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Titre
« Frapper le fer. L’art des forgerons africains »
Date
Du 19 novembre 2019 au 29 mars 2020
Descriptif

« À travers près de 230 œuvres exceptionnelles, l’exposition dévoile la technicité complexe et riche de l’une des traditions de fer forgé les plus sophistiquées au monde. Panorama inédit des créations de ces maîtres du feu depuis plus de 2500 ans.
Peu d’endroits dans le monde ont un rapport aussi puissant avec le fer que l’Afrique subsaharienne. Depuis plus de deux millénaires, le travail de l’un des matériaux les plus fondamentaux de la planète a révolutionné le continent et façonné en profondeur ses communautés et cultures, des champs aux foyers, des terrains de bataille aux lieux religieux. Sous le marteau du forgeron africain, maître du feu et virtuose de la transformation, le métal a été fondu, forgé, martelé puis métamorphosé en objets, et parfois investis d’un pouvoir social et spirituel, avec une sensibilité artistique impressionnante.

Orchestrée par l’artiste et forgeron américain Tom Joyce et les membres du comité scientifique, l’exposition « Frapper le fer, l’art des forgerons africains » déploie une diversité de formes et de traditions autour du fer dans différentes régions du continent subsaharien. Près de 230 pièces réalisées entre le 17e siècle et l’époque contemporaine, allant de la sculpture en bois à une myriade de formes de monnaies, instruments de musique, armes, objets de prestige, témoignent du talent et des prouesses techniques des forgerons d’Afrique, personnages autant vénérés que craints. Un ensemble unique d’œuvres, de collections publiques et privées, originaires de plus de quinze pays parmi lesquels le Nigeria, le Mali, le Bénin ou la République démocratique du Congo, est réuni au musée du quai Branly - Jacques Chirac pour l’une des présentations les plus complètes jamais réalisées. »

Exposition organisée par le Fowler Museum at UCLA, Los Angeles, grâce aux contributions majeures du National Endowment for the Humanities et du National Endowment for the Arts. L’exposition a également reçu le soutien du Martha and Avrum Bluming Exhibition Fund.


Titre
« XVIIIe Méga-Tchad : Les Temps des changements. Ruptures et continuité dans le bassin du Lac Tchad » — N’Djamena, Tchad
Date
Du 29 au 31 janvier 2020
Descriptif

« Le XVIIIe colloque Méga-Tchad cherchera à replacer les dynamiques en cours dans le bassin du lac Tchad (Tchad, Niger, Nigeria, Cameroun, Centrafrique, périphéries soudanaises, libyennes, algériennes) dans une perspective historique à même d’appréhender les situations de rupture ou de continuité par rapport à des dynamiques anciennes.

Programme

En ce début du XXIe siècle, le bassin du lac Tchad est confronté à l’enchâssement de changements à long et court termes, dont les effets se cumulent dans les territoires : le changement climatique modifie durablement le fonctionnement des écosystèmes, la forte croissance démographique accentue la pression sur les ressources, la montée des insécurités provoque des déplacements majeurs de population qui bouleversent la fonction des territoires et les modalités d’accès aux ressources naturelles. S’ajoute une crise économique et financière liée aux fluctuations des prix des matières premières sur les marchés internationaux et au manque de diversification des économies, qui fragilise les fondements économiques et politiques des États et engendre, à l’échelle locale, un processus intense de redéfinitions identitaires et sociales. Comment caractériser et interpréter ces dynamiques contemporaines ? La situation actuelle marque-t-elle une rupture profonde dans une trajectoire historique marquée par des crises récurrentes ? Tend-elle vers des ajustements et un nouvel équilibre d’un système régional résilient ? Faisant écho à des questionnements relevant de l’histoire institutionnelle ou de la sociologie historique sur les temporalités du changement (Mahoney, 2000 ; Capoccia, Kelemen, 2009), le colloque Méga-Tchad, fidèle à la tradition pluridisciplinaire du réseau, explorera la question du sens et de la temporalité des changements à travers une grande diversité d’approches et d’objets. »


Titre
« L’art et le musée face à la question (dé)coloniale » — FMSH, Paris
Date
Mercredi 29 janvier 2020
Descriptif

En partenariat avec les enseignants et les artistes du Campus Caraïbéen des Arts de Martinique (CCA), école supérieure d’enseignement artistique fondée en 1984 sous l’impulsion d’Aimé Césaire, le groupe Mondes Caraïbes et Transatlantiques en mouvement (MCTM) propose de mener une réflexion critique sur « Art, musée et (dé)colonisation ».

Pour les sociétés issues de la traite européenne des Africain(e)s, le fait colonial est ontologique : penser le processus de (dé)colonisation revient à questionner le socle constitutif des identités humaines. En ce sens, envisager la domination qui pèse sur la production artistique en tant qu’expression de ces identités ontologiques, c’est nécessairement s’adresser aux outils et aux technologies qui la dotent d’efficacité. Si le « marché de l’art » et ses différents acteurs nous paraissent être « la place forte » de la construction d’un ordre artistique hégémonique s’adressant à l’ordre social, nous souhaitons non seulement discuter de la pertinence d’une telle assertion, mais aborder les marges et les négociations que les artistes inventent pour contrer, et « résister » à de tels processus. En ce sens, « la décolonisation » de mise aujourd’hui mérite d’être pensée à la lumière des strates successives qui ont contribué à l’émergence d’une « tradition » critique, hybride et mouvante innervée par le souci permanent de s’extraire des assignations d’un ordre arbitraire. La dynamique de recherche et création impulsée par le Campus Caraïbéen des Arts (CCA) se situe au carrefour des Sciences Humaines et de l’Art contemporain lorsqu’elle prend en compte le corps et le territoire comme « objectivement organisés et culturellement inventés ». Cette invention culturelle ainsi que sa réinvention impulsent le geste et les spéculations conceptuelles et plastiques des étudiants du CCA, invités ici à penser trois objets de recherche et création porteurs du sens de la confrontation à l’ordre colonial : le Drapeau, la Carte, le Patronyme.

