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Vient de paraître : Qu’est-ce que la littérature postcoloniale ?, dir. Yves Clavaron (collectif), 2011

mercredi 4 janvier 2012

Qu’est-ce que la littérature postcoloniale ? Yves Clavaron (coordonnateur scientifique), Lucie éditions/SFLGC, 2011 (Poétiques comparatistes)

200 pages / 19,95 €

Présentées par l’un des contributeurs du volume, Claudine Le Blanc, comme « un des principaux courants de pensée de la fin du XXe siècle », les études postcoloniales, qui du reste n’en sont pas l’un des champs les moins contestés, n’ont pas encore connu dans l’université française, notoirement rétive à tout ce qui n’entre pas dans une discipline au sens le plus traditionnel du terme, une diffusion comparable à celle dont elles ont bénéficié dans le monde anglophone – ainsi d’ailleurs qu’en Allemagne, comme le montre le chapitre dû à Véronique Porra. Selon la formule de Jean-Marc Moura, elles ont pour point commun de viser à intégrer « un fait historique massif, la colonisation […], aux études littéraires ».

Ici se place une première des ambiguïtés auquel n’échappe pas le livre dont nous rendons compte : l’objet des études postcoloniales, comme cette désignation paraît l’impliquer, est-il le monde de l’après-décolonisation ? Ou ne s’agit-il pas plutôt, comme semble le dire J.-M. Mourra, de porter un regard critique rétrospectif sur la colonisation, tant du point de vue du discours colonial (celui de Kipling ou de Loti) que de celui des colonisés ? Deuxième ambiguïté, s’agit-il de la colonisation sous toutes ses formes et au sens le plus large (Antiquité, monde arabe, Chine, Japon, empire soviétique, etc.) ou de la colonisation pratiquée par les grandes puissances européennes (Grande-Bretagne, France, Espagne, Portugal, Belgique – relayant Léopold II –, et, dans une moindre mesure Allemagne et Italie) à partir de 1492 et plus tard, directement ou indirectement, par les États-Unis (Philippines, Cuba, Antilles, etc.) ? Sur ce second point, il apparaît clairement – et on en trouvera ici confirmation – que la colonisation est entendue presque unanimement dans les études postcoloniales sous son aspect occidental, ce que leurs détracteurs n’ont pas manqué de relever : cet anticolonialisme, font-ils observer, est un anticolonialisme à sens unique, de type deux poids, deux mesures, fortement influencé par une idéologie marxiste ou tiers-mondiste, et il n’est pas question de retourner la machine de guerre anti-occidentale contre d’autres cibles éventuelles. Troisième ambiguïté, qui n’est d’ailleurs pas du tout en soi un appauvrissement, les études coloniales consistent-elles en l’étude des littératures et cultures des colonies ou ex-colonies (y compris le discours colonialiste) – ce qui en ferait un domaine naturel d’intérêt pour la littérature comparée – ou bien constituent-elles un champ d’investigation résolument transdisciplinaire, où se croisent histoire, sociologie, études culturelles, théorie littéraire ou psychanalytique, études de genre, linguistique, etc. ?

Ces diverses questions – et il en est bien d’autres – se posent, explicitement ou implicitement, dans le volume coordonné par Yves Clavaron, professeur à l’université Jean-Monnet à Saint-Étienne et publié sous l’égide de la Société française de littérature générale et comparée. Il n’était peut-être pas question, en moins de deux cents pages, de présenter une synthèse d’un domaine aussi vaste et qui ne cesse d’ailleurs de se remettre en question. On y trouvera plutôt une série d’aperçus, de dimensions et, il faut bien le dire, d’intérêt variables sur diverses pratiques et quelques grandes aires géographiques concernées par les études postcoloniales. À cet égard, le chapitre le plus nouveau et le plus utile, car il n’existe pratiquement rien en langue française à ce sujet, est l’excellente synthèse que consacre Kim Andringa (université de Nimègue) aux littératures des Caraïbes néerlandaises des origines jusqu’à nos jours. On en dira presque autant du précédent, où Bárbara Dos Santos (université de Rennes-2) présente un survol des littératures d’Afrique lusophone, limité cette fois à la période postcoloniale. Le chapitre dû à Sylvie André (université de Polynésie française) sur le Pacifique francophone aborde plutôt le sujet sous un angle politico-religieux et celui de Claudine Le Blanc (université de Paris-3), sur l’Inde, du point de vue des débats théoriques – de Gayatri Spivak, fondatrice des Subaltern Studies, et Homit Bhabha à leurs successeurs. Parmi les autres thèmes abordés sont les problèmes de la traduction envisagés du point de vue postcolonial (et d’une manière qui fera lever plus d’un sourcil) par Lieven D’Hulst (Université catholique de Louvain) et – non sans une belle coquille dans le titre – l’état des études postcoloniales francophones en Grande-Bretagne, par David Murphy (université de Stirling).

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