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« Christianismes amérindiens. Appropriation, autonomisation, diffusion »

Programme

Journée d’étude organisée par Élise Capredon, David Jabin et Cédric Yvinec

« Depuis une vingtaine d’années, de nombreux travaux ethnographiques ont été consacrés à l’appropriation du christianisme par les populations autochtones des Amériques. La plupart d’entre eux insistent néanmoins sur le caractère éphémère ou « inconstant » des adhésions chrétiennes amérindiennes. Or du Nunavut aux plaines du Gran Chaco, en passant par les Andes et l’Amazonie, de multiples groupes indigènes se revendiquent aujourd’hui chrétiens depuis plusieurs générations. Au cours des dernières décennies, ces groupes ont été particulièrement séduits par des mouvements d’origine protestante, génériquement qualifiés « d’évangéliques ». Sous l’influence de missionnaires rattachés à ce courant qui, à la différence de leurs homologues catholiques, promeuvent la formation de leaders religieux natifs, certains d’entre eux ne se sont pas seulement emparés du message chrétien mais ont aussi créé leurs Églises, au sein desquelles ils célèbrent des cultes et des cérémonies selon des modalités qui leurs sont propres. En d’autres termes, les Amérindiens ne se contentent plus de « s’approprier » une religion exogène mais produisent et diffusent à présent leurs propres modèles chrétiens, fondés sur des valeurs et des usages spécifiques.

L’objectif de cette journée d’étude est ainsi d’explorer, à partir de plusieurs études de cas, les pratiques et les représentations chrétiennes cultivées par les populations autochtones des Amériques. Plusieurs contributions porteront sur les basses terres de l’Amérique du Sud mais des travaux sur les Andes, la Mésoamérique ou l’Amérique du Nord pourront enrichir ce panorama. De la même façon, les réflexions historiques permettant de sonder la profondeur temporelle des phénomènes étudiés – notamment par la comparaison entre les pratiques des évangélistes du XXème siècle avec celles de leurs prédécesseurs catholiques et protestants depuis le XVIème siècle – seront les bienvenues.

Trois axes de réflexions :

1. Appropriation du christianisme et relations politiques avec les missionnaires

Le premier axe abordera le point de départ des mouvements chrétiens amérindiens : la rencontre entre des missionnaires et des groupes autochtones des Amériques. Il s’agira d’examiner les stratégies de contact et de conversion mises en œuvre par les premiers mais surtout la façon dont elles sont reçues par les seconds. La constitution d’une communauté de « croyants », statut qui se manifeste avant tout par l’observance d’un certain nombre d’interdits portant sur des pratiques centrales dans la socialité amérindienne (consommation d’alcool, de psychotropes, danse, chamanisme, polygamie, prohibitions et prescriptions alimentaires etc.), la réorganisation de l’espace social promue par les missionnaires (regroupement de villages autour d’églises, fourniture de moyens de transports), l’introduction de nouvelles hiérarchies en matière de savoir (depuis le simple apprentissage de la lecture jusqu’aux formations universitaires), le contrôle de nouveaux moyens thérapeutiques (antibiotiques, transports, prières) sont autant de phénomènes qui remodèlent les hiérarchies politiques et offrent à divers types d’individus (cadets, femmes, etc.) de nouvelles opportunités de carrières politiques au sein du groupe. Le christianisme ici n’est pas seulement un ensemble de croyances, mais un instrument politique dont s’emparent certains Amérindiens et sa diffusion peut être éclairée par les usages qu’ils en font au sein de leur groupe ethnique.

2. L’autonomisation et l’institutionnalisation des mouvements chrétiens amérindiens

À la faveur des politiques missionnaires protestantes, qui encouragent la prédication en langue vernaculaire et la formation pasteurs autochtones – ou parfois dans une démarche plus contestataire –, de nombreux Amérindiens se sont affranchis des autorités religieuses étrangères. Ils réalisent désormais des cultes dans leur langue, organisent des cérémonies (baptême, mariage, eucharistie, consécration de pasteurs, grands rassemblements intercommunautaires) en toute indépendance et fondent leurs propres Églises, souvent baptisées du nom de l’ethnie à laquelle ils appartiennent. Certains d’entre eux promeuvent en outre une union des « croyants » indiens à travers la création de réseaux d’Églises indigènes. Ils s’efforcent de connecter les congrégations indiennes entre elles à l’échelle régionale, nationale voire internationale pour former des « Fédérations », « Fraternités » ou autres « Confédérations » évangéliques interethniques, à la manière des mouvements politiques indigènes. Ces phénomènes invitent à s’interroger sur le rapport des « croyants » indiens aux Églises évangéliques non-indiennes et aux mouvements indigénistes « laïcs » ainsi que sur les conditions d’institutionnalisation des Églises amérindiennes (forme d’organisation ecclésiale, professionnalisation des officiants rituels, transmission des savoirs religieux, etc.).