Programme

- 9h30 Accueil
- 9h45 Introduction à la journée d’études | Christine Chivallon (CNRS-MCTM)
- 10h15 Retours à l’Afrique du point de vue des artistes : enjeux et perspectives critiques | Androula Michael, historienne de l’art, Université de Picardie Jules Verne
- 10h40 Conversation entre Jean-François Boclé (artiste plasticien, Martinique-Paris) et Androula Michael (Univ. Picardie) à propos de l’exposition « Retours à l’Afrique ».
- 11h15 Jean-Bernard Ouédraogo, sociologue, LAIOS, CNRS-EHESS
- 12h ​Discussion générale
- 12h30 Visite de l’exposition Hallucinose (L’histoire commence ici)
- 14h30 Nommer autrement, performer le réel : de la décolonisation du savoir par l’art | Paola Lavra, anthropologue, CCA, Martinique,
- 15h15 Au nom du père. Figures paternelles, figures masculines décomposées | Bruno Pédurand, artiste plasticien, CCA, Martinique
- 16h15 Interventions de Lucie Bouche et Jordan Éliazord, étudiants du Campus des Arts, Martinique
- 17h Discussion générale avec l’ensemble des intervenants

Parallèlement à cette journée d’étude, la FMSH accueillera l’exposition Hallucinose (L’histoire commence ici) des artistes du Campus Caraïbéen des arts du 27 au 31 janvier.

Cette journée est précédée par une rencontre autour de "Art et mémoire du racisme et de l’esclavage" au Columbia Global Center.


Titre
Iris Seri-Hersch (IREMAM, univ. Aix-Marseille), « Des savoirs et des pratiques pédagogiques coproduits ? Retour sur un problème classique de la « situation coloniale » à partir du Soudan nilotique » — FMSH, Paris
Date
Mercredi 29 janvier 2020, 14 h-16 h
Titre
« On the edge of the Anthropocene : crossing borders in southern African environmental history », Special Issue of the South African Historical Journal, 2020 — FMSH, Paris
Date
Vendredi 31 janvier 2020
Descriptif

« Environmental histories have long shaped the world of humans and other animals, and our shared and shifting environments. Our history is written on the landscapes – in ecosystems, climates and microclimates – and the past is borne by the creatures that inhabit them. They reflect overlapping histories of human mobility and settlement, accommodation and invasion, globalization and parochialism, colonialism and postcolonialism. Southern scholars still need to interrogate the Anthropocene (itself a contested term) as an era, as a discourse, as a political moment and, perhaps especially, as an historical process. Much of the conversation about the Anthropocene has centred upon anthropogenic climate change, especially global warming, and the concomitant burning demands of political mobilisation. To date, very little analysis has come from a socio-environmental or environmental history perspective. Moreover, much of the scholarship that has emerged has come from and centred on the global north. But, understanding our contemporary moment and the impact of human activity upon our planet requires a longer view and a wider focus. This special issue will engage critically with the very idea of the ‘Anthropocene’ and examine it over the short term and longue durée, acknowledging that the “environment” is itself a contested idea with a history of its own. Thus, this special issue wants to cross borders : geographic, temporal and disciplinary. So the SAHJ calls for papers adopting a fresh approach to understanding the Anthropocene from the perspective of the global south and more specifically from the perspective of southern African environmental history. »

We are looking for papers that engage with the following themes, but are also open to other ideas :
- How histories of the southern African environment can impact on current policy in the Anthropocene.
- Historical human-animal studies, including historical analyses of animals and indigeneity
- Vernacular approaches to environmental history
- Environmental histories of migration and immigration ; dislocation and diaspora
- Comparative case studies between southern Africa history and other contexts
- The politics of periodisation in southern African environmental history
- Decolonizing the Anthropocene and environmental history from the global south
- Beyond “environmental agency” : new paradigms of analysis

CONTACT PROF SANDRA SWART [->SSS chez SUN.AC.ZA}


Titre
« Sur les traces des animaux de rente / Auf den Spuren des Nutztiers », Revue Traverse, 2021, 2 — FMSH, Paris
Date
Vendredi 31 janvier 2020
Descriptif

Ce projet de dossier thématique entend approfondir la question des animaux de rente et de leur signification historique.

Texte Appel

Les incendies de forêt de l’été 2019 en Amazonie renvoient directement à notre consommation de viande. En effet, les défrichements par le feu sont réalisés pour créer de l’espace pour les troupeaux de bovins et la culture du soja, utilisé notamment comme fourrage pour les porcs et les poules en Europe. La recherche historique s’est pourtant peu intéressée à de tels rapprochements.

Si les recherches en histoire rurale ou environnementale montrent bien comment la production animale influe sur les espaces naturels, les traces laissées par les animaux de rente dans les domaines de la vie quotidienne ou du travail ne sont que peu explorées, à l’exception de l’attrait pour la production de lait ou de viande. Ce projet de dossier thématique entend approfondir la question des animaux de rente et de leur signification historique. Nous considérons ceux-ci comme les animaux qui sont élevés, utilisés et exploités par les sociétés humaines à des fins d’alimentation, de travail ou de mobilité et dont les organes ou les produits constituent des « ressources » pour l’habillement, l’artisanat, les articles ménagers, la médecine, la recherche ou la (proto-)industrie. En Europe, cela concerne notamment, outre les espèces animales déjà mentionnées, les porcins, les ovins, les caprins (chèvres) ou les équidés (chevaux et ânes), mais aussi les poissons d’élevage, les abeilles ou les rats de laboratoire. La garde, l’alimentation, l’élevage, l’abattage tout comme l’exploitation souvent multiforme de ces animaux les distinguent des animaux sauvages ou de compagnie. Mais les frontières entre ces différentes catégories restent poreuses, comme le montre l’exemple des chiens de ferme et des chiens de chasse. De plus, les chevaux de trait ou les vaches sont perçus socialement non seulement comme des « marchandises sensibles » (sentient commodity, Wilkie 2007) mais aussi comme des « espèces de compagnie » (companion species, Haraway 2003).

