seul cadre analytique les phénomènes de compétition, coopération et connectivité qui émaillent l’histoire de la colonisation. L’enjeu est de dépasser la simple comparaison statique entre formations impériales pour se focaliser sur les « movements of people, knowledge and goods across empires » ainsi que sur la formation d’« imperial alliances as well as anti-imperial networks and exchanges » (2018 : 439).

Ces nouvelles recherches remettent en question l’espace impérial comme unité d’analyse exclusive pour le récit historique. La démarche méthodologique qui sous-tend cette réflexion repose sur une nouvelle appréciation du potentiel heuristique de la comparaison (Keese, 2007). En cela, ces auteurs renouvellent la proposition d’Ann Laura Stoler et de Frederick Cooper qui déjà à la fin des années 1990 appelaient à s’intéresser aux « circuits coloniaux », à savoir aux manières à travers lesquelles « des idées, des individus, des produits et des capitaux ont circulé non seulement entre la métropole et la colonie mais aussi au sein et entre les empires » (Stoler, Cooper, 1997 : 28). Dans ce sillage, de nombreux travaux se sont intéressés aux pratiques d’« apprentissage inter-impérial » (Bala, 2018 ; Coghe, 2015 ), aux « rencontres coloniales » (Leonhard, Hirschhausen, 2014 ; Lindner, 2011) ou encore à la co-production et aux transferts de savoirs (Kamissek, Kreienbaum, 2016 ; Barth, Cvetkovski, 2015 ; Meertens, Lachenal, 2013 ; Neill, 2012).

Ce numéro a pour objectif d’approfondir ces réflexions récentes en les ancrant dans plusieurs terrains empiriques. Son ambition est de montrer le double intérêt historiographique d’une approche trans-impériale. Il s’agit, d’une part, d’interroger comment les processus de connexion et de coopération structurent non seulement la gouvernance coloniale mais aussi la vie quotidienne des colonisés, façonnant de nouveaux rapports sociaux, raciaux et genrés (Mitchell, Shibusawa, Miescher, 2014). D’autre part, cette approche permet de dévoiler les limites de la portée globale de l’impérialisme, rappelant l’importance de prendre en considération les spécificités locales de chaque situation coloniale et les manières dont la mise en place de réseaux d’interconnexion a (aussi) engendré, sur le terrain, des dynamiques d’exclusion et d’inégalité. L’enjeu est alors de questionner les limites, les ambivalences et les contradictions inhérentes aux processus de mondialisation, prolongeant ainsi les réflexions de Frederick Cooper sur ce sujet (2001).

Les éditeurs souhaitent articuler la réflexion autour de trois axes de recherche principaux, tout en demeurant ouverts à toute proposition pertinente s’inscrivant dans le cadre de cette thématique.

Axe 1. Coopération(s) et apprentissage(s) entre acteurs coloniaux

Le premier axe explore les formes de coopération et d’apprentissage trans-impérial en Afrique coloniale. Comment, dans quels domaines et sous quelles conditions les acteurs de la colonisation ont-ils collaboré entre eux ? Comment se manifestent et quels sont les effets de l’observation mutuelle de pratiques relatives à la gouvernementalité coloniale ? Ces questions sont consubstantielles à l’histoire de l’expansion européenne en Afrique depuis la fin du XIXe siècle. Elles accompagnent par exemple la découverte et l’exploration de nouveaux territoires, comme le montrent les collaborations – souvent gommées dans les sources – qui se tissent à plusieurs reprises entre les explorateurs européens. Elles orientent aussi les arbitrages relatifs aux complexes processus de délimitation des frontières, avant et après la colonisation (Lefebvre, 2015). Qu’elles soient formelles ou informelles, les formes de coopération se déploient sur plusieurs terrains, incluant une multitude d’acteurs, individuels (experts, administrateurs, missionnaire) et collectifs (organismes de recherche, organisations intergouvernementales). Vincent Bonnecase a par exemple montré comment la définition des

