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Appel
Date limite de soumission : mercredi 1er avril 2026
Le concept de maritimité qui est apparu dans les années 1990 parmi les géographes, n’a eu de cesse d’intéresser les historiens. Françoise Péron, qui est en partie à l’origine du néologisme avec Jean Rieucau, a au départ une approche éminemment culturelle. Elle y voit la « variété des façons de s’approprier la mer en insistant sur celles qui s’inscrivent dans le registre des préférences, des images, des représentations collectives ». Cette démarche, qui consiste à interroger la place de la mer dans les sociétés, en la présentant comme un espace approprié, vécu et exploité a suscité un écho important. Paul Claval a pu la résumer de la manière suivante : « une manière commode de, désigner l’ensemble des relations à la mer d’une population – celles qui s’inscrivent dans le plan des préférences, des images et des représentations collectives et particulières ». Pourtant, elle ne se distingue qu’en partie de la maritimisation qui, pour Alain Vigarié, permet de dépasser la territorialisation des espaces maritimes, pour mettre en avant la part sans cesse grandissante des activités maritimes dans les sociétés contemporaines.
Les archéologues quant à eux, ont mis en avant une notion similaire, celle de paysage culturel maritime, qui apparaît autour de l’existence de navires, de l’exploitation des océans, de la mise en place d’infrastructures particulières, de l’existence d’une toponymie et d’une mythologie afférentes. Cela permet intuitivement de distinguer ce qui relève spécifiquement de la mer dans la découverte des objets, mais aussi des lieux ou des croyances, dans une volonté de « purification » – comprendre d’isolement –, pour retrouver l’essence du maritime, qui passe déjà par un inventaire et une éventuelle patrimonialisation.
Pourtant, même limitée à une approche imprécise concernant l’ensemble des relations qui unissent ou qui ont uni les sociétés à la mer, la maritimité autorise bien selon l’historien Alain Cabantous l’étude du « lien privilégié entre l’espace spécifique – l’océan – et des individus », et possède une portée explicative considérable. À son tour, Gilbert Buti, faisant le point sur la question, constate, qu’en définitive, la maritimité est tout à la fois une « notion floue, utile et complexe ». Une voie prudente serait sûrement de parler du « fait maritime », comme il existe des faits religieux, économiques, etc., participant à la structuration d’une société. Par ailleurs, il ne suffit pas qu’une communauté humaine soit littorale pour que son rapport à la mer soit plein et entier ; il arrive même qu’elle lui tourne le dos : c’est ce que développe Alain Corbin dans son ouvrage Le territoire du vide – L’Occident et le désir du rivage.
Maritimité et fait maritime caribéen
La notion de maritimité même très discutée apparaît en définitive d’une très grande richesse, que l’on s’en tienne à une définition large, ou à une autre plus restrictive. Autant elle a pu être utilisée pour décrire en histoire les rapports des hommes à la mer dans les eaux européennes, autant elle semble avoir été négligée pour le reste du monde, et notamment, l’espace de la mer des Caraïbes. Les particularités de cet espace maritime que le naturaliste allemand Humboldt avait pu qualifier de « Méditerranée américaine », appellent pourtant bien à une réflexion sur les usages de la mer des sociétés établies dans la région.
La navigation n’a pas attendu l’arrivée des Européens pour exister. Après 1492, c’était une autre ouverture, pour faire simple atlantique, qui se développa sans jamais être exclusive. Naviguer à vue et d’île en île était une réalité de la vie quotidienne. L’interconnexion entre les empires européens était intense, soit qu’elle procédait de la nécessité commerciale et des intérêts bien compris, soit qu’elle résultait des déplacements spontanés de population à différentes échelles. La diversité des populations induisait une complexité vis-à-vis de l’appréhension de l’environnement maritime selon que l’on considère les Amérindiens, les Européens, les Africains ou les Afro-descendants, jusqu’à parler d’équipages bigarrés, dans le cadre également d’un métissage important. C’était aussi la confrontation entre la liberté et l’esclavage pour des travailleurs de la mer aux conditions d’existence très rudes. Paradoxe d’autant plus fort que la tentation de prendre la fuite par la mer ou de s’émanciper de toute autorité était très forte, alors que les autorités légales éprouvaient des difficultés à s’affirmer dans la région. En effet, nulle part ailleurs peut-être à l’époque moderne trouvait-on sur les mers autant de populations « marginales » car peu ou pas contrôlées, allant des flibustiers aux pirates, des contrebandiers aux marins de l’interlope, sans oublier les « marrons des mers » – des esclaves en fuite.