Les contributions pourront ainsi historiciser ces espaces de négociation, conceptualiser les zones de tension entre la production animale industrielle et les rapports de proximité affective et analyser quels sont les catégories, ressources ou services qui sont à chaque fois déterminants. Au-delà de ces perspectives, l’intérêt portera aussi sur la discussion concernant l’animate history (Krüger/Steinbrecher/Winkelmann 2014) à partir de cas empiriques : peut-on prendre en compte une agency des animaux de rente dans leurs liens avec les êtres humains, les structures et les appareils ? Un autre point d’accroche critique pourrait être donné par une confrontation avec les animal sciences. Les contributions – en français, allemand ou italien – pourront traiter de l’histoire des animaux de rente d’un point de vue social, économique, rural, culturel, environnemental, technique, scientifique ou médical, mais aussi dans une perspective de genre ou de vie quotidienne. Elles peuvent porter sur toutes les périodes historiques et aller au-delà de l’espace suisse ou européen.

Modalités de soumission

Ce cahier thématique constituera le numéro 2/2021 de la revue traverse et les contributions seront soumises à une procédure d’évaluation par les pairs en « double aveugle ». Les personnes intéressées sont invitées à adresser un résumé d’environ 400 mots, incluant des références bibliographiques et un (bref) CV jusqu’au 31 janvier 2020 à Gisela Hürlimann huerlimann chez history.gess.ethz.ch, Isabelle Schürch isabelle.schuerch chez hist.unibe.ch, Sarah-Maria Schober sarah.schober chez uzh.ch ou Alexandre Elsig alexandre.elsig chez unil.ch

Coordination
- Gisela Hürlimann (huerlimann chez history.gess.ethz.ch),
- Isabelle Schürch (isabelle.schuerch chez hist.unibe.ch),
- Sarah-Maria Schober (sarah.schober chez uzh.ch)
- Alexandre Elsig (alexandre.elsig chez unil.ch)


Titre
« Chiffrer pour déchiffrer les empires et dominer le monde : les statistiques coloniales des anciens empires aux 19 et 20e siècles » — FMSH, Paris
Date
Vendredi 31 janvier 2020
Descriptif

Journée d’étude organisée par :
Académie royale des Sciences d’Outre-Mer de Belgique, Institut de la gestion publique et du développement économique (IGPDE), Société française de statistique (groupe histoire)
- Emmanuelle Sibeud, Université Paris 8, IDHE.S UMR CNRS 8533
- Béatrice Touchelay, Université de Lille, IRHiS UMR CNRS 8529

« Les interprétations des effets de la domination coloniale au XIXe et au XXe siècle fondées sur les statistiques coloniales et les recherches qui interrogent les interactions entre les institutions internationales, les empires coloniaux et les populations colonisées, suscitent un intérêt renouvelé pour la production statistique impériale. Celle-ci reste pourtant mal connue.
Le premier objectif de cette journée est d’approfondir la réflexion et les connaissances sur les liens entre les statistiques produites en situation coloniale et à l’échelle impériale et la domination à partir de questions concrètes et d’études précisément situées. Quelles sont les pratiques statistiques des empires coloniaux du XIXe et du XXe siècle ? Comment ceux-ci forment-ils leurs statisticiens ? Qui participe à la collecte des données et quels sont les objets de prédilection de celle-ci ? De quelle(s) manière(s) cette production statistique construit-elle du lien ou, à l’inverse, marginalise-t-elle et exclue-t-elle certains groupes ? Quel(s) rôle(s) joue-elle dans les territoires colonisés ? Quelle est la contribution de ces pratiques impériales à la généralisation des statistiques à l’échelle du monde depuis deux siècles ?
La discussion s’appuiera sur la présentation de recherches inédites analysant le rôle joué par les statistiques coloniales à différents moments (conquête des territoires, transformations des rapports de domination, mobilisation des populations et des ressources au moment des guerres, des crises, politiques de coopération) et interrogeant de façon critique leur capacité à influencer, sinon à guider les décisions. Les communications pourront être proposées en français ou en anglais. Une publication de cette première journée est envisagée sous forme de dossier dans une revue.
L’atelier est ouvert à toute proposition contribuant à mieux appréhender le rôle des statistiques comme outil de connaissance, de gouvernement et de domination et à expliquer comment les statistiques ont été imposées parmi les critères essentiels de la hiérarchie des nations et en quoi elles influencent leur développement.

De façon pragmatique, cette journée voudrait :

- dresser un premier état des connaissances disponibles sur la fabrication, les usages et les effets des statistiques, sur leur contribution à la formation, puis aux transformations des empires ;
- examiner quelles sont les sources disponibles et celles qu’il faudrait mobiliser pour développer les recherches sur les pratiques et les usages statistiques dans les empires coloniaux ;
- suggérer, et autant que possible tester, des approches permettant de croiser le point de vue des dominants, des dominés et des organisations internationales de façon à analyser ce que les statistiques nous apprennent des modes de gouvernements des territoires colonisés."

Les propositions de communication sont à envoyer avant le 1er février 2020 à beatrice.touchelay chez univ-lille.fr

Elles doivent contenir : le titre de la communication et un résumé d’une vingtaine de lignes, un bref CV de l’auteur.e (1 page). Les frais de transports et de séjour à Paris seront à la charge des intervenant.es, une aide pourra cependant être proposée à ceux ou celles qui ne disposent pas d’un soutien institutionnel.