niveaux de vie et les politiques de développement colonial au Sahel entre les années 1930 et 1960 sont fortement tributaires d’échanges et de coopérations qui se déploient une échelle internationale et trans-impériale (2011). D’autres chercheuses et chercheurs ont aussi mis en lumière les rivalités et les synergies qui se tissent entre les visions impériales et internationales en matière de politiques sanitaires en Afrique après la Seconde Guerre mondiale (Ayangma Bonoho, 2019 ; Pearson-Patel, 2018). Les éditeurs souhaitent élargir ces réflexions à d’autres terrains (sciences naturelles et humaines, agriculture, sécurité, armées, etc.) mais aussi appréhender ces dynamiques en accordant une attention particulière aux jeux d’échelles entre le local, l’international et l’inter/trans-impérial. Une telle approche permet en effet de mettre en lumière les marges de manœuvre et l’agentivité des colonisé.e.s, comme l’a d’ailleurs bien montré Sybille Küster en examinant la réception de la part des populations locales du modèle américain d’« éducation adaptée » en Afrique centrale au cours des années 1920 et 1930 (2007).

Axe 2. Réseaux, transferts, circulations : à la recherche de « circuits coloniaux » alternatifs

Le deuxième axe s’intéresse aux connexions et aux circulations qui se déploient à des niveaux plus informels, impliquant notamment des acteurs non étatiques. Plus qu’à la relation entre une colonie et sa métropole, déjà bien explorée, la focale est placée sur l’étude de circuits coloniaux alternatifs, contournant les administrations coloniales et reliant des colonies appartenant à des empires différents ou encore une colonie à une métropole « concurrente », que ce soit sur le plan politique, économique, scientifique, religieux ou culturel. Il s’agit par exemple d’explorer les ramifications trans-impériales des mouvements anticolonialistes. Dès la période de l’entre-deux-guerres, ceux-ci inscrivent leur discours et leurs répertoires d’actiondans un contexte bien plus large que celui d’un empire ou d’une colonie. Margret Frenz a par exemple montré les connexions intellectuelles, économiques et personnelles qui se tissent entre l’Inde et le Kenya entre les années 1940 et 1960, soulignant notamment comment la notion deswaraj (« autodétermination » en hindi) influence le mouvement nationaliste kenyan (2013). Ce type de recherche pourrait être prolongée en étudiant les connexions internationales des militants et des syndicats africains ou encore l’implication des groupes de pression afro-américains dans la lutte pour les indépendances (Meriwether, 2002 ; M. Von Eschen, 1997). Au-delà des répertoires de mobilisation politique, plusieurs autres pistes peuvent aussi être suivies pour retracer les régimes circulatoires en Afrique coloniale : la recherche scientifique constitue à cet égard un terrain particulièrement intéressant, à l’image des transferts de savoirs qui s’opèrent entre Africains et Européens dans le cadre de l’exploration du continent au XIXe siècle (Lefebvre, Surun, 2008) ou de la mission menée par l’Institut français d’Afrique noire au Libéria en 1948 (Bondaz, 2015). D’autres domaines, comme les mobilités estudiantines (Blum, 2017), les mouvements de jeunesse et sportifs (Nicolas, 2019), les réseaux missionnaires (Kallaway, 2009), ou encore la circulation de biens et savoirs économiques, de l’information, des arts et de la littérature (Howlett, Fonkoua, 2009) peuvent aussi être questionnés à partir de cette perspective.

Axe 3. Trajectoires trans-impériales et (post)coloniales

Les éditeurs souhaiteraient dans ce troisième axe se focaliser sur l’étude des trajectoires individuelles et collectives comme moyen pour questionner les jeux d’échelles mais aussi pour saisir, au prisme d’une approche trans-impériale, les transactions entre la période coloniale et postcoloniale. Il s’agit plus précisément de mettre à l’épreuve les réflexions récentes autour de la « micro-histoire globale » (Bertrand, Calafat, 2019), particulièrement utile pour inscrire des dynamiques globales dans des contextes locaux et mieux en saisir les effets structurants. Ces dernières années, plusieurs travaux se sont focalisés sur les carrières impériales des Européens (Lambert, Lester, 2006) ainsi que sur leur « recyclage » au sein de plusieurs instances internationales ou européennes après les indépendances (Dimier, 2014 ; Hodge 2010). En revanche, il reste encore à explorer comment et avec quels effets de retour les Africain.e.s ont investi la « sphère transnationale » (Rodogno et al., 2015), que ce soit au niveau de leur formation (Katsakioris, 2020) ou de leur insertion professionnelle dans le cadre d’organisations gouvernementales ou non gouvernementales de nature régionale, panafricaine et, bien sûr, internationale. La focale peut être placée ici sur les parcours des élites, mais aussi sur des acteurs « subalternes » et a priori moins visibles (travailleurs, migrants, petits commerçants, etc.).