En se centrant sur l’espace de navigation de la mer des Caraïbes (Grandes et petites Antilles, Terre ferme d’Amérique et golfe du Mexique), c’est-à-dire la mer elle-même, les îles et les littoraux qui la bordent, et logiquement en se décentrant de la vision hégémonique plus large de l’Atlantique, il s’agira de se demander dans quelle mesure la maritimité qui se construit au fil du temps dans cette région de l’Amérique présente une spécificité qui contribue à l’émergence d’une identité maritime. Dans cette optique la perspective proposée de cette rencontre se veut transpériodique, de la période précolombienne au XXe siècle.
Ce questionnement peut être décliné autour de différents axes :
Tout d’abord, concernant l’étude des gens de mer. La définition peut être étroite, entre ceux simplement qui naviguent ou qui ont navigué avec leur famille. Ou élargie à « l’activité mer » selon la typologie d’Anne Pérotin Dumon, ce qui permet d’adjoindre aux premiers, les artisans, les commerçants, les négociants, etc. qui dépendent des premiers. La question du genre ne peut certainement pas être éludée.
Ce sont ensuite l’exploitation des ressources de la mer. Au premier chef la pêche, mais aussi les activités de ramassage et de cueillette sur les côtes. Des activités originales comme la plongée pour les éponges ou les perles méritent d’être mis en perspective, à l’instar des marais salants.
Par ailleurs, les circulations régionales sont un champ d’étude en plein renouvellement Ce sont par exemple les navigations de cabotage, le commerce de redistribution depuis les ports entrepôts ou les circulations du quotidien que les archives laissent parfois apparaître.
Pour reprendre l’expression de « paysage maritime », il semble qu’une réflexion sur les infrastructures, les épaves et la culture matérielle aurait également sa place.
Mais aussi tout ce qui concerne le regard porté sur la mer par les populations locales – quelles croyances ? Répulsion ou attraction ? – entrerait à bon escient dans le champ d’étude de la maritimité. C’est aussi l’imaginaire qui est ici convoqué.
Enfin, une réflexion pourrait être aussi conduite concernant les pratiques de navigation, entre les appropriations, la gestion et la protection, mais aussi les conflits et les guerres.
Le colloque se tiendra à la fois en présentiel et en visio-conférence. Il donnera lieu à la publication d’actes.
Chaque candidature doit être accompagnée d’un document résumant la proposition (dans la limite de 3000 signes) ainsi que d’une courte biographie du candidat. Elles doivent être envoyéesà maritimite.caraibe2026 chez protonmail.com au plus tard le 1er avril 2026
Comité de sélection
Lucas Marin, doctorant, université Paris Nanterre : ESNA-MONDES AMÉRICAINS (UMR 8168)
Boris Lesueur, Maître de conférences, Institut Catholique de Paris (ICP), Unité de Recherche « Religion, Culture et Société » (EA 7403) . Chercheur associé auprès de MONDES AMÉRICAINS (UMR 8168). Chercheur associé auprès du CIRESC, CNRS (UAR2502)
Jean-Sébastien Guibert, Maître de conférences, Université des Antilles, UMR 8096 du CNRS « Archéologie des Amériques »
Colloque
22-23 octobre 2026
Page créée le vendredi 30 janvier 2026, par Webmestre.