Titre
« Les Frontières et au-delà »/« Borders and Beyond Queen’s » — FMSH, Paris
Date
Vendredi 31 janvier 2020, 00 h
Descriptif

Colloque organisé par l’Association irlandaise d’études canadiennes (20e colloque biennial)

Please address any general queries to Dr Niall Majury, ACSI Council Member / 2020 Conference Organiser n.majury chez qub.ac.uk
or Mr John Maher, ACSI President jmaher chez wit.ie

We welcome submissions in French or English and the deadline for proposals is Friday 31st January, 2020.


Titre
Cameroun-Togo : une histoire commune, une trajectoire différente, 2021 — FMSH, Paris
Date
Vendredi 31 janvier 2020
Descriptif

Le Cameroun et le Togo ont une histoire coloniale commune mais une trajectoire différente. Depuis juillet 1885, ces deux territoires sous protectorat allemand sont entrés dans le système colonial et ont subi le sort réservé aux colonies allemandes à l’issue de la première guerre mondiale. Le devenir de ces deux territoires y compris celui de leurs populations respectives sous administration française (mandat de la SDN et tutelle de l’ONU) va tracer le chemin d’une autre histoire jusqu’aux indépendances en 1960. L’objectif de ce projet est de revisiter l’histoire en s’appuyant sur ce qui a été déjà fait afin de mettre au jour les histoires cachées, oubliées et méconnues de ces deux pays. En fait, il s’agit de mettre en avant l’histoire des regards croisées, l’histoire vue d’en-bas, l’histoire au ras du sol. Il s’agit aussi de montrer la réflexion sur les convergences, divergences et les évolutions historiques du Cameroun et du Togo.

L’année 2019 marque le centenaire de la signature du Traité de Versailles (28 juin 2019) qui marque la fin officielle de la Première guerre mondiale. Les Alliés, vainqueurs de cette guerre ont imposé leurs volontés aux vaincus à savoir l’Allemagne et ses alliés. L’une des conséquences de ce traité est la dépossession des colonies allemandes de par le monde au profit de la France et de la Grande Bretagne dans le cadre du mandat de la SDN. Les colonies allemandes du Cameroun et du Togo ont subi le sort de ce partage et se sont retrouvées sous administration française et britannique à partir de 1922. En visitant l’histoire, ces deux territoires sont devenus protectorats allemands à la même époque en juillet 1884[1]. Pour le Cameroun et le Togo, l’histoire coloniale a bien commencé en 1884 et tout porte à croire que ces deux pays ont eu une histoire commune au vu des évènements qui se sont passés. Le sort de ces deux territoires est scellé par le système du mandat entériné en 1922 et plus tard par la tutelle démarrée au lendemain de la Seconde guerre mondiale.

Le système institutionnel imposé par la communauté internationale a modifié le paysage des ces territoires et le futur des populations qui y vivent. Si le système du mandat jugeait les peuples autochtones incapables de se prendre en charge, celui de la tutelle avait pour but de les emmener à une certaine autonomie tout en restant dans la sphère de la puissance colonisatrice. Cela sous-entend que la puissance colonisatrice serait la seule entité en concertation avec la communauté internationale habilitée à octroyer une indépendance à ces territoires. Mais au vu des connaissances historiques et suite aux différents travaux de recherches sur l’histoire coloniale, l’indépendance acquise par ces deux territoires n’a pas respecté la « feuille de route » proposée par les puissances coloniales et l’ONU. Un sentiment anticolonial a émergé sous l’impulsion des élites nationalistes locales qui ont montré des désirs d’auto-détermination et d’indépendance. Contrairement aux autres colonies françaises, la marche vers l’indépendance a été particulière et âpre au Cameroun et au Togo. Les élites locales ont fait preuve d’un nationalisme qui a montré une résistance au pouvoir colonial.

L’histoire de la décolonisation dans ces deux anciennes colonies allemandes n’est pas la même car les approches et trajectoires diffèrent d’un territoire à l’autre. Au Cameroun, cette période est marquée par une lutte armée entre les partisans d’une indépendance sans conditions sous la houlette de l’Union des peuples du Cameroun (UPC) et ses alliés. Au Togo, la décolonisation a été marquée par une lutte politique non armée mais assez tendue entre les nationalistes du Comité de l’unité togolaise (CUT) et leurs adversaires du Parti togolais du progrès (PTP) soutenus par l’administration française. En 1960, ces deux territoires sont devenus indépendants mais pas de la même façon. Les nationalistes togolais ont obtenu l’indépendance à travers des élections législatives d’avril 1958 sous la supervision des Nations-Unies. La France était obligée de reconnaitre cette victoire et d’ouvrir le chemin qui mène à l’indépendance. Au Cameroun, en parallèle à la lutte armée, l’indépendance a été négociée entre la France et les élites politiques locales pro-françaises.

L’objectif de ce présent projet est d’écrire un ouvrage collectif dans une approche comparative tout en mettant en avant la transdisciplinarité. Il ne s’agit pas de réécrire l’histoire, mais de la revisiter en s’appuyant sur ce qui a été déjà fait afin de mettre au jour les histoires cachées, oubliées et méconnues de ces deux pays. En fait, il s’agit de mettre en avant l’histoire des regards croisées, l’histoire vue d’en- bas, l’histoire au ras du sol. Un autre objectif est de montrer la réflexion sur les convergences, divergences et les évolutions historiques du Cameroun et du Togo.

[1] 5 juillet 1884 pour le Togo et le 12 juillet 1884 pour le Cameroun.