Calendrier
- Envoi des propositions : 1 octobre 2020
Résumé en français de max. 500 mots accompagné d’une biographie de 100 mots à damianomatasci chez gmail.com ; mbjeronimo chez gmail.com. Le résumé doit également préciser la démarche méthodologique que l’auteur.e propose de suivre, expliquant notamment comment il/elle entend exploiter la dimension trans-impériale et documenter empiriquement les différentes échelles d’analyse.
- Notifications aux auteur.e.s : 15 octobre 2020

Les propositions seront sélectionnées par les éditeurs et le comité éditorial de la RHCA
- Envoi de la première version de l’article : 15 janvier 2021
- Publication fin 2021

Références

Akita Shigeru, « Introduction : From Imperial History to Global History », in Shigeru Akita (ed.), Gentlemanly Capitalism, Imperialism, and Global History, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2002, pp. 1-16.

Ayangma Bonoho Simplice, L’Organisation mondiale de la santé (OMS), les politiques de développement sanitaire et leur mise en oeuvre en Afrique centrale entre 1956 et 2000, thèse de doctorat, Université de Genève-Université de Yaoundé 1, 2019.

Bala Poornam (ed.), Learning from Empire : Medicine, Knowledge and Transfers under Portuguese Rule, Newcastle upon Tyne, Cambridge Scholars Publishing, 2018.

Barth Volker, Roland Cvetkovski (eds.), Imperial Co-operation and Transfer, 1870-1930 : Empires and Encounters, London, Bloomsbury Academic, 2015.

Bertrand Romain, Guillaume Calafat (dir.), « Micro-analyse et histoire globale », Annales, vol. 73, n° 1, 2019.

Blum, Françoise, « D’une révolte africaine à l’autre : passeurs et transferts », Monde(s). Histoire, Espaces, Relations, 2017, pp. 37-59.

Bondaz Julien, À la marge des sciences coloniales ? La mission Dekeyser-Holas dans l’Est libérien (1948), Gradhiva, vol. 2, no 22, 2015, pp. 168-191.

Bonnecase Vincent, La pauvreté au Sahel : du savoir colonial à la mesure internationale, Paris, Karthala,
2011.

Coghe Samuël, « Inter-imperial Learning and African Health Care in Portuguese Angola in the Interwar Period, Social History of Medicine, vol. 28, no 1, 2015, pp. 134-154.

Cooper Frederick, « Le concept de mondialisation sert-il à quelque chose ? Un point de vue d’historien », Critique internationale, no 10, 2001, pp. 101-124.

Curless Gareth, Stacey Hynd, Temilola Alanamu, Katherine Roscoe (eds.), « Editors’ Introduction : Networks in Imperial History », Journal of World History, vol. 26, no 4, 2015, pp. 705-732.

Dimier Véronique, The Invention of a European Development Aid Bureaucracy : Recycling Empire, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2014.

Fichter James R. (ed.), British and French Colonialism in Africa, Asia and the Middle East Connected Empires across the Eighteenth to the Twentieth Centuries, New York, Palgrave Macmillan, 2019.

Frenz, Margret, « Swaraj for Kenya, 1949-1965. The Ambiguities of Transnational Politics »,Past & Present, vol. 218, 2013, pp. 151-177.

Grant Kevin, Philippa Levine, Frank Trentmann (eds.), Beyond Sovereignty. Britain, Empire and Transnationalism c. 1880-1950, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2007.

Hedinger Daniel, Nadin Heé, « Transimperial History - Connectivity, Cooperation and Competition », Journal of Modern European History, vol. 16, no 4, 2018, pp. 429-452.

Hodge Joseph M., « British Colonial Expertise, Post-Colonial Careering and the Early History of International Development », Journal of Modern European History, vol. 8, no 1, 2010, pp. 24-46.