3. La diffusion du christianisme par les Amérindiens

Enfin, nous proposons d’examiner une dynamique encore peu documentée, celle de la diffusion du christianisme par les Amérindiens eux-mêmes. Dans la mesure où, dès ses origines, le message chrétien est présenté par ses divulgateurs comme un message universel, qui a vocation à être transmis au plus grand nombre, il n’est pas surprenant que les convertis autochtones reprennent ce discours à leur compte et développent à leur tour des formes de prosélytisme. On connaît depuis longtemps des cas de populations amérindiennes qui, après avoir adopté des pratiques chrétiennes sous l’influence de missionnaires étrangers, sont allés prêcher elles-mêmes la nouvelle religion chez des peuples voisins. Cette démarche semble toutefois prendre un nouveau tour à mesure que les Églises amérindiennes se consolident. Depuis quelques années, on observe en effet l’émergence d’un discours sur la « troisième vague missionnaire », une expression qui renvoie à la volonté des indiens d’endosser eux-mêmes le rôle de propagateurs de la foi chrétienne après avoir été évangélisés par des missionnaires étrangers (première vague), puis « nationaux » (seconde vague). Bien qu’elle relève pour l’heure d’une rhétorique maniée par une poignée de pasteurs indiens plutôt que d’une véritable politique d’évangélisation, cette expression suscite de nombreuses questions : Lorsque les indiens se font à leur tour missionnaires, quelles populations ciblent-ils ? Développent-ils des stratégies de conversion spécifiques ? Prétendent-ils agir uniquement auprès d’autres groupes amérindiens ou ambitionnent-ils de dépasser le cadre du monde indigène, voire le cadre national ?

PROGRAMME

- 9h Introduction : Élise Capredon (Mondes Américains, CRBC), David Jabin (Musée du quai Branly, LESC-EREA), Cédric Yvinec (CNRS, Mondes Américains, CRBC)
- 9h30Les Warao sont-ils chrétiens ? Missionnaires catholiques, convertis évangéliques et transformations sociales dans le delta de l’Orénoque, Olivier Allard (EHESS, LAS)
- 10h00 Christianisme ou « jésuitisme » ? L’installation et l’expulsion de la compagnie de Jésus chez les Moxos/Mojeños (XVIIe-XVIIIe siècles), Vincent Hirtzel (CNRS, LESC-EREA)
- 10h30-10h45 Pause-café
- 10h45 Contact, stratégie missionnaire et transformation sociale chez les Yuqui (Amazonie bolivienne), David Jabin (Musée du quai Branly, LESC-EREA)
- 11h15 Catholicisme guarayo et sorcellerie franciscaine (Amazonie bolivienne), Cédric Yvinec (CNRS, Mondes Américains, CRBC)
- 11h45 Discussion : Véronique Boyer (CNRS, Mondes Américains) et Charlotte de Castelnau-L’Estoile (Université Paris Diderot)
- 12h30-14h30 Déjeuner
- 14h30 Les missionnaires de la New Tribes Mission en terre yanomami, Catherine Alès (CNRS, CéSor)
- 15h00 Indigenous Christians, Missionaries and the Question of Orthodoxy, Minna Opas (University of Turku)
- 15h30-15h45 Pause-café
- 15h45 Églises indigènes dissidentes en Équateur : Anglicans et Néo-évangéliques, Susana Andrade (Pontificia Universidad Católica del Ecuador)
- 16h15 De convertis à prosélytes : la formation des missionnaires indigènes chez les Shipibo de l’Amazonie péruvienne, Élise Capredon (Mondes Américains, CRBC)
- 16h45 Discussion : Yannick Fer (CNRS, GSRL) et Jean-Pierre Chaumeil (CNRS, LESC-EREA)


Page créée le mardi 21 novembre 2017, par Dominique Taurisson-Mouret.


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