Conditions de soumission

Les départements d’histoire et archéologie des Universités du Togo et du Cameroun, en collaboration avec les départements frères des lettres, sciences humaines et sociales lancent un appel à proposition d’articles pour la réalisation d’un ouvrage collectif sur l’histoire comparée du Cameroun et du Togo.
Les propositions doivent s’inscrire dans l’un des axes de recherches suivant :
- Le contexte historique qui précède la signature des protectorats au Cameroun et au Togo
- La constitution des territoires du Cameroun et du Togo et la période coloniale allemande (1884-1914)
- La défaite allemande et la période franco-britannique au Cameroun et au Togo (1914-1920)
- Le mandat et la tutelle de la France au Cameroun et au Togo (institutions, société coloniale, regards croisés)
- La marche vers l’indépendance au Cameroun et au Togo : convergences et divergences (le regard de la communauté internationale, le rôle des élites locales, la nature et l’évolution du nationalisme camerounais et togolais)

Les chercheurs et spécialistes intéressés par ce projet sont invités à envoyer leurs résumés d’articles (300 mots et maximum cinq mots clés) accompagnés de leurs noms et prénoms, une adresse électronique et leurs institutions d’attaches à camerountogo chez yahoo.com

Calendrier
- 31 janvier 2020 : date limite de réception des résumés d’articles
- 28 février 2020 : acceptation des résumés
- 15 mai 2020 : réception des articles

La publication de l’ouvrage est fixée au dernier trimestre de l’année 2020.

Comité scientifique

ASSIMA-KPATCHA Essoham, département d’histoire, Université de Lomé (Togo)
ABWA Daniel, département d’histoire, Université de Yaoundé 1 (Cameroun)
EFOUA Samuel, département d’histoire, Université de Yaoundé 1(Cameroun)
GOEH-AKUE N’Buéké Adovi Michel, département d’histoire, Université de Lomé (Togo)
KOUFAN MENKENE Jean, département d’histoire, Université de Yaoundé 1 (Cameroun)
ETOU Komla, Maître de conférences, département d’histoire, Université de Lomé (Togo)
KOUZAN Komlan, Maître de conférences, département d’histoire, Université de Kara (Togo)
KOUOSSEU Jules, Maître de conférences, département d’histoire, Université de Dschang (Cameroun)
MOKAM David, Maître de conférences, département d’histoire, Université de Nagoundere (Cameroun)
OUBA Abdoul Bagui, Maître de conférences, département d’histoire, Université de Ngaoundere (Cameroun)
TSIGBE Koffi N. Joseph, Maître de conférences, département d’histoire, Université de Lomé (Togo)

Secrétariat

Alvine H. Assembe Ndi, Université de Yaoundé 1
Meirama Garba Moussa, Selçuk Universitesi
Setodzi Edoh, Université de Lomé
Halourou Maman, Université de Lomé

Coordination scientifique

Dr. Têtê Jean-Philippe Gunn, ESBIA (Le Mans), filgunn chez gmail.com


Titre
« Supernature - popular culture workshop » — FMSH, Paris
Date
Vendredi 31 janvier 2020
Descriptif

Atelier organisé par Danièle André et Christophe Becker - La Rochelle Université & Université Paris 8 – CRHIA, dans le cadre du Congrès annuel de l’AFEA (Association Française d’Etudes Nord-Américaines)

« La nature telle que la découvrirent les colons européens en mettant, pour la première fois, le pied sur le sol américain, a immédiatement posé question. En effet, jusqu’à la fin du XVe siècle, les herbiers sont recopiés à partir d’originaux grecs et latins, et ce, sans modification. Leurs illustrations sont habituellement de mauvaise qualité, et peu de savants osent signaler qu’il existe des plantes qui ne sont pas répertoriées par Dioscoride, médecin des armées de Néron. L’idée la plus répandue est alors que la flore, créée par Dieu, est présente de la même manière dans toutes les régions du monde. Les savants identifient les plantes à l’aide de simples listes alphabétiques qui recensent un grand nombre d’espèces connues, mais sont, de toute évidence, incomplètes. Les espèces endémiques à l’Amérique, y compris la faune, posent dès lors problème, puisqu’elles signalent que la croyance en vigueur est manifestement fausse. La pie à bec jaune, le tamia ou encore l’American paddlefish, aussi inoffensifs soient-ils, et de par leur simple présence, remettent en question tout un pan jusqu’ici inébranlable de la doxa religieuse.

Ce premier constat indique que les sciences naturelles ont un fond idéologique, et non plus seulement scientifique, biologique. Aujourd’hui encore, la nature ne peut se départir de tractations politiques et économiques. L’administration Trump a ainsi aidé à défaire les lois sensées protéger la biodiversité – assouplissement de l’Endangered Species Act de 1973 ; révocation de la dérogation de la Californie sur les normes de pollution automobile – et continue à nier la question du réchauffement climatique en dépit de la multiplication des rapports alarmistes du GIEC ou de la NASA.

En refusant d’entendre la parole scientifique et en tentant de décrédibiliser le discours écologiste volontiers tronqué ou caricaturé, l’Humanité, l’Amérique en tête, pose nettement la question d’une planète où l’être humain n’aurait plus sa place et serait, finalement, condamné à disparaître comme tant d’autres espèces avant lui. Une autre histoire nous attend donc. Après l’anthropocène et le triomphe du génie industriel, une période où la faune et la flore, débarrassées de leur principal adversaire, pourrait de nouveau croître, augmenter, et évoluer vers de nouvelles formes par le biais de facteurs endogènes ou exogènes.