Howlett Marc-Vincent, Romuald Fonkoua, « La maison Présence Africaine », Gradhiva, vol. 2, no 10, 2009, pp. 106-133.

Kamissek Christoph, Jonas Kreienbaum, « An Imperial Cloud ? Conceptualising Interimperial Connections and Transimperial Knowledge », Journal of Modern European History, vol. 14, no 2, 2016, pp. 164-182.

Kallaway Peter, « Education, Health and Social Welfare in the Late Colonial Context : the International Missionary Council and Educational Transition in the Interwar Years with Specific Reference to Colonial Africa », History of Education, vol. 38, no 2, 2009, pp. 217-246.

Katsakioris Constantin, « The Lumumba University in Moscow. Higher Education for a Societ-Third World Alliance. 19960-1991", Journal of Global History, vol. 14, n° 2, 2019, pp. 281-300.

Keese Alexander, Living with Ambiguity : Integrating an African Elite in French and Portuguese Africa, 1930-1961, Stuttgart, Franz Steiner, 2007.

Küster Sybille, « ‘Book Learning’ Versus ‘Adapted Education’ : The Impact of Phelps-Stokesism on Colonial Education Systems in Central Africa in the Interwar Period »,Paedagogica Historica, vol. 43, no 1, 2007, pp. 79-97.

Lambert David, Alan Lester (eds.), Colonial Lives across the British Empire : Imperial Careering in the Long Nineteenth Century, New York, Cambridge University Press. 2006.

Lefebvre Camille, Frontières de sable, frontières de papier. Histoire de territoires et de frontières, du jihad de Sokoto à la colonisation française du Niger, XIXe-XXe siècles, Paris, Publications de la Sorbonne, 2015.

Lefebvre Camille, Isabelle Surun, « Exploration et transferts de savoir : deux cartes produites par des Africains au début du 19e siècle », Mappemonde, vol. 4, n° 92, 2008, pp. 1-24.

Leonhard Jörn, Ulrike von Hirschhausen (eds.), Comparing Empires : Encounters and Transfers in the Long Nineteenth Century, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2011.

Lindner Ulrike, Koloniale Begegnungen. Deutschland und Grossbritannien als Imperialmachte in Afrika 1880-1914, Frankfurt am Main, Campus, 2011.

Magee Gary, Andrew Thompson, Empire and Globalisation : Networks of People, Goods and Capital in the British World, c. 1850-1914, Cambridge, Cambridge University Press, 2010.

Meertens Myriam, Guillaume Lachenal « The History of Belgian Tropical Medicine from a Cross-Border Perspective », Revue Belge de Philologie et d’Histoire, vol. 90, n° 4, 2013, pp. 1249-1272.

Meriwether James, Proudly We Can Be Africans : Black Americans and Africa, 1935-1961, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2002.

Mitchell Michele, Naoko Shibusawa, Stephen F. Miescher (eds.), « Introduction : Gender, Imperialism, and Global Exchanges », Gender & History, no 26, 2014, pp. 393-413.

Neill Deborah J., Networks in Tropical Medicine. Internationalism, Colonialism, and the Rise of a Medical Specialty, 1890-1930, Stanford, Stanford University Press, 2012.

Nicolas Claire, De l’appropriation de la culture coloniale à la consolidation de la position des élites postcoloniales : les pratiques ludomotrices au Ghana et en Côte d’Ivoire, 1945-1970, thèse de doctorat, Université de Lausanne, 2019 (en particulier le chapitre 4).

Pearson Jessica Lynne, The Colonial Politics of Global Health. France and the United Nations in Postwar Africa, Harvard, Harvard University Press, 2018.

Potter Simon J., Jonathan Saha, « Global History, Imperial History and Connected Histories of Empire », Journal of Colonialism and Colonial History, vol. 16, no 1, 2015. https://muse.jhu.edu/article/577738/

Rodogno Davide, Bernhard Struck and Jakob Vogel (eds.), Shaping the Transnational Sphere : Experts, Networks and Issues from the 1840s to the 1940s, New York, Berghahn Books, 2015.

Stoler Ann Laura, Frederick Cooper, « Between Metropole and Colony : Rethinking a Research Agenda », in Frederick Cooper, Ann Laura Stoler (eds.), Tensions of Empire : Colonial Cultures in a Bourgeois World, Berkeley, University of California Press, 1997, pp. 1-56.

Thomas Martin, Andrew Thompson, « Empire and Globalisation : From ‘High Imperialism’ to Decolonisation », The International History Review, vol. 36, no 1, 2014, pp. 142–170.

Von Eschen Penny M., Race against Empire : Black Americans and Anticolonialism, 1937-1957, Ithaca, Cornell University Press, 1997.


Titre
« Climat(s) » : 31e Festival International de Géographie de Saint-Dié-des-Vosges — Saint-Dié-des-Vosges, France
Date
Du 2 au 4 octobre 2020
Descriptif
Pré-programme du festival

« Grâce au travail de l’équipe du festival et des directeurs scientifiques de cette édition, Martine Tabeaud et Alexis Metzger, cette édition annonce une programmation riche en débats scientifiques, rencontres géographiques et littéraires, conférences, ateliers de terrain, moments festifs, qui font chaque année le succès de cette manifestation. Plus de 130 rendez-vous seront proposés au public durant 3 jours y compris les salons du Livre, de la Gastronomie et l’espace Géo-numérique. »


Titre
« Savoirs et expertises dans les débats sur les questions hydrauliques, les projets et leur mise en œuvre » — Saint-Dié-des-Vosges, France
Date
Samedi 3 octobre 2020
Descriptif

Le réseau « SHS et les enjeux de l’eau » a organisé un premier séminaire en octobre 2018, puis un second en novembre 2019. Les thèmes abordés ont concerné la prise en compte des SHS dans les projets d’aménagements hydrauliques, et dans la gestion préventive des inondations, la gouvernance et les tensions sur l’eau.
Il est proposé de poursuivre ces réflexions à l’occasion de ce nouveau séminaire qui se tiendra à Paris en février 2021.

Texte Appel

Un enjeu important pour les projets hydrauliques est la capacité de construire des co-décisions participatives, à l’échelle territoriale adaptée. L’actualité montre par ailleurs à quel point la place des experts dans la prise de décision publique mérite d’être discutée.
Pour ce faire, et dans un contexte où la contestation des expertises est fréquente, la question des confrontations et de la collaboration des expertises est cruciale : les expertises des institutions de différentes disciplines (hydrologie ou mécanique, sciences sociales) ou provenant de différentes régions (pour les projets de grande échelle ou transfrontaliers) ; mais aussi les expertises des personnes ou des associations, notamment au niveau local, souvent porteuses de données et de savoirs locaux, et marquées par des aspects historiques et culturels. Le transfert des savoirs au grand public est également une question importante, notamment dans un contexte où internet favorise le développement des rumeurs (qui peuvent être intentionnellement créées, ou provenir d’un réel besoin d’information du public). Ces rumeurs sont parfois liées aux fausses expertises (par exemple, le faux savoir de la théorie de la Terre plate), liées à des croyances non rationnelles, ou à des promotions d’intérêts particuliers.
Le développement des expertises est lié à notre histoire politique et scientifique. Le regard de l’Histoire doit donc être invoqué pour éclairer ces questions, tant sur la genèse de l’expertise institutionnelle à partir du XVIIIe siècle, que sur le retour d’expérience que l’on peut avoir des projets hydrauliques passé.
A côté de l’histoire, d’autres approches disciplinaires allant de la sociologie à l’anthropologie ou aux sciences politiques et théories du changement sont naturellement concernées. Ainsi les conséquences sociales des projets – y compris les situations de tensions sur l’eau - pourront également être abordées et constitueront l’un des thèmes de l’appel à communication.
Il est proposé pour ce nouveau séminaire de partir d’exemples concrets de projets hydrauliques, projets pouvant être de toutes sortes et répondant à des besoins urbains, agricoles, industriels, production de biens communs (transports, énergie), sociétaux, sécurité des biens ou des personnes (innondations), résolution de problèmes de tensions sur l’eau. Les exemples de crises hydrauliques et de leurs conséquences sociales seront également bienvenus.