Loin d’une fin du monde annoncée, cette période post-historique, par définition post-humaine, amène de nombreux auteurs à s’interroger sur la place de l’Homme sur notre planète. Margaret Atwood, par exemple, qui imagine un monde où les organismes génétiquement modifiés règnent sur une terre débarrassée de la quasi-totalité des individus – la trilogie Oryx and Crake (2009 – 2013) –, Jeff VanderMeer qui s’inspire de son périple au St. Marks National Wildlife Refuge en Floride pour échafauder une « Area X » dont l’écosystème est une énigme impossible à déchiffrer pour les naturalistes – la trilogie Southern Reach (2014) »

Plusieurs questions se posent dorénavant :
- Peut-il exister une civilisation sans l’Homme ?
- Quel rapport entretient la post-nature avec la notion d’apocalypse (ἀποκάλυψις), concomitamment destruction et révélation ? (The Genocides de Thomas M. Disch, 1965).
- Quelle forme prendra la biodiversité de demain ? (Mother of Storms de John Barnes, 1994 ; le comic book Trees de Warren Ellis 2014/6).
- Que dit la post-nature de notre incapacité à comprendre notre propre environnement ? (Le comic book Oblivion Song de Robert Kirkman 2018/9).
- Quelle place laisse la post-nature à l’Humanité ? Le surclassement de l’Homme par la nature doit-il forcer ce dernier à évoluer vers une forme finalement adaptée à la nouvelle écologie, ou le laisser dévoluer ? (The Sheep Look Up, John Brunner, 1972). Quelle peut être la réaction de l’Humanité face à l’apparition de nouvelles espèces, et au signalement de son propre déclin ?
- Quel rôle la culture populaire a-t-elle dans notre relation à la nature et à la post-nature ? Pour Selin Kesebir et Pelin Kesebir depuis les années 1950 la nature est beaucoup moins présente dans les œuvres de la culture populaire (films, chansons, fictions, etc.), ce qui montre et renforce la rupture entre l’être humain et son environnement naturel. Par ailleurs, certains chercheurs (telle Lauren Holt) s’intéressent aux spécimens considérés comme post-naturels, comme on peut les voir à The Center for PostNatural History, et des artistes, tels que Vincent Fournier, imaginent d’autres créatures post-naturelles (White Fennec, Rain Bird, etc.).

Ancré dans une perspective transdisciplinaire, l’atelier est ouvert à toutes les approches qui permettront d’interroger les enjeux inhérents au thème proposé.

Modalités de contributions

Les interventions peuvent se faire indifféremment en français ou en anglais, avec une préférence pour l’anglais quand cela est possible. Les propositions pourront mettre en avant conjointement différents champs d’études, de cadres théoriques et d’approches.

Les propositions (entre 300 à 500 mots environ) et une courte biographie sont à envoyer conjointement à Christophe Becker fcaranetti@yahoo et Danièle André daniele.andre chez univ-lr.fr pour le 31 janvier 2020 au plus tard

Communications sur l’Amérique du Nord exclusivement, et en français ou en anglais

NB : pour présenter une communication, il faut être membre de l’AFEA (environ 60 euros d’inscription) et payer son inscription au congrès (aussi autour de 60 euros).


Titre
Congo Tales, Random House, Prestel, 2018 — FMSH, Paris
Date
Samedi 1er février 2020, 15 h-17 h
Descriptif

Rencontre, projection et concert acoustique autour du livre Congo Tales, Random House, Prestel, 2018 : photos de Congolais du district de Mbomo mettant en scène leurs mythologies dans le parc national d’Odzala Kokoua.

« Connu des scientifiques comme le deuxième poumon du monde, le bassin du Congo est l’autre Amazonie de la planète. Malheureusement, le grand public n’a pas encore pleinement conscience du rôle, à l’échelle globale, de cet acteur majeur de l’environnement.
Congo Tales, premier opus du projet Tales of Us, a pour but d’aider à résoudre ce problème. Les auteurs ont passé 5 ans à travailler avec les populations du district de Mbomo pour enregistrer contes et mythes, et révéler ainsi la richesse des identités culturelles du bassin du Congo. Le livre Congo Tales unit les deux objectifs, à travers des scènes et des portraits cinématographiques d’histoires issues de l’ensemble de la république du Congo, réalisés par le photographe Pieter Henket en studio ou sous le couvert monumental de la “Reine forêt" tropicale. Son art onirique est au service de légendes et de traditions orales dont S.R. Kovo N’Sondé a effectué des adaptations originales. Eva Vonk, productrice trans-media et coordinatrice du projet, en est aussi l’initiatrice. »

Avec Steve-Régis Kovo N’Sondé, musicien, docteur en philosophie de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et diplômé du centre d’études africaines de l’EHESS (École des Hautes Études en Sciences Sociales). Depuis 2012, S.R. Kovo N’Sondé est chercheur associé aux activités du C.I.R.E.C.K (Centre International de Recherche-Éducation sur la Civilisation Koongo) basé à Brazzaville, rép. du Congo


Titre
Robert Gildea, L’esprit impérial. Passé colonial et politiques contemporaines, Passés composés, 2020 — FMSH, Paris
Date
Mercredi 5 février 2020
Descriptif

« Les empires du futur seront des empires de l’esprit », déclarait Churchill en 1943, imaginant des empires universels vivant dans une harmonie pacifique. En lieu et place, Robert Gildea expose les réalités brutales de la décolonisation et du néo-colonialisme qui ont façonné le monde de l’après-guerre. Plus particulièrement, il montre, avec une érudition communicative et une finesse d’analyse exceptionnelle, sans peur des polémiques, qu’après les espoirs soulevés par la décolonisation française et britannique dans les années 1960, les chaînes du pouvoir économique et militaire sont en réalité très souvent restées entre les mains des anciennes puissances coloniales. Et paradoxalement, plus les empires français et britannique déclinaient, plus se développaient des fantasmes sur les empires, jusqu’à légitimer des interventions en Afghanistan, en Irak et en Syrie. Ces agressions, tout comme la mise en place parallèle des hiérarchies coloniales dans la société métropolitaine, a exclu, aliéné voire radicalisé tant les populations immigrées que locales. Entre-temps, en Angleterre, la nostalgie de l’empire a compromis les relations avec l’Europe et joué un rôle important dans le Brexit. »