Tous les compartiments du grand et du petit cycle de l’eau sont concernés tant d’un point de vue scientifique et technique que d’un point de vue social, économique et politique : connaissance et gestion de la ressource selon les usages (écosystème, eau potable, agriculture, industrie, navigation, tourisme, ...), définition et réalisation de projets locaux ou à échelle régionale, mise en œuvre des règlementations européennes (Directive Cadre sur l’Eau, Directive Inondation, Directive Cadre Stratégie pour le Milieu Marin, ...). Le cas des inondations est particulièrement révélateur de l’évolution des politiques de prévention avec désormais une place plus grande laissée aux démarches co-constructives (Stratégie Locale de Gestion du Risque Inondation, Programme d’Actions de Prévention des Inondations).

Thèmes de l’appel à communication :

1. Les savoirs et l’expertise dans les débats et la mise en œuvre des projets hydrauliques :
- expertises des institutions de différentes disciplines ou provenant de différentes régions ;
- expertises des personnes ou des associations, notamment au niveau local, souvent porteuses de données et de savoirs locaux, et marquées par des aspects historiques et culturels ;
- transfert des savoirs au grand public
- rôle et retour d’expérience des « conventions citoyennes » associant le public

2. La co-construction des décisions :
- les interactions entre expertises, les concurrence entre expertises ;
- la question des rumeurs et des fausses expertises (notamment celles portées par internet) ;
- l’échelle territoriale adaptée à la co-construction des décisions et aux réalisations participatives, - le rôle des experts dans la prise de décision

3. Histoire des savoirs et des projets :
- la constitution des expertises hydrauliques institutionnelles (à partir du XVIIeme siècle), leurs rôles et leurs interactions
- le retour d’expérience des projets passés

4. Expertises des conséquences sociales : - des projets hydrauliques,
- des crises hydrauliques de toutes sortes

Calendrier
- début juin 2020 : diffusion de l’appel à communications
- 3 octobre 2020 : date limite de réception des propositions de communication, oral ou poster, (résumés étendus, 2 à 4 pages). Il ne sera pas demandé d’autres textes.
A déposer sur le site de la SHF : www.shf-hydro.org
- Début novembre 2020 : sélection des propositions et construction du programme du séminaire.
Les résumés étendus seront lus et évalués par le Comité de pilotage, qui fera connaître sa décision sur chaque résumé étendu fin octobre. Certains seront sélectionnés en vue d’articles (4 à 10 pages) pouvant être publiés dans la revue La Houille Blanche.

Contact : n.sheibani chez shf-hydro.org

Comité de pilotage :

Mathieu Brugidou (EDF R&D), Monica Cardillo (Académie de l’Eau), Denis Cœur (ACTHYS), Sara Fernandez (ENGEES), Philippe Gourbesville (Polytech Nice), Joanna Guerrin (INRAE), Arthur Jobert (EDF R&D), Michel Lang (INRAE-SHF), Evelyne Lyons (Académie de l’Eau), Marc-Antoine Martin (Académie de l’Eau), Carole Paplorey (SHF), Neda Sheibani (SHF), Pierre-Louis Viollet (SHF – animateur du comité).


Titre
« Approches géographiques de la transition : transition énergétique, transition écologique » — Institut de Géographie, Paris
Date
Samedi 10 octobre 2020
Titre
Gilles Teulié (Aix-Marseille Université, LERMA,) « Circulations impériales : La carte postale au service du projet colonial » — Institut de Géographie, Paris
Date
Lundi 19 octobre 2020, 17 h 30-20 h
Descriptif

Séance organisée en partenariat avec l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles Lettres de Toulouse, Hôtel d’Assézat, lundi 19 octobre 2020 à 17h30.


Titre
« Travail et travailleur·se·s au Maghreb (XIXe-XXIe siècle) »
Date
Jeudi 22 octobre 2020
Descriptif

Compte tenu des mesures sanitaires, le public sera limité et devra être inscrit au préalable via le lien suivant : https://www.eventbrite.fr/o/uchicag...