Titre
« Eboussi Boulaga. Défaites et utopies », Politique africaine, 2020 — FMSH, Paris
Date
Mercredi 5 février 2020
Descriptif

Dossier coordonné par Nadia Yala Kisukidi (Université de Paris 8 / Ciph) et Achille Mbembe (University of the Witwatersrand)

Texte Appel

Fabien Eboussi Boulaga est un penseur camerounais, né en 1934, disparu en octobre 2018. Il laisse une œuvre importante, à la croisée des sciences politiques, de la philosophie, de la théologie. L’enjeu de ce dossier est de revenir sur cette œuvre, de l’examiner, de manière interne, certes, mais également de la relire à travers le renouveau des études sur l’Afrique, où le projet d’« écrire le monde depuis l’Afrique » (Nutall, Mbembe, Sarr) définit désormais les cadres d’un vaste projet épistémique global. Comment circuler dans l’œuvre de Boulaga ? Quelles sont les parentés intellectuelles que ses écrits réclament et révèlent ? De quelles situations africaines, coloniales et postcoloniales, cette œuvre propose-t-elle l’analyse ? Quels sont les outillages théoriques qu’elle produit ?

On serait tenté de rattacher l’œuvre de Boulaga au projet des écritures postcoloniales : La Crise du Muntu (1977) et plus tard Christianisme sans fétiche (1981) interrogent les effets de la colonisation sur la culture, les sociétés, les savoirs en Afrique. Au-delà de la similarité apparente des projets et des affirmations subjectives qu’ils revendiquent (les Suds reprennent la parole), une année seulement sépare les parutions de La crise du Muntu (1977) et de L’Orientalisme (1978) de Saïd, publiés une vingtaine d’années après les grandes luttes anticoloniales et la fin des Empires français et britanniques. L’œuvre de l’écrivain palestinien inaugure le courant des postcolonial studies. L’œuvre du penseur camerounais connaît un destin plus confidentiel dans les mondes africains et afro-diasporiques au vingtième siècle.

Toutefois, ce rapprochement a surtout une valeur heuristique ; il met en lumière les spécificités du projet de Boulaga, en ce qu’il se distingue des travaux qui composent la bibliothèque postcoloniale.

Si Edward Saïd, dans son livre de 1978, analyse l’orientalisme comme « un style occidental de domination, de restructuration et d’autorité sur l’Orient »[1] , l’attention de Boulaga ne porte pas sur les écritures conquérantes de l’Occident colonial et le grand récit de la modernité qui les soutient. Elle porte sur les écritures (littérature, philosophie …) et les pratiques (religion, résistances …) de celles et ceux que la colonisation a vaincus et qui tentent de parler, à nouveau, en leur nom propre. La formule consacrée de ce projet s’énonce comme suit dans La Crise du Muntu : « être par soi et pour soi-même, par et dans l’articulation de l’avoir et du faire, selon un ordre qui exclut la violence et l’arbitraire »[2].

L’objet de l’œuvre de Boulaga, c’est la défaite. Son sujet, c’est le vaincu, dont la genèse historique connecte les temporalités coloniales aux reconfigurations néo-coloniales du pouvoir en Afrique au XXe siècle. La crise du Muntu – crise de l’humain – désigne, subjectivement, la condition historique faite à l’homme et à la femme africaine dont l’univers de sens s’est effondré avec la colonisation ; objectivement, elle renvoie à une crise des humanités en Afrique : avec quelle langue, quel lexique, quelle grammaire, sortir de la défaite ? Comment vivre, ouvrir des chemins d’avenir, malgré l’irréparable ?

Cet irréparable, dans l’œuvre de Boulaga, ne vise pas uniquement les temps coloniaux, mais s’attache à décrire également les violences systémiques qui façonnent l’Afrique contemporaine. Dans l’ouvrage collectif Le génocide rwandais, qu’il co-dirige avec Alain Didier Olinga en 2006, de nombreux intellectuels africains reviennent sur le génocide contre les Tutsis du Rwanda. Dans l’article « Penser l’impensable »[3], Boulaga décrit le Rwanda comme une « métaphore ou une métonymie pour l’Afrique » qui exige d’être pensée par tous les intellectuels ayant « site dans [le] continent ». Cette histoire de la mort et de la violence, celle du génocide, constitue certes un « défi pour la pensée » mais ouvre un combat, la nécessité de déployer, comme une « audace », de nouveaux chemins d’utopie. Déployer une parole de vie, telle est précisément la tâche d’une pensée véritablement politique et engagée sur le continent.

Tout l’enjeu du travail de Boulaga, après la parution des deux grands livres Christianisme sans fétiche et La crise du Muntu, revenant sur la question coloniale, consistera ainsi à ausculter les lieux concrets du politique, où se joue l’avenir du continent africain. La politique camerounaise constitue l’objet de Lignes de résistance, recueil d’articles écrits entre 1991 et 1997 et publié en 1999 – où la ligne de résistance consiste à formuler avec netteté une seule et unique question : « Sommes-nous en voie de nous installer pour longtemps dans une société infra-humaine où règnent la funeste passion de l’enrichissement soudain, une joyeuse insouciance barbouillée de sang, de crasse, de stupre accompagnant la destruction de notre patrimoine d’humanité ? »[4] De la même manière, l’ouvrage Les conférences nationales. Une affaire à suivre, publié en 1993, constitue un témoignage précis des enjeux et des espérances démocratiques qui se sont réinventées en Afrique dans les années 90.