Voir le Programme


Titre
« Dialogues et savoir-faire : construction des connaissances autour des enjeux et défis écologiques à Madagascar et dans l’Océan Indien » — Université d’Antsiranana-Madagascar
Date
28-29 octobre 2020
Titre
« Utopies et dystopies collectives en mondes ruraux : contestation, expérimentation, évasion », Civilisations, 70, 2021 — Université d’Antsiranana-Madagascar
Date
Vendredi 30 octobre 2020
Descriptif

Dossier coordonné par Madeleine Sallustio (Université libre de Bruxelles) & Maïté Boullosa-Joly (Université de Picardie Jules Verne)

L’investissement des mondes ruraux par des communautés contestataires ne date pas d’aujourd’hui. La stratégie de repli et d’éloignement par rapport aux lieux de centralisation du pouvoir a déjà été observée par les sociologues, les anthropologues et les historiens à différentes époques et endroits du monde.

Texte Appel

Les individus qui décident d’organiser collectivement leur vie quotidienne et leurs modes de production sont motivés par différentes aspirations. Ils peuvent défendre une volonté de prise de distance par rapport au système dénoncé dans une perspective contestataire anticapitaliste. À l’instar des « milieux libres » anarchistes du 19e siècle (Steiner 2016 ; Creagh 2009), des « Zones à Défendre » en Europe (Pruvost 2017 ; Verdier 2018 ; Subra 2017) ou des communautés révolutionnaires zapatistes au Mexique (Reyes & Kaufman 2011 ; Baschet 2020), ces collectifs s’affirment comme des espaces d’insubordination, de résistance et d’organisation militante.Les collectifs utopiques sont aussi défendus par leurs protagonistes comme des lieux propices à l’expérimentation d’alternatives sociétales, qu’elles concernent les modes de gouvernance, les techniques agricoles, les rapports de genre ou l’organisation du travail. C’est ce qu’ont étudié de nombreux scientifiques à propos des collectifs agricoles dits « néoruraux » en France (Léger & Hervieu 1979 ; Mercier & Simona 1983 ; Sallustio 2018), de certaines communautés agricoles familiales engagées dans la lutte pour la souveraineté technique (Adenle et al. 2019) ou d’autres « communautés intentionnelles » aux USA (Lallement 2019 ; Petitfils 2011).Ces collectifs sont également l’occasion pour les individus d’accroitre leur capacité d’action individuelle à travers l’apprentissage de nouveaux savoir-faire et la prise en main proactive de leur existence. Cette démarche individualisée se transforme en quête d’émancipation personnelle (Carlsson & Manning 2010) et d’un mode de vie rural romantisé dont sont vantés les bienfaits matériels comme la moindre pollution ou l’accès aux grands espaces (Clavairolle 2013 ; Lacroix 1981 ; Mauger & Fossé 1977 ; Wittersheim 2017 ; Rouvière 2016).

Les contributions scientifiques récentes sur le sujet demeurent toutefois isolées et peinent à faire corps. Or, interroger les formes contemporaines du phénomène d’installation de communautés anticapitalistes en milieu rural permet d’apporter un socle empirique aux Utopian Studies en anthropologie. Les imaginaires utopiques ou dystopiques qui animent les acteurs sociaux revêtent un intérêt heuristique indéniable pour saisir les critiques sociales contemporaines et les transformations sociales qui leur sont liées (Maskens & Blanes 2018 ; Fitting 2009 ; Appadurai 2013 : 286 ; Wallman 1992 ; Baccolini & Moylan 2003 ; Schaer et al. 2000 ; Shukaïtis et al. 2007 ; Moore 1990).

A l’heure où il semble plus facile d’imaginer la fin du monde que l’effondrement du capitalisme (Jameson 1994 : xii), nous souhaitons réunir dans ce dossier des analyses du quotidien de ces « utopies concrètes » (Wright 2017 [2010]) en milieux ruraux. L’objectif est d’en saisir le potentiel « créateur » (Cossette-Trudel 2010) ainsi que les valeurs sociales et les contradictions qu’elles entretiennent. Pour ce faire, nous investiguerons tout particulièrement quatre axes de réflexion.

1) Tout d’abord, celui de l’autonomie, entendue comme la volonté émancipatrice de « faire soi-même » et de chercher l’indépendance (financière, alimentaire, énergétique, gouvernementale). À l’heure d’une recrudescence des mouvements Do It Yourself, low tech ou « collapsologiques », les campagnes sont réinvesties par des acteurs soucieux de se réapproprier une certaine souveraineté technologique et alimentaire. Ils souhaitent ainsi participer à une réappropriation de la définition du « progrès » (Grimaud et al. 2017 ; Dobré 2002 ; Pruvost 2013, 2015 ; Jarrige 2014 ; Lallement 2019). À travers quels types d’activités se manifeste cette quête d’autonomie ? Quels modes d’organisation interne (du travail, de la famille, des rites ou autres) sont déployés par les acteurs pour y parvenir ? Quels facteurs économiques, politiques ou géographiques entravent ou favorisent ces initiatives ?

2) Les mondes ruraux offrent par ailleurs un cadre spécifique à la réalisation de ces pratiques autonomes, tout particulièrement en ce qui concerne les vastes espaces qui entourent parfois les collectifs et la possibilité de cultiver la terre. L’aspect environnemental de ces projets utopiques constitue le deuxième axe de réflexion de ce dossier. Nous nous intéresserons aux représentations de la nature véhiculées par les pratiques agricoles développées par les acteurs. Ces derniers sont-ils portés par une « nostalgie structurelle » attachée à l’idée de ruralité (Herzfeld 2007) ? Revendiquent-ils une filiation avec la paysannerie traditionnelle ? Quelle est la place accordée à la conservation du patrimoine naturel et à la biodiversité animale et végétale ? Les acteurs font-ils référence à la permaculture dans la mise en place de leur projet agricole ? Quelle place est accordée au végétarisme ou au véganisme dans leur pensée politique ? L’analyse des registres symboliques qui entourent l’entretien du paysage, du végétal, de l’animal permettra d’en apprendre davantage sur les courants philosophiques portés par ces acteurs.

3) A ce titre, nous cherchons aussi à appréhender la critique sociale et le travail idéologique qui sont développés au sein de ces collectifs. Quelles sont les thématiques politiques le plus souvent abordées par les acteurs ? Comment se manifeste leur volonté de transformation sociale ? Dans quelle mesure celle-ci s’inscrit-elle dans la continuité d’une pensée politique historique ? Mobilisent-ils des stratégies d’action innovantes ? Quels sont les canaux de socialisation, de formation et de sensibilisation préconisés ? De nombreux auteurs ont par ailleurs témoigné d’un abandon des temporalités optimistes révolutionnaires au profit d’une perspective dystopique et présentiste (Dubar 2011 ; Leccardi 2011 ; Foessel 2012 ; Diaz 2017 ; Dupuy 2002 ; Chateauraynaud 2013). Qu’en est-il des temporalités véhiculées dans leurs ambitions contestataires ? Comment les individus qui investissent ces collectifs envisagent-ils le passé, le présent et l’avenir ?

4) Enfin, nous nous pencherons sur les modes d’organisation et de prise de décision internes. Ces initiatives d’investissement politique des campagnes sont parfois le théâtre d’expérimentation de modes de gouvernance participatifs (Sallustio 2019). De quelle façon les acteurs interrogent-ils les rapports de pouvoir et que mettent-ils en place pour les dépasser ? Quelle place est accordée aux rapports de genre dans l’organisation collective ? Il nous importera aussi de savoir quel est le rapport entretenu par les acteurs avec les structures étatiques et la démocratie représentative. Ces collectifs continuent-ils d’entretenir des relations avec des institutions ou organisations officielles ? Si oui, quelles en sont les modalités d’organisation et les points de friction ?

Ce numéro s’inscrit dans une démarche multidisciplinaire. Il est ouvert à des contributions anthropologiques, historiques, sociologiques ou de sciences politiques. Les matériaux ethnographiques, les extraits d’entretiens et le travail photographique / iconographique sont bienvenus, de même que les réflexions sur la méthodologie adoptée sur le terrain.

Modalités de soumission

Les propositions d’articles, en français ou en anglais britannique (un titre et un résumé de 500 mots + 5-6 mots-clés), sont à envoyer avant le 30 octobre 2020 au secrétariat de la Revue civilisations chez ulb.ac.be

Consignes aux auteurs


0 | 15 | 30 | 45