Dans ce dossier, il s’agira ainsi d’analyser la manière dont les schèmes de l’utopie et de la défaite s’entremêlent dans la pensée de Boulaga. Ils sont mobilisés pour penser la manière dont les legs culturel, politique et épistémique de la colonisation sont négociés en Afrique après les Indépendances. Mais plus encore, ils invitent à questionner d’autres moments politiques qui ont saisi le continent africain dans la deuxième moitié du XXe siècle. La nature des demandes populaires de démocratie reconnues, puis effacées, lors des grandes conférences nationales des années 90. L’écrasement des peuples par les oligarchies postcoloniales (Cameroun, Zaïre …). Le génocide contre les Tutsis du Rwanda comme ruine des devenirs utopiques du continent…

Loin de toute métaphysique du politique, la pensée de Boulaga se construit au croisement de réflexions « macropolitiques » et « micropolitiques ». Il faut entendre par l’idée de « macropolitique », une analyse des structures rationalisées du pouvoir telles que le système étatique et les modalités de son fonctionnement effectif, et par l’idée de « micropolitique », ouverte par les réflexions philosophiques postmarxistes (Foucault, Deleuze, Guattari), une analyse des dynamiques de la vie quotidienne, de leur productivité politique et sociale. Dans leur entrelacement, se joue la question des devenirs utopiques qui se dessinent dans l’Afrique postcoloniale de la fin du XXe et du début du XXIe siècle, sur fond d’une expérience première de la négativité et de la violence.

Contextes et enjeux du dossier

Ce dossier porte avec lui une date particulière. Fabien Eboussi Boulaga est mort au Cameroun, le 13 octobre 2018, il y a un an. Un des enjeux de ce numéro de Politique africaine est de lui rendre hommage en mettant en lumière les multiples aspects de sa pensée. Cet hommage ne prend pas la forme d’une collection de témoignages, de moments biographiques. Il veut réunir des textes qui engagent une discussion théorique avec les thèses d’un auteur dont la pensée reste encore trop méconnue. Il convoque ainsi spécialistes de la pensée de Boulaga de toutes disciplines (littérature, anthropologie, théologie, sciences politiques) et philosophes appartenant à des espaces géographiques et à des traditions théoriques différentes.

Par ailleurs, cette relecture de Boulaga s’inscrit dans un contexte théorique précis, marqué par l’effervescence des pensées africaines, afro-diasporiques, et même noires, de manière générale. Si les parentés entre les œuvres de Boulaga et de Mudimbe doivent encore être analysées et étudiées avec précision, on pourra noter qu’elles tracent toutes deux des voies théoriques qui s’écartent des orientations dessinées par plusieurs courants de la pensée contemporaine.

En se détachant du projet théorique d’une critique de la modernité et en insistant sur les formes sociopolitiques de la vie quotidienne et des institutions en Afrique, la pensée de Fabien Eboussi Boulaga se démarque des approches postcoloniales (Saïd, Bhabha, Spivak), dont elle ne partage pas nécessairement les mêmes généalogies intellectuelles. Elle s’écarte de certaines options du courant décolonial (Quijano, Mignolo) dont les visées, trop programmatiques, restent subjuguées par le face-à-face entre l’Europe et ses autres ou encore, par l’impératif d’une décolonisation épistémique piégée dans la « règle de l’aliénation » (Mudimbe).

Par ailleurs, l’articulation des schèmes de la défaite et de l’utopie met à l’épreuve la dialectique de la mort et de la vie, qui se trame dans le courant afropessimiste africain américain (Hartmann, Wilderson). Il s’agit de penser, chez Boulaga, des modes de subjectivation qui ne sont pas le produit, exclusif, du partage racial, de la ligne de couleur. Enfin, à rebours du courant afrocentrique (Asante, Mazama), la pensée de Boulaga récuse toute écriture de l’utopie reposant sur un projet de survalorisation raciale et culturelle, c’est-à-dire sur une oblitération pure et simple de la défaite.

Ce dossier vise à cerner, de manière inédite, les contours d’une voix théorique critique singulière, qui s’est déployée sur le continent africain, dans la deuxième moitié du XXe siècle. Montrer comment elle permet de dialoguer avec un ensemble de courants de la pensée contemporaine, tout en traçant de multiples pas de côté, dessinant des orientations théoriques et politiques renouvelées.

Modalités de contribution
Les contributions (en anglais ou en français) sont à envoyer à Nadia Yala Kisukidi kisukidiyala chez gmail.com et Achille Mbembeafropolis2070 chez gmail.com avant le 5 février 2020

Calendrier :
- 5 février 2020 : date limite d’envoi des propositions d’article (en français ou en anglais) à Nadia Yala Kisukidi (kisukidiyala chez gmail.com) et Achille Mbembe (afropolis2070 chez gmail.com).
- 10 février 2020 : notifications aux auteur·e·s de l’acceptation ou du refus de leur proposition.
- 10 juin 2020 : date limite d’envoi à la revue des articles rédigés (50 000 signes maximum).

Pour plus d’information sur le format des articles à soumettre, voir les consignes aux auteur·e·s.


Titre
« La guerre de 1870, conflit européen, conflit global » — Université de Strasbourg
Date
Du 6 au 8 février 2020
Titre
« Réseaux et appartenances » — Université de Strasbourg
Date
Jeudi 6 février 2020, 14 h-18 h
Descriptif

Atelier 4
- M’hamed Oualdi (Sciences Po, CHSP) Des Tunisiens dans la Toscane des années 1880. L’Italie comme terrain d’actions pour des sujets colonisés
- Sophie Hohmann (INALCO) – sous réserve – Les musulmans dans l’Arctique russe : trajectoires professionnelles et fragmentation des communautés
- Nadia Marzouki (CNRS, Sciences Po CERI) L’islam, une religion américiane


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